ETUDES CAMEROUNAISES

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01 juillet 2009

LA LUTTE CONTRE LA DESERTIFICATION AU CAMEROUN

RAPPORT NATIONAL SUR L’ETAT

D’AVANCEMENT DU PROCESSUS DE L’ELABORATION

DU PLAN D’ACTION NATIONAL SUR LA MISE EN

OEUVRE DE LA CONVENTION SUR LA LUTTE CONTRE

LA DESERTIFICATION AU CAMEROUN

Le présent rapport a été réalisé dans le cadre de l’évaluation des progrès accomplis dans le processus de l’élaboration des Plans Nationaux , pour la mise en oeuvre de la Conventio n sur la lutte contre la désertification, par les pays parties à cet instrument en vue de la 3è Conférence des Parties (COP III), prévue à RECIFE, BRESIL, du 15 au 26 Novembre 1999. Il a été rédigé en s’inspirant du Guide proposé par la 1ère Conférence des Parties (COP I) avec l’assistance de l’expert/consultant du Secrétariat de ladite convention, en mission au Cameroun du 20 au 24 Mai 1999.

Ce document retrace que : - la partie du territoire camerounais située dans la zone soudanosahélienne, est confrontée à la sécheresse, avec des effets négatifs sur l’environnement, se traduisant par des déficits pluviométriques sévères, avec des conséquences non moins sévères, depuis l’époque coloniale ; - les pouvoirs publics ont fait de la lutte contre la désertification, un des chevaux de bataille en la prenant en compte progressivement comme priorité, dans les Plans quinquennaux de développement, dans le plan d’action forestier national, le plan national de

gestion de l’environnement, ainsi que dans les programmes et projets, suivant des approches méthodologiques variables en fonction des discours et visions écologiques à la mode. Dans ce contexte, après la ratification de la convention susvisée, le Cameroun a mis en place, le 20 Février 1995 une Cellule constituée d’experts, animée par un Coordonnateur National, qui a mené les actions suivantes : montage d’un dossier, objet de la négociation et signature du Mémorandum UNSO/Cameroun et Accord de Don PNUD/PNGE II, prévoyant des activités estimées et canevas d’activités, pour financement éventuel d’autres donateurs – confection du présent rapport –élaboration des premiers volets du Plan d’Action National de Lutte contre la Désertification à savoir : thème V. Initiation des stratégies novatrices de mobilisation des ressources au niveau local– thème 3 : préparation et appui du processus régional et national y compris le 1er Forum et Forums subséquents - publication de l’organigramme du MINEF de décembre 1998, comportant le Secrétariat Permanent à l’Environnement, comprenant une Division des Programmes chargée de la Lutte contre la Désertification suivie de la nomination des responsables. – Inscription au Budget d’Investissement Public, de la contrepartie de l’Etat liée aux divers dons, objet d’accord et aux conventions éventuelles – engagement à la préparation du décret, en application de la loi-cadre relatif à la gestion de l’Environnement dans le domaine de la lutte contre la désertification, dans le cadre du projet « Elaboration du Code de l’Environnement » et de l’Accord de Don PNUD/PNGE II.

La particularité de ce rapport, découle du fait qu’il montre comment la Cellule de Coordination de la mise en oeuvre s’est efforcée à intégrer et adapter les objectifs de la convention sur la lutte contre la désertification, dans le processus de l’élaboration du Plan d’action National de lutte contre la Désertification et a rencontré des difficultés dont des solutions et perspectives sont proposées. Aussi, par cette occasion, la Cellule nationale de Coordination a engagé les actions préliminaires de l’élaboration du PAN.

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21 juin 2009

Hommage à SEVERIN CECILE ABEGA & JEAN MARC ELA

Terroirs - revue africaine de sciences sociales et de philosophie

APPEL À CONTRIBUTIONS TERROIRS N°3/4 2009

Hommage à Sévérin Cécile Abéga et à Jean-Marc-Ela L’année 2008 a été marquée dans le champ intellectuel par le décès de deux personnalités importantes dans le dans les sciences humaines et sociales :Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela. Terroirs (Revue africaine de sciences sociales et de philosophie) leur rend hommage à travers le numéro 3-4/2009. Les auteurs sont invités à revisiter leurs oeuvres et leurs contributions en historiographie, en anthropologie et en sociologie sur les plans théoriques, épistémologiques et pratiques. Dans cette perspective quatre principaux axes sont retenus pour ce numéro double qui leur est consacré :

