ETUDES CAMEROUNAISES

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05 octobre 2009

Exil politique ou exil alimentaire ?

MomoJDJe crois fondamentalement que si nous sommes nés au Cameroun et non ailleurs, c’est précisément parce que c’est ici que le destin a besoin de nous. C’est ici que nous sommes appelés à construire. Ce n’est pas un hasard si nous ne sommes pas nés aux USA, en Grande Bretagne, au Canada ou en France pour ne citer que les destinations les plus prisées.

Je considère que le Cameroun est notre part de charge ou d’héritage dans le partage du monde et que chacun d’entre nous est utile ici pour sa construction, à moins d’avoir abandonné sa mission pour aller vers des pays que d’autres ont construit. Je considère que le développement du Cameroun est notre Mission commune et notre priorité à tous. Le Cameroun est le lieu où doivent s’exercer nos talents. C’est notre quote-part du monde et notre mission consiste à le construire pour l’élever au-dessus du niveau des autres pays.

Ces pays qui nous attirent aujourd'hui ont été bâtis par des patriotes qui s’y sont sacrifiés. Bâtissons le nôtre au lieu d’aller jouer les instruis et les profiteurs chez les autres. Sommes-nous seulement conscients de la chance que nous avons d’avoir été élus par le destin pour bâtir notre pays ? Toutes les difficultés auxquelles nous faisons face sont autant de défis que nous devons relever. Si le hasard de l’histoire ou du destin a voulu que nous soyons précisément nés au Cameroun et non ailleurs, c’est sans aucun doute parce que c’est à cet endroit que le destin a besoin de nos compétences, de notre science, de notre art. Et le destin nous a jugés aptes pour cette mission.

Le monde se construit sous nos yeux et nous sommes les Co-créateurs du monde.  Notre devoir est de tenir ferme, pour l’élever, notre côté du monde. Il ne doit pas tomber à cause de nous, à cause de notre démission, à cause de notre lâcheté, à cause de notre fuite. Nous pouvons servir notre pays au-delà du triangle national si l’oppression politique ou alimentaire nous a conduits momentanément vers un exil forcé. Toutes nos actions doivent tendre à accomplir notre mission néanmoins là où nous sommes nés. C’est là où le destin nous appelle. C’est là où nous devons servir le Cameroun et nos concitoyens. Nous ne sommes pas venus sur la terre pour manger, boire, dormir et mourir comme les animaux. Nous y sommes venus parce que nous avons été jugés aptes à bâtir un monde plus juste que celui que nous avons trouvé afin de le transmettre aux générations futures plus enrichi. Ces dernières doivent pouvoir s’inspirer de nos expériences pour continuer la mission, ce faisant, ils nous rendront immortels parce que notre œuvre aura survécu à notre pourrissable chair.


Beaucoup de nos concitoyens traversent de plus en plus, au péril de leur vie, les frontières pour chercher refuge dans des pays qui offrent une plus grande sécurité alimentaire. La plupart des exilés politiques sont en réalité des exilés alimentaires.  Bien sûr même dans ce cas je pourrais les considérer comme des exilés politiques car ils n’ont pas accès à l’emploi dans leur propre pays, pour cause d’une politique de l’emploi inefficace. L’histoire des migrations dans le monde nous apprend que les hommes fuient leurs pays pour sauver leur vie, soit qu’elle ait été menacée par l’oppression politique soit qu’elle l’a été par l’oppression alimentaire.
Une certaine politique au Cameroun exclu certains d’entre nous du marché du travail. Ils n’ont plus pour seule ( ?) ressource que de s’exiler ou de mourir( ?) sur place. Nous avons souvenance que des étudiants ont été radiés des universités du Cameroun par des gens bien pensants  qui tiennent les rennes du pouvoir. Quelle est cette décision prise par de véritables terroristes du savoir pour contrer une revendication légitime d’une jeunesse sans horizons et sans repères ?
Ceci dit, je n’encourage pas l’exil car je pense que c’est ici que se livre le combat pour la construction de notre partie du monde. C’est ici que se trouve votre place et la solution, et si vous avez été contraints de partir, vous devez avoir à cœur que ce n’est qu’une étape vers la réalisation de vos objectifs. Je suis absolument contre ceux qui n’ont aucun plan de retour. Ils n’ont pas compris quelle est leur mission sur la terre du Cameroun. Je suis stupéfait quand je rencontre ceux qui viennent fréquemment au pays nous donner des leçons de savoir-vivre ou de démocratie. Nous apprécierions beaucoup qu’ils nous retrouvent sur le terrain de nos opérations au Cameroun au lieu d’insulter chaque fois ceux qui bâtissent leurs pays en leur absence.
Pendant trois ans j’ai été presque absent du Cameroun. Même si je continuais d’y résider tous les deux ou trois mois, je passais le plus clair de mon temps en Tanzanie, au Tribunal Pénal International des Nations Unies pour le Rwanda. J’y avais été désigné par les Nations Unies pour défendre un chanteur accusé de génocide et j’en éprouvais une grande fierté.
Travailler pour le compte des Nations Unies, au Tribunal Pénal International pour le Rwanda notamment,  donne un véritable  faux sentiment de supériorité sur les confrères. On a l’impression de se trouver au sommet du monde. D’être assis à la table des grands. D’être soi même un grand type. De tutoyer les plus puissants de ce monde. Le Secrétaire Général des Nations Unies pouvait venir vous serrer la main.  Vous pouvez y voir passer quelque fois le Révérend JESSE Jackson ou Andrew YOUNG pour vous entretenir au sujet du Sullivan Summit. Vous pouvez vous approcher à un mètre d’eux et si vous avez de la chance, discuter avec eux ou vous faire même prendre en photo avec eux ! Le prestige et le bonheur quoi !


Quoique j’eusse de confortables honoraires au Tribunal Pénal International, j’ai réalisé que je n’étais pas plus utile à mon pays comme lorsque je vivais à plein temps au Cameroun. Je me suis vite rendu compte que mon argent pouvait aider ma famille et les amis, mais que fondamentalement,  je ne pouvais pas changer les choses. Je leur donnais du poisson alors que présent, je leur apprends à pécher. Présent, j’obtenais que l’oppresseur cesse ou modère les tortures, que les lois soient modifiées, que le Cameroun se développe. Présent je pouvais éclairer mes concitoyens sur leurs droits et les aider à les revendiquer ou à les défendre. Et je ne suis même pas un élu local ! Je considère seulement qu’un intellectuel qui ne met pas sa science au service de son pays et de ses concitoyens est comme une branche morte sur un arbre vivant.
Le travail que nous autres de la société civile, avons abattu au Cameroun en dix ans est énorme. Depuis l’an 2000, je peux toucher du doigt d’importantes réalisations, des améliorations que nous avons apportées à notre pays. Nous avons conquiert d’importants espaces de liberté et le moment me semble propice pour en conquérir davantage.

Chacun d’entre nous y a contribué.  Figurez vous que le Code de Procédure Pénale a enfin été voté et promulgué. Grâce à nous. Les cellules des commissariats de police se sont vidées. En tout cas elles ne sont  plus pleines à craquer. Grâce à nous. Admirez que sans être législateur ni député, nous avons obtenu que le SMIG soit revalorisé et porté de 23.513francs à 28.216 Francs. D’accord, 4702 francs CFA ce n’est pas une augmentation bien importante mais nous y sommes parvenus. L’école publique est désormais gratuite. Nous pouvons nous en réjouir et nous en féliciter tous autant que nous sommes. D’importants progrès ont été réalisés dans le domaine des droits de l’homme notamment. Cependant beaucoup reste à faire.
Il y a encore du travail à faire pour obtenir la gratuité du service public de la santé à hauteur de 50.000 Francs au moins par malade, car tous ces malades qui souffrent le calvaire et qui font chaque jour appel à la générosité publique dans nos télévisions doivent nous interpeller. Sans compter tous ceux qui crèvent silencieusement dans l’intimité, comme le loup de Vigny. Il  nous faut obtenir  la construction de nouvelles routes pour sortir les citoyens et leurs récoltes de la forêt et des plantations.

Il nous faut exiger la construction de nouvelles prisons plus grandes, plus humaines et plus conformes aux normes internationales, car les prisonniers restent après tout des hommes et des camerounais qui paient leur dette à la société. Ils ont le droit de recevoir « une visite intime » de leurs conjoint(e)s au moins une fois tous les deux mois.  Il nous faut obtenir la revalorisation des salaires des fonctionnaires qui croulent sous le poids d’importantes charges familiales.

Il reste à modifier la loi qui contraint les justiciable à payer d’avance six pour cent (6%) du montant de leur demande avant d’avoir le droit de saisir le Justice du Cameroun. Il reste à combattre le favoritisme et la corruption  pour instaurer plus de justice sociale et le respect strict par tous de la loi. Il reste à réviser les accords qui nous tiennent en esclavage. Il nous reste à convaincre nos inspecteurs du travail de faire leur travail dans l’intérêt bien compris des travailleurs et non plus seulement dans celui de l’employeur qui les corrompt comme c’est le cas actuellement. Il nous reste à réaménager nos compagnies d’assurance et nos banques. Ce à quoi nous devons nous atteler au cours des cinq prochaines années.

Il est plus utile pour le pays  que nous soyons  présents, avec nos compatriotes pour se battre pour un mieux être chaque jour davantage. Dieu, que je me sens utile ici ! Alors lorsque vous partez et prenez une autre nationalité, n’avez-vous pas l’impression que vous êtes venus sur la terre pour manger, boire, dormir et mourir ?  En tout cas, en ce qui me concerne, quoi qu’il se passe je ne partirai pas ! Dont Acte.


On m’a bien expliqué et j’ai bien compris pourquoi il faut partir, changer la nationalité et adopter une nationalité étrangère, pour permettre à nos enfants d’en profiter et de mieux s’incruster dans le pays des autres, d’y faire de meilleures études. Mais seulement  je me demande, qui va alors construire notre part du monde ? Qui va construire le Cameroun si nous partons tous et si tous nos enfants partent. Pourquoi ne pas se bagarrer ici pour obtenir d’avoir les meilleures écoles, les meilleures routes, les meilleurs soins de santé, les meilleurs salaires, le meilleur pays ?


Je ne crois pas que l’attrait que l’occident exerce sur nous et sur nos enfants soit  justifié. C’est devenu une mode que de vouloir envoyer ses enfants à l’étranger ou s’exiler soi même. Nous aussi pouvons construire notre pays comme la Hollande, l’Inde ou le Japon. Regardez le petit Rwanda dont Monseigneur Kagamé disait que  « Mon pays,  le Rwanda,  est un petit pays, quand on le montre sur une carte, on le cache ! ». Le Rwanda  sort d’un malheur innommable et son élite a été décimée en 1994 ! Le Rwanda renait de ses cendres et offre aux yeux du monde un pays en plein chantier de construction des villes futuristes. De belles maisons aux toits de tuiles et aux jardins fleuris partout. Les rues de Kigali sont propres comme un sou neuf. La loi règne au Rwanda pour tous. La lutte contre la corruption et les détournements y est une réalité et les coupables vont systématiquement en prison qui qu’ils soient et quelque soit le montant des sommes distraites. Kagamé leur enseigne que la propreté c’est dans la tête et du coup les Rwandais sont propres dans leur tête et dans leurs vies. 


Nous pouvons copier chez les Rwandais. d’ailleurs nous le faisons déjà sur le plan du béton. J’admire le soir ces rues de Douala et de Yaoundé asphaltées et éclairées. Et je rêve que toutes les rues de la République, de Bafoussam à  Bamenda, de Batouri à Bonabéri, de Manfé à Mouloundou , de Nkongsamba à Nkong-Zem, de Yagoua à Yokadouma etc. soient ainsi demain pour freiner cette saignée de notre jeunesse, cette fuite de notre force vive, cette fuite des cerveaux.


Il ne faut cependant pas croire que nous sommes mal partis ou que tous les cerveaux du Cameroun sont dehors comme l’écrivait un journaliste de la place. Il y en a en abondance à l’intérieur. Et de la bonne crème. Mais ce que je voulais souligner, est que c’est bien de construire avec du béton mais nous avons le plus grand intérêt à construire les mentalités, à formater des têtes patriotiques qui sauront faire régner la loi et la justice en toute chose et placer l’intérêt supérieur de notre peuple et de notre pays au dessus de toute autre considération.


Notre problème c’est en effet l’absence de justice, absence de justice sociale évidemment mais absence de justice tout court. Le non respect de nos propres lois par ceux là même qui les font. Nous devons tordre le cou au favoritisme, à l’impunité, à la corruption, aux égoïsmes de toutes sortes, au sinistre système dit de l’équilibre régional qui laisse penser que les camerounais de certaines régions sont de parfaits abrutis qu’il faut assister, au détriment de ceux d’autres régions, réputés, sans doute à tort, plus intelligents. C’est cela la cause de la fuite des jeunes à la recherche  d’un minimum de sécurité dans l’emploi, dans l’éducation et dans la santé. Nous devons nous y employer tous pour combattre cette saignée de notre jeunesse, de notre avenir.


Quelque soit la cause de votre exil, ne perdons pas de vue votre mission. C’est le lieu de m’acquitter d’un devoir de reconnaissance vis-à-vis de tous ceux qui depuis leur exil, travaillent intensément, à plein temps suis-je tenté de dire, pour apporter du changement à leur pays, pour faire entendre la voix de ceux qui crient dans les cellules de nos geôles, pour amplifier nos cris de détresse, pour conduire notre pays à plus de démocratie, pour lutter à l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes.

Sur une population vivant en exil et évaluée à plusieurs millions, ils ne sont pas bien nombreux ceux qui luttent pour un changement au Cameroun depuis l’extérieur, pour un mieux être de nos concitoyens, pour l’abolition des lois scélérates,  pour le respect des droits de l’Homme au Cameroun. Ils se comptent sur les doigts des deux mains. Que font les millions de camerounais qui jubilent tant lorsque les lions indomptables gagnent ? Ont-ils vendus leurs âmes au diable ou ont-ils oublié quel pays les a enfantés ?

Nous ne pouvons pas passer notre vie à nous demander ce que nous apporte notre pays. Nous  ne pouvons pas nous soustraire au motif que n’ayant pas eu d’emploi au Cameroun nous sommes exonérés de toute dette envers lui. Nous ne pouvons pas soutenir valablement que nous ne devons rien au Cameroun. Non. Nous lui sommes redevables de par notre naissance. Il ne lui appartient pas de nous nourrir mais à nous de le nourrir. Avec quoi ? C’est une bonne question. Remuez vos méninges comme je vous l’y invite pour trouver avec quoi vous allez le nourrir. Vous découvrirez en même temps votre mission, qui ne consiste pas, j’en suis persuadé, à vous exiler à l’étranger, à y chercher du  travailler pour manger et mourir. Comme les animaux dont la vie se résume à manger, s’accoupler, dormir, en attendant de mourir. C’est la vie de beaucoup d’entre nous, je me trompe ?

Certains  tirent une inexplicable fierté dans le fait d’avoir réussi à partir et à travailler à l’étranger. Ils aiment à le faire savoir et le présente comme un trophée. Comme s’ils avaient réussi l’exploit de s’évader d’une prison aux murs infranchissables. Et malheureusement beaucoup d’entre nous sont en admiration devant eux.  Certains aiment à afficher qu’Untel, membre de leur famille est mort aux USA  ou à Paris! Comme si c’était le signe d’une grande distinction honorifique. C’est malsain. C’est le signe d’une véritable décadence morale et d’un complexe d’infériorité inconcevable et inconvenant. C’est devenu une mode et les gens donnent la fête pour arroser le départ de tel enfant dans tel pays étranger.


Cela doit cesser !  Le Cameroun doit cesser d’être considéré comme une prison infranchissable. Et si c’en est une, c’est votre devoir et votre responsabilité de briser les chaines de votre captivité  au lieu de vous en évader. L’évasion ne résout pas le problème que vous retrouverez intact à votre retour d’exil. Sauf si nous, fidèles et intrépides combattants de l’intérieur, réussissons à résoudre notre problème commun en votre absence et sans votre concours, pendant que vous vous la couler douce là-bas.Ceux qui sont partis doivent cesser de nous apparaitre faussement comme des héros. Ils ne le sont pas. En tout cas pas tous. C’est ici au pays que les choses se passent. C’est ici que nous sommes nés, pour découvrir dans une relative opacité notre mission, l’accomplir ou la trahir comme la majorité de ceux qui partent.


L’oppression existe pour être combattue. Et  c’est précisément dans ce combat contre l’oppresseur que nous trouvons les ressorts du progrès et que nous gagnons l’éternité. Le refus de combattre l’oppression sous toutes ses formes est l’acceptation de la situation qui prévaut. La liberté se conquiert et les manifestations citoyennes ont un rôle positif en ce qu’elles forcent les pouvoirs publics à s’attacher à la solution des problèmes posés par le peuple.

Les manifestations publiques sont en effet le mode par excellence de l’expression de la démocratie par le peuple souverain. C’est par les manifestations que la société civile force les gouvernants à améliorer les conditions de vie des citoyens, à rendre compte au peuple, à exercer leur mandat conformément à leurs promesses électorales. C’est par les manifestations que la population exerce sa souveraineté. Et le fait que l’oppresseur tire sur la foule des manifestants ne change rien à cette vérité intangible.

Il n’y a  rien d’illégal dans les manifestations publiques pacifiques et leur répression par les forces de l’ordre est illégale et doit être combattue. Ce ne sont pas les manifestants qui sont hors-la-loi mais les gouvernants qui envoient les forces de l’ordre pour disperser une manifestation pacifique des citoyens qui font un exercice normal de leur droit. Sauf si les pouvoirs publics considèrent que le droit du vote des citoyens est un leurre, une tromperie. Lorsque le citoyen a le droit de voter, le droit de manifester pour demander des comptes apparait dès lors comme le corolaire normal.

Est-il nécessaire de rappeler que les pouvoirs publics, le gouvernement, jusqu’à preuves du contraire, ne sont pas nos ennemis ? Ils ne sont que momentanément des adversaires idéologiques susceptibles d’accepter le dialogue sur le sujet litigieux. Et même si l’ignorance des règles démocratiques conduit certains zélés à user de la violence contre leur peuple, le principe fondateur de la démocratie interdit les répressions sanglantes auxquelles nous assistons fréquemment mais qui ne doivent pas faire reculer le peuple face à ses revendications légitimes.
Nous ne pouvons pas continuer de prendre prétexte de l’existence de l’oppression pour nous exiler. Nous enfuir en courant au premier tir de l’oppresseur est non seulement lâche mais ne nous avance pas. Nous devons rester pour combattre l’oppression afin de bâtir un pays où il fait bon vivre.

Ne pouvons-nous pas nous aussi bâtir un pays qui attire les occidentaux et les autres chez nous ? Pourquoi sommes nous si complexés alors que nous avons un si beau pays ? Y a-t-il meilleure plage sur la terre que celle de Kribi ? Allons-nous continuer de changer notre vote contre un pot de vin ? Quand est-ce que nos ingénieurs envisagent-ils de nous arrimer à la lune ou de nous mettre  sur orbite ? De construire nos voitures comme en Inde, en Iran et en Chine? Et nos médecins et pharmaciens, nos chercheurs, quand est-ce qu’ils vont fabriquer des médicaments made in Cameroun comme en Inde? Allons-nous continuer longtemps avec Tienshi ou Rhône-Poulenc ? Que faisons-nous des élèves sortis de nos collèges et lycées techniques ? Sommes nous vraiment incapables de construire aussi beau chez nous qu’ailleurs ? Je ne le pense pas.

Personnellement je suis allé dans les plus grandes capitales du monde et je n’ai pas vu ce qu’ils ont que nous ne pouvons avoir. Au contraire je suis persuadé que si nous sommes conscients de notre mission vis-à-vis du Cameroun, si nous sommes conscients de notre mission sur la terre camerounaise, nous pouvons construire dans un délai assez court un très beau pays. Délai de livraison, trois jours !

C’est une question de volonté politique et d’éducation bien sûr. Mais c’est aussi et surtout une question nationale qui interpelle une mobilisation de toute la population, de toute la société civile, de toute la jeunesse patriotique et militante. C’est nous le peuple qui avons en mains la réalité du pouvoir, n’en doutons pas. Si nous nous levons tous pour forcer les pouvoirs publics à aller dans tel sens juste du développement, ils y iront nécessairement. C’est une question de détermination de tous et de chacun. Si tout le monde est imprégné de la philosophie de la vie et de l’immortalité qu’induit notre naissance, il ne fait l’ombre d’aucun doute que nous serons agréablement surpris du chemin parcouru dans dix ans. 

C’est une philosophie qui tient en horreur les détournements des deniers publics, la corruption et qui promeut le travail dans l’enthousiasme général. C’est une philosophie qui encourage et récompense les plus méritants de nous tous. C’est une philosophie qui place la jeunesse, les femmes et les hommes au centre des préoccupations de l’état. C’est une philosophie qui promet le bien être à tous et à chacun et qui prône la justice sociale comme outil de développement.

Combien sommes nous, pétris de patriotisme  au point de partir mourir à la guerre comme l’a fait l’héroïque pilote Joe Kennedy, le frère ainé de John F. Kennedy ? Combien sommes-nous capables d’être des kamikazes défendant leur pays comme ces patriotes japonais pendant la deuxième guerre mondiale ? Combien sommes-nous à braver l’espace inconnu pour prendre la fusée Apollo 11 et aller sur la lointaine lune pour le triomphe de la science et pour la gloire de notre pays ? Arrêtons de croire  que c’est le Cameroun qui doit tout nous donner et  croyons que c’est nous qui devons apporter tout au Cameroun. C’est là le sens de l’interpellation de Kennedy lorsqu’il proclamait  « Ne vous demandez pas ce que votre pays  fait pour vous, mais demandez vous ce que vous faites pour  votre pays ».