Axe 1 : villes et villages, pauvreté et exclusion

Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela se ressemblent par la diversité et la richesse de leurs productions scientifiques. Outre cela, leur proximité avec les plus faibles, les moins entendus, leur a permis de mettre en évidence la complexité de nos sociétés, les problèmes auxquels elles sont confrontées et les enjeux autour de l’amélioration des conditions de vie des populations. Leur contribution va au-delà de la production de savoirs
dans le cadre de recherches commanditées. Elle se trouve dans leur capacité respective à se réapproprier des problématiques et à les analyser en fonction de leur pertinence sur le plan local. Dans ce cadre une perspective à examiner est leur contribution sur le plan épistémologique dans les sciences humaines et sociales. L’appréhension des objets de recherche, leur construction, les concepts mobilisés par ces auteurs et leurs analyses sont autant de champs dans lesquels l’on se propose d’examiner leurs oeuvres et les principales contributions dans les sciences humaines et sociales.

Il s’agit dans ce premier axe d’aborder à travers leurs publications, leur contribution respective sur le plan méthodologique et épistémologique dans la recherche dans les sciences sociales et humaines.

Axe 2 : le développement comme idéologie et comme réalité

Axe 3 : Sexualité, pouvoirs, violences et religions

Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela abordent ces Thèmes privilégiés de l’anthropologie et de la sociologie à travers le terrain africain et Camerounais en particulier. Pour ce troisième axe, les auteurs sont invités à examinés les contributions théoriques et pratiques des travaux de Sévérin-Cécile Abéga et de Jean-Marc Ela.

Axe 4 : Didactique de l’enseignement de la sociologie, de l’anthropologie et de l’histoire en Afrique

Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela sont aussi des pédagogues préoccupés par l’enseignement de leur discipline dans les universités. Dans leur approche, ils militent pour une adéquation entre les enseignements dispensés et l’environnement social et culturel. À titre d’exemple, Introduction à l’anthropologie sociale et culturelle de Sévérin-Cécile Abéga et Guide pédagogique de formation à la recherche pour le développement en Afrique de Jean-Marc Ela sont des ouvrages qui s’inscrivent dans cette perspective. Les auteurs sont invités à faire une lecture de ces ouvrages partir de leurs expériences dans le domaine de l’enseignement universitaire.

Les textes soumis à Terroirs doivent être dactylographiés et adressés par courrier électronique à :

terroirs2004@yahoo.fr

Les notes sont situées en bas de page (procédure d’appel de note à partir du logiciel Word). Les articles proposés ne peuvent dépasser 5.000 mots. Ils sont impérativement accompagnés d’un résumé en français et en anglais de 400 mots au maximum ainsi que d’une série de mots-clefs, en français et en anglais. Les nom (s) et prénom (s) des auteurs des articles proposés sont accompagnés de leur titre et de leur adresse institutionnelle ainsi que d’une adresse électronique. Conventions bibliographiques et typographiques Police : 12 points, Times New Roman. Interligne : 1,5 Les conventions générales pour la bibliographie sont les suivantes : Livres : NOM Prénom (initiales), titre complet en italique, lieu d’édition, éditeur, année d’édition, nombre de pages. Articles : NOM Prénom (initiales), « titre complet entre guillemets », titre de la revue (en entier et non abrégé), catalogue, actes... (En italique), date, numéro, pagination. Contributions à des ouvrages collectifs : NOM Prénom (initial), « titre entre guillemets », dans NOM et Prénom (initiales) [dir.], titre de l’ouvrage, catalogue, actes, mélanges... (Initial), lieu d’édition, éditeur, année d’édition, pagination. Date limite de réception des contributions : 31 septembre 2009 -Réponse du comité d’évaluation aux auteurs : 31 octobre 2009

10 juin 2009

BIYITI BI ESSAM Le chien qui attrape son gibier par la queue

[…] Augustin Kontchou Kouomegni avait des gros yeux pour effrayer ses vis-à-vis ; Jean Pierre Biyiti Bi Essam a des belles lunettes et du bon français vif truffé des phrases assassines. Si l’actuel ministre de la Communication était une femme, son alter ego dans l’histoire serait Marie Antoinette de ce regretté roi de la révolution française. Vous menez une enquête sur le terrain et rapportez des nouvelles, comme mon collègue Denis Nkwebo en avait fait à Bakassi, et le publiez sans laisser quelque élément au «frigo», le justicier Biyiti bi Essam vous condamne. Un pouvoir mal élu décide de modifier une Constitution aussi mal adoptée et que les populations veulent débattre sur cette modification, «son excellence» Biyiti bi Essam sort son « arrêté » pour suspendre tout organe qui s’intéresse à ce débat suivi d’interdiction de toute manifestation contre la modification. Pour lui, la presse doit cesser d’être la sentinelle pour le peuple mais servir les ambitions étroites des politiciens.

Yves Michel Fotso se sent mal à l’aise du fait que les informations qui circulent à son sujet sont inexactes et sollicite des espaces dans les médias pour donner sa version des faits, le procureur Biyiti bi Essam sort pour crier haro sur le baudet: le fils du milliardaire de Bandjoun est en train d’obstruer la procédure judiciaire et les journalistes qui relaient ses propos sont passibles de procès. Mais quand ce même Biyiti bi Essam, sous enquête policière pour ce qu’on appelle en anglais «misappropriation» des fonds publics, est interviewé pour donner sa version des faits, les journalistes font bien leur travail.Donc, au Cameroun, en ce moment tout journaliste qui voudrait pratiquer en toute quiétude devra s’assurer qu’il ne fera rien que de la communication institutionnelle. Toujours interviewer le ministre de la Communication. Et ensuite, il devra s’assurer qu’il ne commettrait pas des fautes en français […] Jean Pierre Biyiti bi Essam ne blague pas avec ceux qui ne maîtrisent pas la langue maternelle du Cameroun: le français. Ce qui amuse un peu dans le papier du ministre de la Communication, c’est cette allégation qu’il ferait acheter les Dictionnaires lors des prochaines «dotations à la presse». Autant que je me souvienne, j’ai entendu Pius Njawe affirmer haut et fort que ce qu’on appelle «aide à la communication privée» n’était pas la façon la plus appropriée d’aider la presse camerounaise. Il avait donc dit qu’il n’allait pas s’associer à une sorte de détournement de deniers publics. Alors, cette intention d’offrir un dictionnaire était-elle une sorte de moquerie à l’encontre de l’indépendance du promoteur du Messager? Tir loupé donc.

De quoi le ministre de la communication a-t-il peur?

Formé en journalisme, il sait très bien que la presse ne peut pas renverser un gouvernement comme celui du Cameroun mais peut, à la longue, à travers les articles fouillés comme elle en fait depuis un certain temps, le délégitimer. Célestin Ngoa Balla doit être en train de manger des bons «Hot Dogs» là où il est au pays de Barack Obama, sinon il serait dans une chambre de détention s’il était au Cameroun en ce moment. Et quand Jean Pierre Biyiti Bi Essam s’offusque de l’utilisation de certains termes par Ngoa Balla il se baserait sur les normes déontologiques qui ne collent pas à ce cas précis. Pour sa gouverne, il doit se rappeler que Chantal Biya est la première dame du Cameroun. Donc son image rejaillit sur tout le pays. Paris Hilton est une star de la vie mondaine, celle même qui a un site où elle pose nue. Que la première dame Camerounaise fasse une «bicycle salute» à Paris Hilton comme celui que Monseigneur Desmond Tutu avait fait au président Biya (chose vue à la télé), il n’y a pas de problème. Ensuite, inviter Paris Hilton au Cameroun? Pourquoi faire? Montrer à nos filles de visu comment on pose nu pour devenir une star? Qui va payer cette note là Jean Pierre Biyiti bi Essam? Que cette pute est célèbre, certes. Mais Osama Bin Ladin est célèbre […] Si Biyiti Bi Essam n’avait pas perçu le sens de la célébrité de Paris Hilton que les républicains voulaient coller à Obama, donc notre ministre-spécialiste du français est ce personnage du livre Le Vieux Nègre et la Médaille de Ferdinand Léopold Oyono. Si Biyiti Bi Essam est fier de cette photo, il est certain qu’il traîne les casseroles de l’argent de la couverture de l’arrivée du Pape au Cameroun. Et c’est Alain Blaise Batongue qui après l’avoir rencontré posa cette question sibylline: «l’homme traqué?» Les Journalistes devront donc continuer à enquêter et étaler sur comment cette somme de sept cent soixante dix millions a été dépensée par le Mincom. C’est l’argent de tous les Camerounais, même si on nous parle «d’une dotation de la présidence de la République». Comme si le président de République était un homme d’affaires qui a des sociétés propres et peut prendre de l’argent là-bas pour en faire des dotations. Et quand Jean Pierre Biyiti Bi Essam accuse «ceux qui ont choisi l’ignoble commerce de vendre à l’encan leur pays contre… un passeport, une carte de séjour», je me demande si le Mincom n’est pas ce chien qui attrape son gibier par la queue?