Jean de Dieu Momo
Avocat

26 septembre 2009

UNE AFFAIRE DE NEGRES

Tout sur UNE AFFAIRE DE NEGRES - La Critique - Photos - Le 2009-09-25 00:47:40

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Malgré une sortie discrète et peu médiatique, Une Affaire de Nègres s'impose comme un documentaire africain majeur des vingt dernières années s'adressant directement à la conscience citoyenne de chacun. Sous forme de devoir de mémoire, Une Affaire de Nègres oeuvre pour l'inscription et la réappropriation de l'histoire récente du Cameroun. La cinéaste a recueilli de précieuses et sidérantes interviews qui font écho dans leurs mises en situation aux oeuvres essentielles que sont Shoah ou encore S21 la machine Khmer Rouge. Voici la seconde partie de l'interview que nous a accordé la brillante cinéaste. Outre l'évocation d'un constat dramatique de l'ignorance encore actuelle d'une grande partie des Camerounais vis-à-vis des crimes perpétrés par le Commandement opérationnel, Osvalde Lewat développe un regard plus général sur l'Afrique et les principales difficultés pour établir un Etat de droit dans de nombreux pays africains.


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UNE AFFAIRE DE NEGRES de oswalde lewat


Comment accorder une part prépondérante aux interviews face aux éléments matériels ?
La part de concret, si l'on considère les éléments matériels, est plutôt marginale dans le film. L'essentiel du film est constitué de témoignages. Je pense que c'est important. C'est un sujet assez peu médiatisé, contrairement à la Shoah, toutes proportions gardées évidemment. Il y a une mosaïque de films qui permettent d'avoir une unité sur ce qui s'est passé. Concernant le Commandement opérationnel, c'est une histoire ponctuelle qui s'est passée dans un petit pays. Je pense qu'il était important de mettre cette histoire-là en image, de montrer, de témoigner de ce qui s'était passé...

Dans quel état d'esprit, votre équipe et vous étiez après la fin du film ?
Quand j'ai fini le film, cela a été très difficile au début, maintenant ça commence à aller. Mais pendant trois ans quand on voit des gens, puis quand on tourne, c'est au-delà d'un simple travail, on reçoit beaucoup, les moments sont très forts. Certains films que j'ai réalisés, notamment Une Affaire de Nègres, m'ont conduit à une remise en question très personnelle. Un film comme ça, on n'en ressort pas indemne. Ce film était évident pour moi. Je ne suis pas sûre que je refasse un sujet comme ça. Je suis contente de l'avoir fait. Concernant mon équipe, certains ont subi des menaces, notamment mon équipe au Cameroun avec des lettres anonymes et menaces téléphoniques. Heureusement, il ne s'est rien passé, on croise les doigts pour que ça continue comme cela.
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UNE AFFAIRE DE NEGRES de oswalde lewat


Le terme démocratie tropicale appliqué aux pays africains reste toujours autant présent. On a l'impression tout de même d'être devant une démocratie inerte où l'impunité règne en maître. Comment lutter contre cela selon vous ?
En regardant ce film. Je pense qu'il est important que les Africains se construisent une mémoire. On a commencé, mais c'est encore trop timide. C'est en repartant de ce qui s'est passé, on peut aller très loin en revenant même sur l'esclavage, c'est en repartant de là. En questionnant sur ce qu'on vit aujourd'hui sur la dérive. On peut trouver peut-être des modes de gestion, de fonctionnement où chaque citoyen a le sentiment qu'il appartient à un Etat envers lequel il a des devoirs et envers lequel il est en droit de défendre ses droits.

Un Etat de droit ?
Il est important chez nous en Afrique qu'on revienne à la valeur d'Etat de droit. C'est-à-dire un Etat où les autorités elles-mêmes se soumettent au droit. Pour moi, c'est la base du dysfonctionnement observé dans de nombreux pays africains.

UNE AFFAIRE DE NEGRES : INTERVIEW (PART.2)

Tout sur UNE AFFAIRE DE NEGRES - La Critique - Photos - Le 2009-09-25 00:47:40


Effectivement, l'avocat évoque le cas de la Côte d'Ivoire. Il craint que le Cameroun finisse ainsi !
Oui, dans un contexte où il n'y a pas de garde-fou, on a tous peur. Dans un contexte où l'on peut tout se permettre pour peu qu'on ait le pouvoir qui nous l'autorise. Quand les bords sont franchis, il n'y a plus de limite. Aujourd'hui, la clef chez nous en Afrique, c'est d'avoir une vraie démocratie. Il n'y a pas de différence entre le nord ou le sud. Seuls les garde-fous comptent. Ce sont par exemple des chartes électorales plus transparentes. Si celui qui est à la tête de l'Etat sait qu'il va être sanctionné si jamais il ne s'en tient pas à ce qu'il a promis ou qu'il déroge à la loi. C'est ça qui fait la différence. Sinon, il n'y aurait pas autant de mises en examen en France, autant de scandales. Les problèmes dans certains pays africains, c'est qu'il n'y a pas de garde-fou, qu'il n'y a pas d'Etat de droit. Maintenant vous me demandez comment résoudre cela...C'est l'urne...



UNE AFFAIRE DE NEGRES de oswalde lewat


Cela paraît une évidence. Mais en pratique ça l'est moins...
Bien sûr. C'est pour cela qu'il y a des gens qui s'engagent, c'est pour cela qu'il y a des gens qui donnent leur vie, pour que les générations à venir aient une vie meilleure. C'est pour cela qu'il y a des films qui sont faits. C'est pour cela qu'il y a des livres qui sont écrits. C'est pour cela qu'il y a une société civile. Et dans mon film, autant je critique la démission du contrepoint politique, autant je montre que la société civile a démissionné. Au Cameroun, la société civile n'est pas forte. Elle ne peut être un contre-pouvoir puissant, pouvant faire face au régime qui est en place. On ne peut pas espérer aboutir à un équilibre. Et le problème ne vient pas que l'Afrique est pauvre, qu'il y a un déséquilibre profond entre les classes dominantes et les masses populaires... Le problème c'est qu'il y a une classe moyenne extrêmement marginale. Le seul moyen d'inverser la tendance c'est en ayant une société civile.

Le générique de fin est comme un coup de guillotine avec ces gens interrogés dans la rue qui regrettent que le Commandement Opérationnel ne soit plus en place. Durant tout le film, vous oeuvrez à reconstruire la mémoire du Cameroun et là, vous revenez à une réalité très concrète dans laquelle l'éveil des consciences a du mal à se réaliser.
Tout à fait, c'est une fin qui peut choquer, on me l'a dit. Et je l'assume totalement. Quand on voit la demande de plus de mesures répressives, que cela soit en France ou partout ailleurs, quand on voit le curseur qui a été mis sur la répression de la liberté individuelle un peu partout dans le monde. On se rend bien compte que ce sont les populations elles-mêmes qui demandent cette répression tant qu'elles ne sont pas touchées, tant qu'elles ne sont pas concernées. Ce qui revient à la question de l'indifférence. On a une notion abstraite de l'autre et du danger qu'on peut avoir. Et pour résoudre cela. On ne va pas au fondement des problèmes, on ne repart pas à la source, notamment au Cameroun. Il y a eu le grand banditisme, il y a eu l'insécurité. Mais elle est partie de quoi ? Qu'est-ce qui fait qu'un pays comme le Cameroun, il y a 10/15 ans était réputé pour faire partie de ceux les plus sécuritaires et qui basculent dans l'insécurité, les braquages et les assassinats. Effectivement, il y a eu une crise économique qui a été mal gérée et qui a fait que les gens se sont enfoncés dans la misère et la pauvreté. Les parents n'ont pu envoyer leurs enfants à l'école, etc. Je pense qu'il est important de revenir aux sources des difficultés des sociétés, qu'elles soient occidentales ou africaines, et d'apporter des réponses à ces difficultés-là. La première réponse qu'on a en général et qui semble satisfaire la majorité des gens, ce sont des mesures répressives de façon législative. Alors, on fait une loi, puis d'autres, on peut maintenant mettre des enfants de 12 ans en prison, etc. Après, on dit qu'il y a surpopulation carcérale, suicide... quelque part, on a les dirigeants qu'on mérite. C'est ce que je montre dans le film. Si ce pays-là est comme ça, c'est parce que cette population est comme ça.



UNE AFFAIRE DE NEGRES de oswalde lewat


Pouvez-vous revenir sur le choix du titre ?
Je voulais un titre qui marque, car on ne s'était pas assez penché sur le cas du Commandement Opérationnel. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, on s'arrête sur le titre. C'était un titre en forme d'ironie. Car je me disais que si c'est le sujet du film, les gens vont se dire : encore un drame en Afrique, encore des assassinats, encore une affaire de noirs, une affaire de nègres. Avec le politiquement correct, personne ne peut dire Une Affaire de Nègres, même si on n'en pense pas moins. Et j'estimais que mettre un titre comme celui-là, c'était au contraire dire : Non, ce n'est pas juste une affaire de nègres, c'est une affaire d'êtres humains, et puis surtout c'est une affaire ponctuelle qui s'est déroulée au Cameroun, mais qui peut se produire partout une fois qu'on souscrit aux dérives insécuritaires. Le rapport à l'altérité doit être différent. On doit penser différemment. Parce qu'au fond, au-delà de l'effet de pigmentation qui nous différencie, nous sommes fondamentalement semblables. Culturellement différents, génétiquement semblables. Que ce soit une affaire de nègres, ou de Mexicains, de Chinois... C'est avant tout une affaire d'humains.

Avez-vous de prochains projets ?
J'ai envie de faire mon prochain film en Israël. Ça sera aussi un documentaire.

Propos recueillis par Gwenaël Tison

Posté par Noumbissie à 02:04 - DANS L'AIR DU TEMPS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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05 septembre 2009

L'ANCIEN JESUITE QUI PENSE LE MUNTU

Eboussi Boulaga : l’ancien jésuite qui pense le Muntu

Itinéraire et courants de pensée de l’homme à qui la communauté universitaire a rendu hommage samedi 25 juillet 2009 à l’amphi 700 du campus universitaire de Ngoa Ekelle.