Pour la petite histoire, j’étais au Danemark en septembre 2007 et avais rencontré une journaliste du quotidien Politiken. Quand celle-ci a su que j’étais un journaliste camerounais, elle m’a approché. Sa toute première question était celle de savoir «comment fonctionne le pays de Roger Milla (ah oui notre trésor, Milla) avec deux Constitutions». Quand je lui avais dit que le Cameroun n’avait qu’une seule Constitution elle me dit sèchement que nous avons une de 1972 et l’autre de 1996. S’en est alors suivi une invitation à leur conférence de rédaction le lendemain. Elle sort donc son portable pour informer sa hiérarchie qu’il y a un journaliste du Cameroun qu’elle invitait pour la conférence de rédaction du lendemain. Je l’avais arrêté net en lui faisant savoir que je ne connaissais rien en droit et ne pouvais aborder des questions sur la Constitution. Elle me fait comprendre qu’on abordera d’autres sujets mais je tiens ferme. Au fait entre Jean Pierre Biyiti bi Essam à qui le ministre des Finances informe qu’il lui envoie plus de 700 millions de Fcfa – facile à détourner – (Essimi Menye ne pouvait pas envoyer cet argent sans l’en informer au téléphone) et il n’objecte pas pour préférer la monnaie fiduciaire et Joe La Conscience qui chercherait un visa pour fuir parce qu’il ne peut pas manifester son mécontentement au Cameroun, qui vend le pays à l’encan? Quand le ministre de la Communication affirme qu’il a reçu des centaines de millions en espèces et a appelé Crtv, Camtel et Sopecam pour venir décharger leur part, quelle est l’image qu’il veut donner au Cameroun de Roger Albert Milla? Et quand un ministre agrégé des universités comme Maurice Kamto se fait battre par le candidat d’un Etat « néant » comme la Somalie, ou un autre agrégé, Joseph Owona fait suspendre le Cameroun par la Fifa (sous prétexte d’administrer un cours de droit comme l’avait écrit Jacque Blaise Mvié dans la Nouvelle Expression) en refusant de respecter les textes ratifiés par le Cameroun, qui vend le pays à l’encan? On peut encore se demander que quand Jacques Fame Ndongo (il était directeur de l’Esstic) déclare qu’on pouvait chasser tous les anglophones de la Crtv et il en formerait 100 et que le même Fame Ndongo (ministre) fasse admettre ceux qui n’ont pas concouru à la faculté de médicine de Buéa, dis-moi Jean Pierre Biyiti bi Essam , où va le pays de Roger Albert Milla? Quand pour une réunion du Commonwealth au Nigeria, le ministre camerounais arrive en retard sans que son vis-à-vis Nigérian en soit informé ou que les dirigeants du Cameroun fassent promener leurs enfants dans le monde en période de classe, c’est quelle image qui est écornée?