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Il y a un rapport virtuel fort entre Eboussi Boulaga et les villages Bafia et Lablé. Dans le premier il y est né. Dans le second il y a passé son enfance. Son père catéchiste à Lablé, l’unique mission catholique de l’époque dans cette région, faisait partie des hommes cultivés de son temps. C’est ainsi qu’il a inculqué très tôt à ses enfants, le goût de la lecture des magazines chrétiens tels que « Pèlerin Magazine », journal des catholiques français de droite. La maman d’Eboussi Boulaga était une cultivatrice qui travaillait énormément les champs. Ce qui fait que pendant toute l’enfance, le temps de la fréquentation de l’école primaire à Lablé, la famille était au-dessus des besoins alimentaires. L’étape d’Efok qui suit où le jeune Fabien achève le cycle primaire est en fait une étape transitoire. Mais il ressort que l’attachement à Bafia et Lablé, reste sérieux, ne serait-ce que pour l’initiation à la vie du village dont Eboussi Boulaga jusqu’à ce jour semble garder les séquelles sur le plan de son subconscient. « Je suis longtemps resté au village aux côtés de mes parents. Cela évidemment m’a marqué. Après que je sois parti ailleurs pendant des années, mon retour au pays a commencé par un séjour pendant un temps dans mon village », raconte-il. De ce séjour au village à Lablé et Bafia sortira une formation humaine qui va plus tard entrer en dialogue avec la découverte d’autres formations. D’abord, celle de séminariste à Akono, où sont passés la plupart des hommes de sa génération, dans les années 40 et 50, et qui dirigent encore le Cameroun aujourd’hui. Ensuite la rencontre avec la Compagnie de Jésus où Eboussi Boulaga va puiser l’essentiel de sa formation intellectuelle. En fait, l’entrée dans les ordres religieux de grande envergure tels que la Compagnie de Jésus (jésuites), l’Ordre des frères prêcheurs (dominicains) n’était pas du tout évidente. C’était l’époque où dans la grande région apostolique de Yaoundé, feux les seigneurs François Xavier et René Graffin s’échinaient à former le clergé diocésain. Les « prêtres indigènes » comme on les appelait alors. Chez les jésuites, Engelbert Mveng, jeune fils Bene de la tribu Mvog Manga né à Enamgal, petit village localisé dans la région du Sud, le 9 mai 1930, en était le premier. Le fondateur de l’ancien collège Le Sillon à Yaoundé est le tout premier camerounais à entrer chez les jésuites en 1952. Avec évidemment la « malédiction » de Mgr Graffin qui voyait cette démarche de l’ancien petit séminariste d’Akono d’un mauvais œil. C’est à sa suite qu’arrive donc Eboussi Boulaga en 1955, après le cycle secondaire de philosophie à Otélé. Pour faire un jésuite, il faut 20 ans après l’obtention du baccalauréat. La première étape, celle par laquelle Fabien Eboussi Boulaga est passé, est celle du noviciat. A son époque cela se passait à l’ancien Congo belge, précisément dans un petit village de la province Kasaï occidental qu’on appelle Djouma. Aujourd’hui le noviciat des jésuites pour ce qui est la province de l’Afrique de l’Ouest qui part du Sénégal jusqu’en Centrafrique, se trouve à Bafoussam au Cameroun. Le noviciat de la Compagnie de Jésus dure deux ans. Pendant ces deux ans, le novice est formé à la spiritualité ignacienne, dont la grande spécificité se trouve dans les fameux exercices spirituels de saint Ignace. Il est question, pour le futur jésuite en formation, de passer une retraite de trois mois dans le jeûne et la prière. Et que tous les jours, à chaque seconde, chaque minute, chaque heure, dans tout ce que l’on fait on tourne son esprit et son âme vers Dieu. Il s’agit en fait d’un nettoyage, d’un dépouillage du cerveau et d’esprit de tout ce qui est contraire à Dieu. Ce qui fait que logiquement, à l’issue des trois mois que durent les exercices spirituels de saint Ignace, le jeune novice est comme lessivé spirituellement et devient un homme nouveau, capable d’affronter toutes les spiritualités et autres études intellectuelles dans la suite de sa formation. Celle-ci se poursuit après les vœux perpétuels par trois ans d’études littéraires dans une Université publique, puis trois ans d’études philosophiques couronnées respectivement par une licence en lettres, et une licence en philosophie. Après quoi, les supérieurs envoient le futur jésuite en « régence ». Il s’agit d’un vocabulaire purement jésuite, qui marque une période de stage, au cours de laquelle, le scolastique jésuite est amené à enseigner pendant deux ans dans un collège d’enseignement secondaire tenu par les jésuites. C’est le cas par exemple de Libermann à Douala au Cameroun, ou encore le collège François Xavier à N’djaména. Après la « régence » suivent des études de théologie en anglais pendant quatre ans. Au bout de la troisième année, le scolastique jésuite est ordonné diacre. Et un an après, la Compagnie de Jésus l’accompagne dans son village pour l’ordination sacerdotale. Mais, bien qu’étant prêtre, l’ancien scolastique n’est pas encore jésuite plein. Il lui faut encore aller suivre ce qu’on appelle chez les jésuites, des études particulières. Il s’agit par exemples, de la philosophie politique, de toutes les branches des sciences sociales, des sciences nucléaires, bref, d’importants compartiments des domaines de la connaissance scientifique. Cette période dure au moins trois ans. Avant l’étape de l’enseignement universitaire pour une période de deux ans. Après quoi, la Compagnie de Jésus qui a pris le temps d’observer celui qui jusque-là était candidat à la vie de jésuite, lui demande alors d’aller terminer sa formation par une troisième année de noviciat. Le fameux « troisièmement » bien connu dans le vocabulaire jésuitique. Là, le prêtre jésuite est entre autres initié à la compréhension de la marche du monde, notamment par l’étude minutieuse des organisations, des sectes qui menacent la foi de l’église catholique. Genre, franc-maçonnerie, rose-croix, et tous les mouvements intellectualistes. C’est donc à l’issue du « troisièmement » que celui qui devient alors jésuite plein prononce ses vœux officiels. A ce moment, la Compagnie de Jésus le reçoit officiellement et s’engage à être à ses côtés jusqu’à la mort.

Pensée saisissante

Le Pr Eboussi à qui la communauté intellectuelle a rendu hommage samedi dernier, a eu exactement tout cet itinéraire. Avec la différence que, à son époque, la formation était encore plus approfondie. Notamment par des solides études gréco-latines qui font de lui aujourd’hui l’un des grands connaisseurs dans ce domaine de la connaissance classique. …Dans l’esprit de la Compagnie de Jésus, Eboussi Boulaga est jésuite à vie. Nonobstant le fait qu’il s’est volontairement mis à l’écart de cet ordre. La rupture est officiellement arrivée en 1980. Même si dès 1979, son départ de la Compagnie était pratiquement consommé. C’était en Côte d’Ivoire où il enseignait depuis 6 ans la philosophie à l’Université de Cocody à Abidjan. Le retour au Cameroun arrive en 1984. Après une période de ressourcement dans ses villages Lablé et Bafia, Eboussi Boulaga est recruté à l’ex-Université de Yaoundé où il va poursuivre son métier d’enseignant jusqu’en 1994. Avant de devenir professeur associé à l’Université catholique d’Afrique centrale. Mais entre temps, Eboussi Boulaga aura été enseignant à la prestigieuse Université américaine Harvard, puis à Hambourg en Allemagne. Avant l’intégration des activités de société civile, d’abord avec le Gerdes Afrique, puis le Codesria.

Apôtre de Platon, Aristote, Epicure…

Hormis cette professiond’enseignant qui aura déterminée sa vie, dans le domaine de la philosophie, le Pr. Eboussi Boulaga a un rapport fort avec l’écriture. C’est certainement à ce niveau qu’il traduit toute sa pensée intellectuelle. C’est vrai que enseignant de philosophie, Eboussi Boulaga s’est énormément familiarisé avec les présocratiques de la philosophie grecque. Mais il a aussi enseigné Platon, Aristote, Epicure et plus proche de nous, Hegel dans la « phénoménologie de l’esprit ». Pour ce qui est de la philosophie moderne, ou contemporaine, Eboussi Boulaga est l’un des grands explicateurs de Wittgenstein, Anna Arendt (origine du totalitarisme) et John Rawls (la théorie de la Justice). En réalité ce qu’on retient de cet homme à l’humilité désarmante, c’est qu’il est désormais objet de pensée et d’étude. « La crise du Muntu » apparaît ainsi comme l’œuvre majeure de celui que l’on peut à juste titre considérer comme l’un des plus grands intellectuels camerounais. Il s’agit de la problématique du questionnement de la dimension ontologique de l’homme africain. Dans son entièreté et sa place dans l’histoire. « Christianisme sans fétiches » qui suit n’est en fait que la suite initiée du questionnement intellectuel de l’ancien jésuite qui pense le Muntu, c’est dire l’homme africain. Quel sens peut-on donner en son âme et conscience au christianisme dans un contexte de domination ? C’est bien de cela qu’il s’agit. Un questionnement non encore achevé aujourd’hui. Ainsi vu, Eboussi peut apparaître dans la société ambiante comme un homme redouté. Pour le philosophe qui pense chaque jour le réel, notre société est en déphasage avec ceux qui la gère. C’est pour cela qu’avec le pouvoir, Eboussi Boulaga n’a pas nécessairement besoin de dire quelque chose à ceux qui conduisent la vie de la nation camerounaise. Son rôle est de réfléchir sur les problèmes de son temps. Que ceux qui tiennent le pouvoir au Cameroun et qui veulent absolument le garder ad vitam æternam, l’écoutent ou pas, comme cela se passe sous d’autres cieux, n’est pas le plus important. Il n’écrit pas pour les ministres. Même pas pour le président la République. Encore moins pour la bande de ses nombreux courtisans. Ce qui est utile c’est de savoir que des Hommes comme Eboussi Boulaga font partie d’une génération d’Hommes de science qui ont une rigueur intellectuelle accentuée qui ne supporte pas le mensonge. C’est en cela que la pensée de cet homme formé à la dure école des jésuites, mérite d’être étudiée comme cela a été le cas samedi dernier.

Par Jean François CHANNON Le 28-07-2009

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18 juillet 2009

FABIEN EBOUSSI BOULAGA ou la liberté de penser

Eboussi_BoulagaUn philosophe camerounais célébré de son vivant

La communauté intellectuelle va célébrer les 24 et 25 juillet prochains, l’un des penseurs africains contemporains les plus pénétrants. Ce sera à l’Université de Yaoundé I.

On croit rêver. Parce que jusque-là, on n’avait pas encore vu un tel évènement au Cameroun. Un intellectuel, un vrai, dissident du régime en place, célébré au vu et au su de tout le monde dans une université d’Etat ? De mémoire de journaliste qui a vécu les plus grands moments de l’histoire récente de la démocratisation du Cameroun (1990-2009), les journées d’études consacrées au professeur Fabien Eboussi Boulaga, feront certainement partie de l’inédit. « Un évènement exceptionnel », comme l’annonce le professeur Ambroise Kom, bien connu des universités camerounaises, françaises, allemandes, et américaines. Déjà au début des années 90, le professeur Ambroise Kom avait eu « la témérité » d’inviter et de faire venir en conférence au Cameroun, Alexandre Biyidi Awala, dit Eza Boto, dit Mongo Beti, le plus grand écrivain camerounais, de regretté mémoire et « le pape des opposants camerounais », comme l’appelaient alors la presse hexagonale. La conférence publique qui devait avoir lieu à l’hôtel Hilton de Yaoundé, avait malheureusement été interdite par les tenants du pouvoir du président Paul Biya. Mongo Beti qui remettait les pieds au Cameroun après plus de 40 ans d’exil s’est ainsi retrouvé à s’adresser (dans la clandestinité) aux jeunes étudiants et autres hommes politiques et de culture venus à sa rencontre dans une petite bibliothèque de l’Avenue Kennedy. Avant lui, pratiquement aucun intellectuel sérieux, qui a eu le courage de prendre du recul avec le système politique dominant au Cameroun n’avait pu s’exprimer publiquement au Cameroun. Après lui, l’ouverture du système, sous la forme de ce qu’un politologue camerounais a appelé « démocrature » a permis quelques gorges chaudes des « intellectuels ». Mais la plupart, se sont illustrés comme étant en fait ce que le professeur Eboussi appelle à juste titre « ventriloques ». C’est-à-dire quelques diplômés, qui pensent que pour avoir été à l’université, dans les grandes écoles, ou par le fait qu’ils y enseignent, ils ont droit à quelques strapontins au sein de l’appareil politique dominant. Jamais, mais alors jamais, cette conception de l’intellectuel n’aura été celle du professeur Eboussi Boulaga. Reconnu comme philosophe, théologien, politologue, littéraire de formation et de profession, mais davantage comme « éclaireur de l’intelligence », pour reprendre une expression d’un de ses étudiants de nationalité ivoirienne, le professeur Eboussi est de ces hommes d’esprit que le Cameroun n’a pas conscience d’avoir la chance d’avoir. Mais que, hélas, beaucoup de pays africains envient au Cameroun de l’avoir comme fils. Les journées d’études à lui consacrées, et dont le professeur Kom en est le principal initiateur, laissent planer quelques doutes dans les esprits. Notamment sur leurs tenues effectives. Parce que en fait, un homme comme Eboussi Boulaga, pour ceux qui nous gouvernent actuellement, apparaît comme un dissident qu’il faudrait absolument garder dans l’isolement. A défaut de pouvoir l’apprivoiser comme la plupart des universitaires qui ont rejoint le système ambiant. On connaît tous les ouvrages flamboyants du professeur Eboussi. De « La crise du Muntu » à « Lignes de résistances », en passant par « Christianisme sans fétiches », « A contretemps », « Démocratie de transit », et bien d’autres, l’ancien professeur de l’histoire de la philosophie à l’ex -Université de Yaoundé, a toujours pris le contre-pied de ce que l’on croire être « Le vrai », et que l’on veut établir comme principe de vie pour tous. Dans une société où l’accès au pouvoir semble se nicher dans les multiples célébrations des mœurs lucifériennes, on en est à se demander si le système en place au Cameroun pourrait, au-delà de toutes vraisemblances, autoriser la célébration de son vivant, d’un homme aussi libre d’esprit que Eboussi Boulaga. Si par contre, l’autorisation est donnée, ne va-t-on pas marginaliser ce processus, en créant tout autour une espèce de mystification politique et psychologique qui effrayerait la jeune génération qui a besoin de comprendre les enjeux de la pensée de Eboussi Boulaga ? Au final, la préoccupation la plus profitable devrait à notre sens résider dans le bienfait de l’idée lumineuse qu’a eu le professeur Ambroise Kom de mettre en études, pendant deux journées, le professeur Eboussi Boulaga. Le thème général de ces deux journées, « Fabien Eboussi Boulaga ou la liberté de penser » devraient en fait permettre aux participants, non seulement de relire avec un maximum de lucidité à travers les différents axes l’ensemble des œuvres de cette mine précieuse qu’est Eboussi Boulaga, mais aussi d’apprendre à penser juste l’avenir et le Cameroun de demain.

Ambroise Kom : Entretien « Eboussi Boulaga est un modèle endogène »

L’organisateur de l’hommage s’explique.

Qu’est-ce qui fonde sur le plan scientifique l’hommage rendu au professeur Eboussi que vous organisez?
Ce n’est pas un élément précis mais plusieurs raisons qui fondent l’hommage que nous rendrons à Fabien Eboussi Boulaga ces 24 et 25 juillet 2009 à l’amphi 700 de l’Université de Yaoundé ou Eboussi fut enseignant pendant de nombreuses années. Comme enseignant de philosophie, il a formé de nombreux étudiants qui lui sont reconnaissants pour son immense savoir, pour sa pédagogie, sa manière d’être et pour le type de direction dont ils ont bénéficié auprès de lui lorsqu’ils ont choisi de se lancer dans des recherches plus approfondies. Fabien Eboussi est aussi un théologien dont les travaux dans ce domaine, Christianisme sans fétiche (1981), A contretemps, L’enjeu de Dieu en Afrique (1991) sont reconnus tant ils ont marqué et même passablement secoué de nombreux esprits de par le monde. Eboussi est donc un penseur dont les publications font autorité dans son/ses domaine(s) de spécialité. Près de trente ans après sa publication, La crise du Muntu (1977) vient d’être traduit en italien. Cet ouvrage marque un tournant dans la pensée philosophique africaine. Bien plus, ses travaux en sciences sociales sont fondamentaux pour la compréhension des diverses mutations que nous connaissons au Cameroun et en Afrique. Il n’y a qu’à lire Les Conférences nationales en Afrique, une affaire à suivre (1993), La démocratie de transit (1997) sans compter les lumineuses études qu’il publie dans les journaux (Lignes de résistance, 1999) et dans la revue Terroirs qu’il dirige depuis près de vingt ans. Pour moi, Fabien Eboussi Boulaga est un travailleur intellectuel et un modèle du genre. Il nous apprend à nous remettre constamment en question tant il est vrai que sa pensée ne prend point des modalités évangéliques mais se déploie plutôt comme une série d’interrogations, d’invitation à la réflexion. Je crois que nous devons apprendre à apprécier ce genre de démarche et à célébrer pareille icône.

Dites-nous un peu comment vous percevez le personnage Eboussi Boulaga…
Quand on lit Eboussi ou quand on le regarde vivre, on se demande nécessairement de quelle planète il descend. Est-il véritablement Camerounais ? Il nous ressemble si peu, nous autres qui aimons tant faire étalage de notre improbable savoir, nos prétendues réalisations, nous qui aimons user et abuser de nos relations pour nous positionner et ne manquons jamais la moindre occasion pour nous mettre en scelle, nous positionner. Dans un environnement où l’éthique est rangée dans les musées, découvrir quelqu’un qui mène une vie d’ascèse relève totalement de l’inattendu, voire de l’irréel ! Mais c’est tellement rassurant.

Connaissant la trop grande modestie intellectuelle du professeur Eboussi, et les frustrations qu’il peut avoir vécu au Cameroun, pensez vous qu’il apprécierait cet hommage qui lui est rendu dans une université camerounaise ?
Je vous laisse libre de votre jugement mais je doute qu’Eboussi vive en citoyen frustré. Ce que vous lisez correspond à votre perception des choses. Sans doute avez-vous raison dans une certaine mesure. Lorsqu’on compare ses réalisations à celles de certains autres et lorsqu’on compare le train de vie de ces autres au sien, on pourrait lui prêter nos yeux pour pleurer. Mais rassurez-vous, Eboussi tel que je le perçois n’est point une pauvre hère en quête d’apitoiement. Il doit certainement souffrir de toutes sortes de privations comme tout un chacun mais il n’en fait pas un souci de chaque instant. S’agissant du choix de l’université camerounaise, sachez avant tout qu’il s’agit d’une université d’Etat et que l’Etat c’est un peu nous tous même si certains ont tendance à se l’approprier. Nous avions le choix d’aller dans d’autres institutions et même dans des sites privés. Ce colloque aurait aussi pu s’organiser à l’étranger. Mais nous avons choisi l’Université de Yaoundé 1 et l’amphi 700 pour son caractère symbolique justement. A mon avis, la production intellectuelle de Fabien Eboussi Boulaga se dresse comme un monument dont notre pays devrait s’enorgueillir. Et notre Etat devrait prendre soin de se l’approprier pour en assurer le rayonnement, aujourd’hui et demain. On entend souvent dire que dans cet environnement de violence morale, de jonglerie et de tricheries généralisées, de paresse intellectuelle érigée en norme et de détournement institué, nous avons besoin de modèles. En voilà un, endogène, qui nous interpelle. A nous de le méditer.


Par Entretien avec Jean François CHANNON
Le 13-07-2009

01 juillet 2009

LA LUTTE CONTRE LA DESERTIFICATION AU CAMEROUN

RAPPORT NATIONAL SUR L’ETAT

D’AVANCEMENT DU PROCESSUS DE L’ELABORATION

DU PLAN D’ACTION NATIONAL SUR LA MISE EN

OEUVRE DE LA CONVENTION SUR LA LUTTE CONTRE

LA DESERTIFICATION AU CAMEROUN

Le présent rapport a été réalisé dans le cadre de l’évaluation des progrès accomplis dans le processus de l’élaboration des Plans Nationaux , pour la mise en oeuvre de la Conventio n sur la lutte contre la désertification, par les pays parties à cet instrument en vue de la 3è Conférence des Parties (COP III), prévue à RECIFE, BRESIL, du 15 au 26 Novembre 1999. Il a été rédigé en s’inspirant du Guide proposé par la 1ère Conférence des Parties (COP I) avec l’assistance de l’expert/consultant du Secrétariat de ladite convention, en mission au Cameroun du 20 au 24 Mai 1999.

Ce document retrace que : - la partie du territoire camerounais située dans la zone soudanosahélienne, est confrontée à la sécheresse, avec des effets négatifs sur l’environnement, se traduisant par des déficits pluviométriques sévères, avec des conséquences non moins sévères, depuis l’époque coloniale ; - les pouvoirs publics ont fait de la lutte contre la désertification, un des chevaux de bataille en la prenant en compte progressivement comme priorité, dans les Plans quinquennaux de développement, dans le plan d’action forestier national, le plan national de

gestion de l’environnement, ainsi que dans les programmes et projets, suivant des approches méthodologiques variables en fonction des discours et visions écologiques à la mode. Dans ce contexte, après la ratification de la convention susvisée, le Cameroun a mis en place, le 20 Février 1995 une Cellule constituée d’experts, animée par un Coordonnateur National, qui a mené les actions suivantes : montage d’un dossier, objet de la négociation et signature du Mémorandum UNSO/Cameroun et Accord de Don PNUD/PNGE II, prévoyant des activités estimées et canevas d’activités, pour financement éventuel d’autres donateurs – confection du présent rapport –élaboration des premiers volets du Plan d’Action National de Lutte contre la Désertification à savoir : thème V. Initiation des stratégies novatrices de mobilisation des ressources au niveau local– thème 3 : préparation et appui du processus régional et national y compris le 1er Forum et Forums subséquents - publication de l’organigramme du MINEF de décembre 1998, comportant le Secrétariat Permanent à l’Environnement, comprenant une Division des Programmes chargée de la Lutte contre la Désertification suivie de la nomination des responsables. – Inscription au Budget d’Investissement Public, de la contrepartie de l’Etat liée aux divers dons, objet d’accord et aux conventions éventuelles – engagement à la préparation du décret, en application de la loi-cadre relatif à la gestion de l’Environnement dans le domaine de la lutte contre la désertification, dans le cadre du projet « Elaboration du Code de l’Environnement » et de l’Accord de Don PNUD/PNGE II.

La particularité de ce rapport, découle du fait qu’il montre comment la Cellule de Coordination de la mise en oeuvre s’est efforcée à intégrer et adapter les objectifs de la convention sur la lutte contre la désertification, dans le processus de l’élaboration du Plan d’action National de lutte contre la Désertification et a rencontré des difficultés dont des solutions et perspectives sont proposées. Aussi, par cette occasion, la Cellule nationale de Coordination a engagé les actions préliminaires de l’élaboration du PAN.