Le ministre de la Communication avait posé de surcroît une question professionnelle à Pius Njawe. La question semble ne pas avoir du sens quand on sait que la vraie presse est anti-establishment. Comme l’avait établi Lord Northcliffe, le fondateur de la Fleet Street Londonien (siège de la plupart des journaux britanniques) «le peuple croit qu’il est mal gouverné et il faut un bon journaliste pour lui fournir des informations lui permettant de jouir pleinement de sa citoyenneté le moment venu». C’est ce que Njawe fait avec son journal même si des fois certains des ses journalistes enfreignent cette règle. C’est ce qui arrive presque partout. On a vu Janvier Mvoto Obounou attribuer, dans Cameroon Tribune, ceci à un soi-disant habitant de Bamenda quand Paul y était en 1990: «Paul Biya na some man». En Français vous dites «Paul Biya, c’est vraiment quelqu’un». Je suis originaire de la zone et ne reconnais ce genre de langage étranger chez nous. Si quelqu’un de Bamenda (en dehors de Mvoto Obounou lui-même ou un agent du Cener) aurait tenu des propos pareils, il aurait dit «Paul Biya na man ou Paul Biya na popo man». Il ne me souvient pas avoir entendu Jan Pierre Biyiti bi Essam dire à Janvier Mvoto Obounou qui est un de ses directeurs d’aller au recyclage journalistique se pouvoir en pidgin de Bamenda afin de rendre ses reportages fidèles. Non, le langage du ministre de la Communication est devenu vague au point d’être dénué de sens, et dénué de sens au point de devenir menaçant. C’est cela qu’il faut craindre. Cela relevé, je poserai cette question patriotique à M. le ministre de la Communication du Cameroun Jean Pierre Biyiti bi Essam. Pourquoi le régime au pouvoir a-t-il choisi de sacrifier le développement du pays à travers l’absence d’un programme clair, pour l’enrichissement individuel et l’achat de consciences? Regardez le nombre d’immeubles construites par les dignitaires du régime et ses fonctionnaires. Mon père avait un chien appelé Mark. Un jour on est parti à la chasse et on a croisé un hérisson que Mark a poursuivi. L’animal a voulu grimper sur un arbre puisque Mark était proche de l’attraper. Au lieu d’attendre que je vienne le tuer avec ma fronde, voilà Mark qui saute et attrape le hérisson par la queue et le gibier lui administra une morsure sur le nez, forçant Mark à le lâcher. Et le hérisson disparut dans la forêt, me laissant avec Mark qui avait une grosse blessure sur le nez. Si M. Biyiti Bi Essam avait suivi Njawé sur une télé locale parlant du rédacteur en Chef du Sowetan et Nelson Mandela, il aurait appris comment gérer les informations négatives contre son gouvernement. Comment le faire quand on est sous pilotage automatique et que le seul programme politique est de manger? God Bless Cameroon !

Par Aaron AGIEN NYANGKWE* Le 05-06-2009(Nyangkweagien@gmail.com )Journaliste-Cartographe de l’Incidence

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17 mai 2009

BORN TO RULE

Born to Rule

is the autobiography of an African-president monarch who does not want to pass away without leaving anything in writing to future generations. The book is more than just the autobiography of a president in that it has responded to all the key issues that most people have been asking about the development and underdevelopment of Africa. It is a seminal contribution to the world's collective knowledge of African and world history. At times it is compellingly incisive, satiric, and tongue-in-cheek and, in some places, trenchantly hard-hitting and humorous in its brutal portrayal of the way Mandzah and, by extension, the African continent, is managed and mismanaged.

About the Author 

Tah Asongwed was born in Baforchu (Mbu), Bamenda, Cameroon. After completing secondary school in Sacred Heart College, Bamenda, he attended the Cameroon College of Arts, Science and Technology in Bambili. He subsequently attended the Universities of Ottawa, Toronto, Massachusetts and Paris 111. Tah Asongwed worked briefly for Radio Cameroon. He was a lecturer in Laurentian University, Canada, a translator-interpreter with the West Africa Rice Development Association, and a principal interpreter with the African Development Bank where he was elected the chairman of the Staff Council. Tah Asongwed has published scholarly articles in linguistics journals. He is also a musical artist, composer, arranger and producer.

ISBN 9789956558421 | 208 pages | 203 x 127 mm | 2009 |

Cameroon's Social Democratic Front

Cameroon's Social Democratic Front

Its History and Prospects as an Opposition Political Party (1990-2011)

Milton Krieger

Cameroon's Social Democratic Front (SDF) was among the watershed challenges in 1990 by sub-Saharan Africa's democratization forces against autocratic regimes, but it crested in 1992 and has subsided since. Yet the party survives, participates in the National Assembly, maintains a grassroots structure, and prepares for a presidential ballot in 2011 that will probably determine its fate. The author conducted research four times in Cameroon, 1989-1999, focusing on the SDF since 1991, and maintains party contacts to the present. The book assesses its history and its prospects, covering the SDF in Africa-wide as well as Cameroonian terms.