LIRE LE RAPPORT

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21 juin 2009

Hommage à SEVERIN CECILE ABEGA & JEAN MARC ELA

Terroirs - revue africaine de sciences sociales et de philosophie

APPEL À CONTRIBUTIONS TERROIRS N°3/4 2009

Hommage à Sévérin Cécile Abéga et à Jean-Marc-Ela L’année 2008 a été marquée dans le champ intellectuel par le décès de deux personnalités importantes dans le dans les sciences humaines et sociales :Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela. Terroirs (Revue africaine de sciences sociales et de philosophie) leur rend hommage à travers le numéro 3-4/2009. Les auteurs sont invités à revisiter leurs oeuvres et leurs contributions en historiographie, en anthropologie et en sociologie sur les plans théoriques, épistémologiques et pratiques. Dans cette perspective quatre principaux axes sont retenus pour ce numéro double qui leur est consacré :

Axe 1 : villes et villages, pauvreté et exclusion

Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela se ressemblent par la diversité et la richesse de leurs productions scientifiques. Outre cela, leur proximité avec les plus faibles, les moins entendus, leur a permis de mettre en évidence la complexité de nos sociétés, les problèmes auxquels elles sont confrontées et les enjeux autour de l’amélioration des conditions de vie des populations. Leur contribution va au-delà de la production de savoirs
dans le cadre de recherches commanditées. Elle se trouve dans leur capacité respective à se réapproprier des problématiques et à les analyser en fonction de leur pertinence sur le plan local. Dans ce cadre une perspective à examiner est leur contribution sur le plan épistémologique dans les sciences humaines et sociales. L’appréhension des objets de recherche, leur construction, les concepts mobilisés par ces auteurs et leurs analyses sont autant de champs dans lesquels l’on se propose d’examiner leurs oeuvres et les principales contributions dans les sciences humaines et sociales.

Il s’agit dans ce premier axe d’aborder à travers leurs publications, leur contribution respective sur le plan méthodologique et épistémologique dans la recherche dans les sciences sociales et humaines.

Axe 2 : le développement comme idéologie et comme réalité

Axe 3 : Sexualité, pouvoirs, violences et religions

Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela abordent ces Thèmes privilégiés de l’anthropologie et de la sociologie à travers le terrain africain et Camerounais en particulier. Pour ce troisième axe, les auteurs sont invités à examinés les contributions théoriques et pratiques des travaux de Sévérin-Cécile Abéga et de Jean-Marc Ela.

Axe 4 : Didactique de l’enseignement de la sociologie, de l’anthropologie et de l’histoire en Afrique

Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela sont aussi des pédagogues préoccupés par l’enseignement de leur discipline dans les universités. Dans leur approche, ils militent pour une adéquation entre les enseignements dispensés et l’environnement social et culturel. À titre d’exemple, Introduction à l’anthropologie sociale et culturelle de Sévérin-Cécile Abéga et Guide pédagogique de formation à la recherche pour le développement en Afrique de Jean-Marc Ela sont des ouvrages qui s’inscrivent dans cette perspective. Les auteurs sont invités à faire une lecture de ces ouvrages partir de leurs expériences dans le domaine de l’enseignement universitaire.

Les textes soumis à Terroirs doivent être dactylographiés et adressés par courrier électronique à :

terroirs2004@yahoo.fr

Les notes sont situées en bas de page (procédure d’appel de note à partir du logiciel Word). Les articles proposés ne peuvent dépasser 5.000 mots. Ils sont impérativement accompagnés d’un résumé en français et en anglais de 400 mots au maximum ainsi que d’une série de mots-clefs, en français et en anglais. Les nom (s) et prénom (s) des auteurs des articles proposés sont accompagnés de leur titre et de leur adresse institutionnelle ainsi que d’une adresse électronique. Conventions bibliographiques et typographiques Police : 12 points, Times New Roman. Interligne : 1,5 Les conventions générales pour la bibliographie sont les suivantes : Livres : NOM Prénom (initiales), titre complet en italique, lieu d’édition, éditeur, année d’édition, nombre de pages. Articles : NOM Prénom (initiales), « titre complet entre guillemets », titre de la revue (en entier et non abrégé), catalogue, actes... (En italique), date, numéro, pagination. Contributions à des ouvrages collectifs : NOM Prénom (initial), « titre entre guillemets », dans NOM et Prénom (initiales) [dir.], titre de l’ouvrage, catalogue, actes, mélanges... (Initial), lieu d’édition, éditeur, année d’édition, pagination. Date limite de réception des contributions : 31 septembre 2009 -Réponse du comité d’évaluation aux auteurs : 31 octobre 2009

10 juin 2009

BIYITI BI ESSAM Le chien qui attrape son gibier par la queue

[…] Augustin Kontchou Kouomegni avait des gros yeux pour effrayer ses vis-à-vis ; Jean Pierre Biyiti Bi Essam a des belles lunettes et du bon français vif truffé des phrases assassines. Si l’actuel ministre de la Communication était une femme, son alter ego dans l’histoire serait Marie Antoinette de ce regretté roi de la révolution française. Vous menez une enquête sur le terrain et rapportez des nouvelles, comme mon collègue Denis Nkwebo en avait fait à Bakassi, et le publiez sans laisser quelque élément au «frigo», le justicier Biyiti bi Essam vous condamne. Un pouvoir mal élu décide de modifier une Constitution aussi mal adoptée et que les populations veulent débattre sur cette modification, «son excellence» Biyiti bi Essam sort son « arrêté » pour suspendre tout organe qui s’intéresse à ce débat suivi d’interdiction de toute manifestation contre la modification. Pour lui, la presse doit cesser d’être la sentinelle pour le peuple mais servir les ambitions étroites des politiciens.

Yves Michel Fotso se sent mal à l’aise du fait que les informations qui circulent à son sujet sont inexactes et sollicite des espaces dans les médias pour donner sa version des faits, le procureur Biyiti bi Essam sort pour crier haro sur le baudet: le fils du milliardaire de Bandjoun est en train d’obstruer la procédure judiciaire et les journalistes qui relaient ses propos sont passibles de procès. Mais quand ce même Biyiti bi Essam, sous enquête policière pour ce qu’on appelle en anglais «misappropriation» des fonds publics, est interviewé pour donner sa version des faits, les journalistes font bien leur travail.Donc, au Cameroun, en ce moment tout journaliste qui voudrait pratiquer en toute quiétude devra s’assurer qu’il ne fera rien que de la communication institutionnelle. Toujours interviewer le ministre de la Communication. Et ensuite, il devra s’assurer qu’il ne commettrait pas des fautes en français […] Jean Pierre Biyiti bi Essam ne blague pas avec ceux qui ne maîtrisent pas la langue maternelle du Cameroun: le français. Ce qui amuse un peu dans le papier du ministre de la Communication, c’est cette allégation qu’il ferait acheter les Dictionnaires lors des prochaines «dotations à la presse». Autant que je me souvienne, j’ai entendu Pius Njawe affirmer haut et fort que ce qu’on appelle «aide à la communication privée» n’était pas la façon la plus appropriée d’aider la presse camerounaise. Il avait donc dit qu’il n’allait pas s’associer à une sorte de détournement de deniers publics. Alors, cette intention d’offrir un dictionnaire était-elle une sorte de moquerie à l’encontre de l’indépendance du promoteur du Messager? Tir loupé donc.

De quoi le ministre de la communication a-t-il peur?

Formé en journalisme, il sait très bien que la presse ne peut pas renverser un gouvernement comme celui du Cameroun mais peut, à la longue, à travers les articles fouillés comme elle en fait depuis un certain temps, le délégitimer. Célestin Ngoa Balla doit être en train de manger des bons «Hot Dogs» là où il est au pays de Barack Obama, sinon il serait dans une chambre de détention s’il était au Cameroun en ce moment. Et quand Jean Pierre Biyiti Bi Essam s’offusque de l’utilisation de certains termes par Ngoa Balla il se baserait sur les normes déontologiques qui ne collent pas à ce cas précis. Pour sa gouverne, il doit se rappeler que Chantal Biya est la première dame du Cameroun. Donc son image rejaillit sur tout le pays. Paris Hilton est une star de la vie mondaine, celle même qui a un site où elle pose nue. Que la première dame Camerounaise fasse une «bicycle salute» à Paris Hilton comme celui que Monseigneur Desmond Tutu avait fait au président Biya (chose vue à la télé), il n’y a pas de problème. Ensuite, inviter Paris Hilton au Cameroun? Pourquoi faire? Montrer à nos filles de visu comment on pose nu pour devenir une star? Qui va payer cette note là Jean Pierre Biyiti bi Essam? Que cette pute est célèbre, certes. Mais Osama Bin Ladin est célèbre […] Si Biyiti Bi Essam n’avait pas perçu le sens de la célébrité de Paris Hilton que les républicains voulaient coller à Obama, donc notre ministre-spécialiste du français est ce personnage du livre Le Vieux Nègre et la Médaille de Ferdinand Léopold Oyono. Si Biyiti Bi Essam est fier de cette photo, il est certain qu’il traîne les casseroles de l’argent de la couverture de l’arrivée du Pape au Cameroun. Et c’est Alain Blaise Batongue qui après l’avoir rencontré posa cette question sibylline: «l’homme traqué?» Les Journalistes devront donc continuer à enquêter et étaler sur comment cette somme de sept cent soixante dix millions a été dépensée par le Mincom. C’est l’argent de tous les Camerounais, même si on nous parle «d’une dotation de la présidence de la République». Comme si le président de République était un homme d’affaires qui a des sociétés propres et peut prendre de l’argent là-bas pour en faire des dotations. Et quand Jean Pierre Biyiti Bi Essam accuse «ceux qui ont choisi l’ignoble commerce de vendre à l’encan leur pays contre… un passeport, une carte de séjour», je me demande si le Mincom n’est pas ce chien qui attrape son gibier par la queue?