ISBN 9789956558162 | 120 pages | 216 x 140 mm | 2008 |

Langaa RPCIG

, Cameroon

11 mai 2009

LE TELEPHONE PORTABLE EN AFRIQUE

Mobile phones : the new talking drums of everyday Africa

kaft_mobilephones

Other publications by staff

M.E. de Bruijn, F. Nyamnjoh and I. Brinkman (eds.)
Bamenda: Cameroon: Langaa Publishers, 2009.

ISBN 978-9956558537

'We cannot imagine life now without a mobile phone' is a frequent comment when Africans are asked about mobile phones. They have become part and parcel of the communication landscape in many urban and rural areas of Africa and the growth of mobile telephony is amazing: from 1 in 50 people being users in 2000 to 1 in 3 in 2008. Such growth is impressive but it does not even begin to tell us about the many ways in which mobile phones are being appropriated by Africans and how they are transforming or are being transformed by society in Africa. This volume ventures into such appropriation and mutual shaping. Rich in theoretical innovation and empirical substantiation, it brings together reflections on developments around the mobile phone by scholars of six African countries (Burkina Faso, Cameroon, Ghana, Mali, Sudan and Tanzania) who explore the economic, social and cultural contexts in which the mobile phone is being adopted, adapted and harnessed by mobile Africa.

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01 mai 2009

LE PRESIDENT BIYA A-T-IL OUBLIE SA JEUNESSE?

emeute4Lettre ouverte : A Monsieur le président de la République

Le président Biya a-t-il oublié sa jeunesse ? L’auteur exhorte le chef de l’Etat à tenir ses promesses à l’endroit de cette catégorie de citoyens.

Monsieur le président de la République,

J'ai l'insigne honneur de venir auprès de votre haute personnalité plaider en faveur de la jeunesse camerounaise. C'est au nom d'une jeunesse en détresse que je vous écris. Une jeunesse qui n'a pas le sentiment d'être comprise ou même entendue. Une jeunesse à qui il a été fait un certain nombre de promesses dont la réalisation reste encore attendue, pendant que cette même jeunesse devient vieillissante. Alors qu'on nous rassure au fil des ans au sujet des dispositions prises en notre faveur, les années passent, les chances de nous réaliser s'amenuisent et l'incrédulité nous gagne chaque jour un peu plus. C'est au nom d'une jeunesse livrée à elle-même que je vous écris, une jeunesse sacrifiée sur l'autel de l'égoïsme et de la gabegie de ses aînés et parents. Nous nous retrouvons alors réduits au statut de simples spectateurs passifs de la vie de notre pays, voyant ainsi notre potentiel galvaudé. Monsieur le président, de grâce, écoutez le cri de nos cœurs meurtris et inquiets.

Par cette démarche, nous voulons par nous-mêmes vous faire part de la réalité de notre condition, réalité qui n'a certainement aucun rapprochement avec celle qui vous est rapportée par vos collaborateurs. D'ailleurs, comment pourraient-ils vous en faire part quand eux-mêmes ne la connaissent pas parce que ne s'y intéressant pas ? Comment pourraient-ils s'y intéresser quand leurs propres enfants ne vivent rien de cette réalité ? Monsieur le Président, vous êtes le seul et dernier espoir pour cette jeunesse désorientée. Nous n'avons malheureusement pas d'autres interlocuteurs que nous-mêmes, et moyens d'expression que la presse. Vos collaborateurs sont bien trop loin pour nous. Ce sont des comètes. Leurs "excellences" n'ont ni le temps ni l'humilité nécessaires pour descendre de leur piédestal et s'intéresser à nous. Toujours enfermées dans leurs tours parce que trop occupées à "travailler", nous n'avons que de très rares occasions de les apercevoir de façon furtive dans leurs limousines, quand la transparence des vitres le permet. Ce sont pourtant les premiers à nous rappeler à volonté que la solution à tout problème se trouve dans le dialogue.

Monsieur le Président, vous nous avez demandé de retrousser les manches, ce que nous n'avons pas arrêter de faire. Seulement, même nos manches déjà raccourcies au maximum nous sont retirées.

Nous ne savons plus quoi faire, à moins de se résoudre à faire la manche, ce que vous ne souhaitez naturellement pas pour votre jeunesse, fer de lance de la nation. Depuis quelques semaines, des milliers d'entre nous se sont retrouvés brutalement désoeuvrés parce que déguerpis des trottoirs de la ville de Yaoundé. Permettez moi de rappeler que ces milliers de jeunes vendeurs à la sauvette sont pratiquement tous diplômés de nos universités et grandes écoles. Ils avaient donc d'autres rêves au départ, d'autres ambitions. Ils auraient aimé, eux aussi, être assis dans de beaux bureaux climatisés, comme certains privilégiés qui n'ont pas forcément fournis plus d'efforts qu'eux pour y arriver. La force des choses les a amenés à être vendeurs à la sauvette, qui de disques, qui de téléphones ou de vêtements. Ils n'ont pas voulu se livrer à la facilité qui inspire souvent les malfaiteurs en tous genres. C'est ainsi qu'ils ont pu, grâce à leur imagination et à leur persévérance, fonder et entretenir leurs familles par les fruits de leurs efforts louables.Ces attitudes ont pour tristes conséquences l'assimilation des hautes fonctions de notre pays à une manne dont il faut profiter au plus vite. Cela est d'autant plus regrettable que la majorité des honnêtes camerounais triment à longueur de journée pour essayer de survivre jusqu'au lendemain et voir ensuite comment renouveler cet exploit quotidien. Monsieur le Président, nous vous prions de mettre fin à ce type d'orgie d'un autre temps.Aujourd'hui, au Cameroun, il relève du miracle d'obtenir un emploi sur la seule base du mérite ou de la compétence. Non, cela n'existe plus. Il y a désormais d'autres pré requis, qui n'ont rien à voir avec le profil académique et professionnel du postulant. C'est la consonance du nom, selon que le Chef d'entreprise est originaire de telle ou telle région. C'est l'exigence d'une soumission à des chantages de toutes sortes. C'est l'intervention d'un haut fonctionnaire influent en faveur du postulant. C'est tout sauf des critères objectifs. Il en va de même pour l'attribution des marchés dans nos administrations et autres entreprises, publiques notamment. Dans un tel contexte, il semble effectivement difficile pour la majorité des jeunes de garder espoir. Aussi, les abus de toutes sortes sont fréquents, et le camerounais anonyme en est victime tous les jours. Que ce soit dans la rue, dans les lieux de services ou ailleurs, au nom d'un titre, d'une référence à une haute personnalité ou d'un uniforme, certains camerounais abusent d'autres, souvent dans des proportions inacceptables. Tout cela ne contribue pas à la sérénité de la jeunesse camerounaise qui, souvent dépitée ne pense qu'à s'expatrier. Il ne s'agit plus d'un choix, mais d'une contrainte.

Seulement, ces braves jeunes gens ne pourront plus subvenir aux besoins de leurs familles dont ils constituaient pour la plupart la seule source de revenus. Et pour cause, dans la brutalité la plus absurde, ils ont non seulement été chassés des abords des rues, mais aussi, et c'est le moins compréhensible, dépossédés de leurs marchandises, seul patrimoine pour beaucoup. Nous sommes pour des villes plus propres et plus belles, mais à quoi et à qui serviraient-elles si la majorité de ses habitants que représente la jeunesse ont faim ? Aujourd'hui, comme toujours, il nous est promis que "quelque chose" sera fait, car des études, disent-ils, sont en cours. Cela ressemble à un vieux refrain qui a toujours connu la même fin, c'est-à-dire jamais de suite. Aussi, nous sommes en droit de nous demander pourquoi des mesures n'ont pas été prises avant pour les recaser ailleurs. Nous pensions pourtant qu'il était du devoir de nos dirigeants d'assurer le bien-être des populations et de garantir l'avenir de la jeunesse. Nous vous prions d'ordonner des mesures afin qu'au plus vite ces jeunes retrouvent des lieux de ventes pour exercer leurs petits commerces, à défaut de leur trouver du travail à l'abri des intempéries. De la diligence à trouver des solutions efficaces et effectives dépendra la sérénité de ces jeunes et partant, la sécurité de nos villes, tant le désoeuvrement peut conduire à toutes sortes de dérives.