Pour la petite histoire, j’étais au Danemark en septembre 2007 et avais rencontré une journaliste du quotidien Politiken. Quand celle-ci a su que j’étais un journaliste camerounais, elle m’a approché. Sa toute première question était celle de savoir «comment fonctionne le pays de Roger Milla (ah oui notre trésor, Milla) avec deux Constitutions». Quand je lui avais dit que le Cameroun n’avait qu’une seule Constitution elle me dit sèchement que nous avons une de 1972 et l’autre de 1996. S’en est alors suivi une invitation à leur conférence de rédaction le lendemain. Elle sort donc son portable pour informer sa hiérarchie qu’il y a un journaliste du Cameroun qu’elle invitait pour la conférence de rédaction du lendemain. Je l’avais arrêté net en lui faisant savoir que je ne connaissais rien en droit et ne pouvais aborder des questions sur la Constitution. Elle me fait comprendre qu’on abordera d’autres sujets mais je tiens ferme. Au fait entre Jean Pierre Biyiti bi Essam à qui le ministre des Finances informe qu’il lui envoie plus de 700 millions de Fcfa – facile à détourner – (Essimi Menye ne pouvait pas envoyer cet argent sans l’en informer au téléphone) et il n’objecte pas pour préférer la monnaie fiduciaire et Joe La Conscience qui chercherait un visa pour fuir parce qu’il ne peut pas manifester son mécontentement au Cameroun, qui vend le pays à l’encan? Quand le ministre de la Communication affirme qu’il a reçu des centaines de millions en espèces et a appelé Crtv, Camtel et Sopecam pour venir décharger leur part, quelle est l’image qu’il veut donner au Cameroun de Roger Albert Milla? Et quand un ministre agrégé des universités comme Maurice Kamto se fait battre par le candidat d’un Etat « néant » comme la Somalie, ou un autre agrégé, Joseph Owona fait suspendre le Cameroun par la Fifa (sous prétexte d’administrer un cours de droit comme l’avait écrit Jacque Blaise Mvié dans la Nouvelle Expression) en refusant de respecter les textes ratifiés par le Cameroun, qui vend le pays à l’encan? On peut encore se demander que quand Jacques Fame Ndongo (il était directeur de l’Esstic) déclare qu’on pouvait chasser tous les anglophones de la Crtv et il en formerait 100 et que le même Fame Ndongo (ministre) fasse admettre ceux qui n’ont pas concouru à la faculté de médicine de Buéa, dis-moi Jean Pierre Biyiti bi Essam , où va le pays de Roger Albert Milla? Quand pour une réunion du Commonwealth au Nigeria, le ministre camerounais arrive en retard sans que son vis-à-vis Nigérian en soit informé ou que les dirigeants du Cameroun fassent promener leurs enfants dans le monde en période de classe, c’est quelle image qui est écornée?

Le ministre de la Communication avait posé de surcroît une question professionnelle à Pius Njawe. La question semble ne pas avoir du sens quand on sait que la vraie presse est anti-establishment. Comme l’avait établi Lord Northcliffe, le fondateur de la Fleet Street Londonien (siège de la plupart des journaux britanniques) «le peuple croit qu’il est mal gouverné et il faut un bon journaliste pour lui fournir des informations lui permettant de jouir pleinement de sa citoyenneté le moment venu». C’est ce que Njawe fait avec son journal même si des fois certains des ses journalistes enfreignent cette règle. C’est ce qui arrive presque partout. On a vu Janvier Mvoto Obounou attribuer, dans Cameroon Tribune, ceci à un soi-disant habitant de Bamenda quand Paul y était en 1990: «Paul Biya na some man». En Français vous dites «Paul Biya, c’est vraiment quelqu’un». Je suis originaire de la zone et ne reconnais ce genre de langage étranger chez nous. Si quelqu’un de Bamenda (en dehors de Mvoto Obounou lui-même ou un agent du Cener) aurait tenu des propos pareils, il aurait dit «Paul Biya na man ou Paul Biya na popo man». Il ne me souvient pas avoir entendu Jan Pierre Biyiti bi Essam dire à Janvier Mvoto Obounou qui est un de ses directeurs d’aller au recyclage journalistique se pouvoir en pidgin de Bamenda afin de rendre ses reportages fidèles. Non, le langage du ministre de la Communication est devenu vague au point d’être dénué de sens, et dénué de sens au point de devenir menaçant. C’est cela qu’il faut craindre. Cela relevé, je poserai cette question patriotique à M. le ministre de la Communication du Cameroun Jean Pierre Biyiti bi Essam. Pourquoi le régime au pouvoir a-t-il choisi de sacrifier le développement du pays à travers l’absence d’un programme clair, pour l’enrichissement individuel et l’achat de consciences? Regardez le nombre d’immeubles construites par les dignitaires du régime et ses fonctionnaires. Mon père avait un chien appelé Mark. Un jour on est parti à la chasse et on a croisé un hérisson que Mark a poursuivi. L’animal a voulu grimper sur un arbre puisque Mark était proche de l’attraper. Au lieu d’attendre que je vienne le tuer avec ma fronde, voilà Mark qui saute et attrape le hérisson par la queue et le gibier lui administra une morsure sur le nez, forçant Mark à le lâcher. Et le hérisson disparut dans la forêt, me laissant avec Mark qui avait une grosse blessure sur le nez. Si M. Biyiti Bi Essam avait suivi Njawé sur une télé locale parlant du rédacteur en Chef du Sowetan et Nelson Mandela, il aurait appris comment gérer les informations négatives contre son gouvernement. Comment le faire quand on est sous pilotage automatique et que le seul programme politique est de manger? God Bless Cameroon !

Par Aaron AGIEN NYANGKWE* Le 05-06-2009(Nyangkweagien@gmail.com )Journaliste-Cartographe de l’Incidence

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17 mai 2009

BORN TO RULE

Born to Rule

is the autobiography of an African-president monarch who does not want to pass away without leaving anything in writing to future generations. The book is more than just the autobiography of a president in that it has responded to all the key issues that most people have been asking about the development and underdevelopment of Africa. It is a seminal contribution to the world's collective knowledge of African and world history. At times it is compellingly incisive, satiric, and tongue-in-cheek and, in some places, trenchantly hard-hitting and humorous in its brutal portrayal of the way Mandzah and, by extension, the African continent, is managed and mismanaged.

About the Author 

Tah Asongwed was born in Baforchu (Mbu), Bamenda, Cameroon. After completing secondary school in Sacred Heart College, Bamenda, he attended the Cameroon College of Arts, Science and Technology in Bambili. He subsequently attended the Universities of Ottawa, Toronto, Massachusetts and Paris 111. Tah Asongwed worked briefly for Radio Cameroon. He was a lecturer in Laurentian University, Canada, a translator-interpreter with the West Africa Rice Development Association, and a principal interpreter with the African Development Bank where he was elected the chairman of the Staff Council. Tah Asongwed has published scholarly articles in linguistics journals. He is also a musical artist, composer, arranger and producer.

ISBN 9789956558421 | 208 pages | 203 x 127 mm | 2009 |

Cameroon's Social Democratic Front

Cameroon's Social Democratic Front

Its History and Prospects as an Opposition Political Party (1990-2011)

Milton Krieger

Cameroon's Social Democratic Front (SDF) was among the watershed challenges in 1990 by sub-Saharan Africa's democratization forces against autocratic regimes, but it crested in 1992 and has subsided since. Yet the party survives, participates in the National Assembly, maintains a grassroots structure, and prepares for a presidential ballot in 2011 that will probably determine its fate. The author conducted research four times in Cameroon, 1989-1999, focusing on the SDF since 1991, and maintains party contacts to the present. The book assesses its history and its prospects, covering the SDF in Africa-wide as well as Cameroonian terms.

ISBN 9789956558162 | 120 pages | 216 x 140 mm | 2008 |

Langaa RPCIG

, Cameroon

11 mai 2009

LE TELEPHONE PORTABLE EN AFRIQUE

Mobile phones : the new talking drums of everyday Africa

kaft_mobilephones

Other publications by staff

M.E. de Bruijn, F. Nyamnjoh and I. Brinkman (eds.)
Bamenda: Cameroon: Langaa Publishers, 2009.

ISBN 978-9956558537

'We cannot imagine life now without a mobile phone' is a frequent comment when Africans are asked about mobile phones. They have become part and parcel of the communication landscape in many urban and rural areas of Africa and the growth of mobile telephony is amazing: from 1 in 50 people being users in 2000 to 1 in 3 in 2008. Such growth is impressive but it does not even begin to tell us about the many ways in which mobile phones are being appropriated by Africans and how they are transforming or are being transformed by society in Africa. This volume ventures into such appropriation and mutual shaping. Rich in theoretical innovation and empirical substantiation, it brings together reflections on developments around the mobile phone by scholars of six African countries (Burkina Faso, Cameroon, Ghana, Mali, Sudan and Tanzania) who explore the economic, social and cultural contexts in which the mobile phone is being adopted, adapted and harnessed by mobile Africa.

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01 mai 2009

LE PRESIDENT BIYA A-T-IL OUBLIE SA JEUNESSE?

emeute4Lettre ouverte : A Monsieur le président de la République

Le président Biya a-t-il oublié sa jeunesse ? L’auteur exhorte le chef de l’Etat à tenir ses promesses à l’endroit de cette catégorie de citoyens.

Monsieur le président de la République,

J'ai l'insigne honneur de venir auprès de votre haute personnalité plaider en faveur de la jeunesse camerounaise. C'est au nom d'une jeunesse en détresse que je vous écris. Une jeunesse qui n'a pas le sentiment d'être comprise ou même entendue. Une jeunesse à qui il a été fait un certain nombre de promesses dont la réalisation reste encore attendue, pendant que cette même jeunesse devient vieillissante. Alors qu'on nous rassure au fil des ans au sujet des dispositions prises en notre faveur, les années passent, les chances de nous réaliser s'amenuisent et l'incrédulité nous gagne chaque jour un peu plus. C'est au nom d'une jeunesse livrée à elle-même que je vous écris, une jeunesse sacrifiée sur l'autel de l'égoïsme et de la gabegie de ses aînés et parents. Nous nous retrouvons alors réduits au statut de simples spectateurs passifs de la vie de notre pays, voyant ainsi notre potentiel galvaudé. Monsieur le président, de grâce, écoutez le cri de nos cœurs meurtris et inquiets.

Par cette démarche, nous voulons par nous-mêmes vous faire part de la réalité de notre condition, réalité qui n'a certainement aucun rapprochement avec celle qui vous est rapportée par vos collaborateurs. D'ailleurs, comment pourraient-ils vous en faire part quand eux-mêmes ne la connaissent pas parce que ne s'y intéressant pas ? Comment pourraient-ils s'y intéresser quand leurs propres enfants ne vivent rien de cette réalité ? Monsieur le Président, vous êtes le seul et dernier espoir pour cette jeunesse désorientée. Nous n'avons malheureusement pas d'autres interlocuteurs que nous-mêmes, et moyens d'expression que la presse. Vos collaborateurs sont bien trop loin pour nous. Ce sont des comètes. Leurs "excellences" n'ont ni le temps ni l'humilité nécessaires pour descendre de leur piédestal et s'intéresser à nous. Toujours enfermées dans leurs tours parce que trop occupées à "travailler", nous n'avons que de très rares occasions de les apercevoir de façon furtive dans leurs limousines, quand la transparence des vitres le permet. Ce sont pourtant les premiers à nous rappeler à volonté que la solution à tout problème se trouve dans le dialogue.

Monsieur le Président, vous nous avez demandé de retrousser les manches, ce que nous n'avons pas arrêter de faire. Seulement, même nos manches déjà raccourcies au maximum nous sont retirées.

Nous ne savons plus quoi faire, à moins de se résoudre à faire la manche, ce que vous ne souhaitez naturellement pas pour votre jeunesse, fer de lance de la nation. Depuis quelques semaines, des milliers d'entre nous se sont retrouvés brutalement désoeuvrés parce que déguerpis des trottoirs de la ville de Yaoundé. Permettez moi de rappeler que ces milliers de jeunes vendeurs à la sauvette sont pratiquement tous diplômés de nos universités et grandes écoles. Ils avaient donc d'autres rêves au départ, d'autres ambitions. Ils auraient aimé, eux aussi, être assis dans de beaux bureaux climatisés, comme certains privilégiés qui n'ont pas forcément fournis plus d'efforts qu'eux pour y arriver. La force des choses les a amenés à être vendeurs à la sauvette, qui de disques, qui de téléphones ou de vêtements. Ils n'ont pas voulu se livrer à la facilité qui inspire souvent les malfaiteurs en tous genres. C'est ainsi qu'ils ont pu, grâce à leur imagination et à leur persévérance, fonder et entretenir leurs familles par les fruits de leurs efforts louables.Ces attitudes ont pour tristes conséquences l'assimilation des hautes fonctions de notre pays à une manne dont il faut profiter au plus vite. Cela est d'autant plus regrettable que la majorité des honnêtes camerounais triment à longueur de journée pour essayer de survivre jusqu'au lendemain et voir ensuite comment renouveler cet exploit quotidien. Monsieur le Président, nous vous prions de mettre fin à ce type d'orgie d'un autre temps.Aujourd'hui, au Cameroun, il relève du miracle d'obtenir un emploi sur la seule base du mérite ou de la compétence. Non, cela n'existe plus. Il y a désormais d'autres pré requis, qui n'ont rien à voir avec le profil académique et professionnel du postulant. C'est la consonance du nom, selon que le Chef d'entreprise est originaire de telle ou telle région. C'est l'exigence d'une soumission à des chantages de toutes sortes. C'est l'intervention d'un haut fonctionnaire influent en faveur du postulant. C'est tout sauf des critères objectifs. Il en va de même pour l'attribution des marchés dans nos administrations et autres entreprises, publiques notamment. Dans un tel contexte, il semble effectivement difficile pour la majorité des jeunes de garder espoir. Aussi, les abus de toutes sortes sont fréquents, et le camerounais anonyme en est victime tous les jours. Que ce soit dans la rue, dans les lieux de services ou ailleurs, au nom d'un titre, d'une référence à une haute personnalité ou d'un uniforme, certains camerounais abusent d'autres, souvent dans des proportions inacceptables. Tout cela ne contribue pas à la sérénité de la jeunesse camerounaise qui, souvent dépitée ne pense qu'à s'expatrier. Il ne s'agit plus d'un choix, mais d'une contrainte.

Seulement, ces braves jeunes gens ne pourront plus subvenir aux besoins de leurs familles dont ils constituaient pour la plupart la seule source de revenus. Et pour cause, dans la brutalité la plus absurde, ils ont non seulement été chassés des abords des rues, mais aussi, et c'est le moins compréhensible, dépossédés de leurs marchandises, seul patrimoine pour beaucoup. Nous sommes pour des villes plus propres et plus belles, mais à quoi et à qui serviraient-elles si la majorité de ses habitants que représente la jeunesse ont faim ? Aujourd'hui, comme toujours, il nous est promis que "quelque chose" sera fait, car des études, disent-ils, sont en cours. Cela ressemble à un vieux refrain qui a toujours connu la même fin, c'est-à-dire jamais de suite. Aussi, nous sommes en droit de nous demander pourquoi des mesures n'ont pas été prises avant pour les recaser ailleurs. Nous pensions pourtant qu'il était du devoir de nos dirigeants d'assurer le bien-être des populations et de garantir l'avenir de la jeunesse. Nous vous prions d'ordonner des mesures afin qu'au plus vite ces jeunes retrouvent des lieux de ventes pour exercer leurs petits commerces, à défaut de leur trouver du travail à l'abri des intempéries. De la diligence à trouver des solutions efficaces et effectives dépendra la sérénité de ces jeunes et partant, la sécurité de nos villes, tant le désoeuvrement peut conduire à toutes sortes de dérives.

Mais là encore, très étrangement, vos collaborateurs ne semblent pas y avoir pensé. Le chômage, l'injustice, la corruption, le favoritisme, le clientélisme, le sectarisme et les abus de toutes sortes viennent sérieusement compromettre notre avenir, si tant est que nous en avons encore. Il nous est de nos jours impossible de planifier, de faire des projets, tant la nébuleuse du futur est épaisse. La jeunesse camerounaise n'a pas le sentiment que ses problèmes quotidiens font l'objet d'une attention quelconque de la part de ses dirigeants. Elle est à bout, en panne d'espérance, privée de perspectives. La jeunesse est en proie au doute, du fait des vicissitudes permanentes qui constituent son quotidien. Les jeunes ne mangeant pas à leur faim, ne pouvant pas se vêtir convenablement, sans ressources suffisantes pour se soigner et sans toit décent constituent l'écrasante majorité. Le niveau de précarité dans laquelle nous vivons est tel que plusieurs parmi nous ont perdu la vie faute d'avoir pu régler une facture d'hôpital de 10.000 Francs CFA. Ce n'est pas de la fiction. C'est cette réalité qui nous inquiète et nous déstabilise. Nous voulons que vous connaissiez la vérité, Monsieur le Président. Et c'est cela la pleine et entière vérité. C'est cela l'état actuel de la jeunesse camerounaise.

Dans un contexte aussi difficile, nous ne pouvons rester indifférents face à la paradoxale débauche financière de certains de nos compatriotes. La démonstration ostentatoire d'une minorité frise la provocation et le mépris.

A titre indicatif, nous ne saurions assimiler qu'après des nominations à de hautes fonctions, les bénéficiaires organisent des fêtes gigantesques dans leurs domiciles ou dans leurs villages en guise de remerciements. Ces fêtes qui s'étendent souvent sur plusieurs jours avec des invités qui se comptent par centaines indiquent des factures astronomiques. Nous nous interrogeons sur l'origine de ces pratiques, surtout quand nous avons la parfaite connaissance de votre sens poussé de la discrétion. Monsieur le Président, les conditions sociales particulièrement pénibles dans lesquelles vivent les camerounais et la jeunesse en premier, ne devraient pas inspirer des pratiques aussi indécentes et indigestes.

Monsieur le Président, ce n'est pas par pur plaisir ou par fantaisie, encore moins par manque de patriotisme que les jeunes qui tentent d'émigrer vers l'occident sont chaque jour un peu plus nombreux. Ce n'est pas une simple tendance ou un phénomène de mode. Ce sont les réalités de leur environnement qui les y obligent.

Monsieur le Président, un certain nombre de jeunes, soit directement, soit par leurs parents, sont concernés par le paiement des droits sociaux des ex employés des sociétés d'Etat dont ils attendent l'effectivité depuis plusieurs années aujourd'hui. Certains ont tellement attendu qu'ils n'en profiteront malheureusement jamais, parce que n'étant plus de ce monde. Nous vous assurons, Monsieur le Président, que la majorité de ces ex employés, et leurs familles vivent aujourd'hui dans une extrême misère, à telle enseigne que le paiement de ces droits tant attendus et espérés constituera pour eux une véritable manne du ciel. Nous plaidons pour eux. Monsieur, le Président, nous vous prions de trouver des solutions concrètes pour les jeunes. Nous voulons une politique plus objective dans les recrutements. Nous voulons que la durée des directeurs généraux à la tête des entreprises soit réduite car leur éternisation à ces postes favorise des comportements subjectifs.

Nous voulons une poursuite de l'assainissement dans les entreprises et la fonction publique afin que soient libérés pour les jeunes les postes encore occupés de façon inappropriée ou par les retraités hostiles à la retraite. Nous voulons que soit réhabilité le FOGAPE (Fonds d'Aide et de Garantie des Crédits aux Petites et Moyennes Entreprises) ou que soit créée une nouvelle entreprise de financement des PME/PMI pour relancer l'auto emploi des jeunes, ce qui réduira le chômage et redynamisera notre économie. Nous souhaitons que soit créé un système de bourse spéciale pour les jeunes camerounais les plus démunis contraints parfois d'arrêter leurs études, faute de ressources nécessaires. Nous voulons que la situation des prisonniers soit prise en compte, que ce soit pour ceux en détention préventive au-delà du temps légal ou pour les effectifs qui ont largement dépassés les capacités d'accueil. Nous voulons retourner travailler dans les champs grâce à l'encouragement et l'accompagnement des jeunes dans des projets agricoles. Nous voulons que soient davantage exigé des comptes aux hauts fonctionnaires et directeurs généraux afin de limiter les abus de gestion. Nous voulons qu'il soit mis fin au cumul des postes de façon effective, de sorte qu'une personne occupe un seul poste afin qu'il y ait davantage de postes pour les jeunes. Monsieur le Président nous voulons qu'il soit mis fin à cette logique de mise qui veut tous les bénéfices pour une poignée et tous les sacrifices pour la majorité.

Monsieur le Président, nous plaidons pour une meilleure prise en compte de la jeunesse camerounaise qui constitue la grande majorité de la population. Nous vous prions d'interpeller vos collaborateurs pour plus de considération à notre égard. Nous souhaitons être davantage consultés pour ce qui nous concerne en particulier et sur ce qui concerne notre pays en général. Nous voulons être impliqués à tous les niveaux de la vie politique, économique, sociale et culturelle afin de remédier à la trop grande rupture entre la jeunesse actuelle et la jeunesse vieillissante. Nous suggérons l'organisation d'une première rencontre entre vos principaux collaborateurs et un groupe représentatif de la jeunesse camerounaise dans sa diversité. Cette rencontre permettra enfin et pour la première fois de parler de la jeunesse avec la jeunesse, de sa condition actuelle et des mesures à prendre pour l'améliorer. Cela permettra de nous sentir écoutés et considérés, ce qui est indispensable dans cette crise de confiance que nous vivons actuellement. Monsieur le Président, la jeunesse camerounaise est responsable et mature. Donnez-lui simplement les moyens de le démontrer.

Il y a urgence, car la jeunesse camerounaise n'a plus de repère et perd progressivement son sens des valeurs. Des élèves aux étudiants, en passant par les chercheurs d'emplois et même les travailleurs, le moral est sérieusement entamé, et l'horizon peu radieux. Certains, poussés dans leurs derniers retranchements, se sont livrés à toutes sortes de compromissions pour subsister. Cette situation a permis à d'autres, sans scrupules, de profiter de ces moments de faiblesses pour faire usage du chantage et satisfaire ainsi leurs basses besognes. L'urgence à trouver des solutions vient du fait qu'une jeunesse sacrifiée compromet sérieusement l'avenir de tout un pays. De grâce, intervenez, Monsieur le Président et rendez à cette jeunesse sa dignité.

Monsieur le Président, nous avons essayé, avec nos mots, de vous faire part de notre réalité quotidienne. Puissiez vous ajouter à votre parcours impressionnant d'homme d'Etat, le retentissement, que nous souhaitons historique, de votre intérêt porté à la jeunesse camerounaise à travers une réaction conséquente à la hauteur de ses attentes. Monsieur le Président, nous vous avons écrit par la voie de ce journal car nous avions la forte intuition que cette lettre ne vous serait jamais parvenue par quelque autre moyen. Nous fondons une grande partie de nos espoirs sur votre réaction, et attendons impatiemment. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mon plus grand respect.

Paul Ella*

Association Jeunesse et Développement

E-mail : paulella2007@yahoo.fr




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