Mais là encore, très étrangement, vos collaborateurs ne semblent pas y avoir pensé. Le chômage, l'injustice, la corruption, le favoritisme, le clientélisme, le sectarisme et les abus de toutes sortes viennent sérieusement compromettre notre avenir, si tant est que nous en avons encore. Il nous est de nos jours impossible de planifier, de faire des projets, tant la nébuleuse du futur est épaisse. La jeunesse camerounaise n'a pas le sentiment que ses problèmes quotidiens font l'objet d'une attention quelconque de la part de ses dirigeants. Elle est à bout, en panne d'espérance, privée de perspectives. La jeunesse est en proie au doute, du fait des vicissitudes permanentes qui constituent son quotidien. Les jeunes ne mangeant pas à leur faim, ne pouvant pas se vêtir convenablement, sans ressources suffisantes pour se soigner et sans toit décent constituent l'écrasante majorité. Le niveau de précarité dans laquelle nous vivons est tel que plusieurs parmi nous ont perdu la vie faute d'avoir pu régler une facture d'hôpital de 10.000 Francs CFA. Ce n'est pas de la fiction. C'est cette réalité qui nous inquiète et nous déstabilise. Nous voulons que vous connaissiez la vérité, Monsieur le Président. Et c'est cela la pleine et entière vérité. C'est cela l'état actuel de la jeunesse camerounaise.

Dans un contexte aussi difficile, nous ne pouvons rester indifférents face à la paradoxale débauche financière de certains de nos compatriotes. La démonstration ostentatoire d'une minorité frise la provocation et le mépris.

A titre indicatif, nous ne saurions assimiler qu'après des nominations à de hautes fonctions, les bénéficiaires organisent des fêtes gigantesques dans leurs domiciles ou dans leurs villages en guise de remerciements. Ces fêtes qui s'étendent souvent sur plusieurs jours avec des invités qui se comptent par centaines indiquent des factures astronomiques. Nous nous interrogeons sur l'origine de ces pratiques, surtout quand nous avons la parfaite connaissance de votre sens poussé de la discrétion. Monsieur le Président, les conditions sociales particulièrement pénibles dans lesquelles vivent les camerounais et la jeunesse en premier, ne devraient pas inspirer des pratiques aussi indécentes et indigestes.

Monsieur le Président, ce n'est pas par pur plaisir ou par fantaisie, encore moins par manque de patriotisme que les jeunes qui tentent d'émigrer vers l'occident sont chaque jour un peu plus nombreux. Ce n'est pas une simple tendance ou un phénomène de mode. Ce sont les réalités de leur environnement qui les y obligent.

Monsieur le Président, un certain nombre de jeunes, soit directement, soit par leurs parents, sont concernés par le paiement des droits sociaux des ex employés des sociétés d'Etat dont ils attendent l'effectivité depuis plusieurs années aujourd'hui. Certains ont tellement attendu qu'ils n'en profiteront malheureusement jamais, parce que n'étant plus de ce monde. Nous vous assurons, Monsieur le Président, que la majorité de ces ex employés, et leurs familles vivent aujourd'hui dans une extrême misère, à telle enseigne que le paiement de ces droits tant attendus et espérés constituera pour eux une véritable manne du ciel. Nous plaidons pour eux. Monsieur, le Président, nous vous prions de trouver des solutions concrètes pour les jeunes. Nous voulons une politique plus objective dans les recrutements. Nous voulons que la durée des directeurs généraux à la tête des entreprises soit réduite car leur éternisation à ces postes favorise des comportements subjectifs.

Nous voulons une poursuite de l'assainissement dans les entreprises et la fonction publique afin que soient libérés pour les jeunes les postes encore occupés de façon inappropriée ou par les retraités hostiles à la retraite. Nous voulons que soit réhabilité le FOGAPE (Fonds d'Aide et de Garantie des Crédits aux Petites et Moyennes Entreprises) ou que soit créée une nouvelle entreprise de financement des PME/PMI pour relancer l'auto emploi des jeunes, ce qui réduira le chômage et redynamisera notre économie. Nous souhaitons que soit créé un système de bourse spéciale pour les jeunes camerounais les plus démunis contraints parfois d'arrêter leurs études, faute de ressources nécessaires. Nous voulons que la situation des prisonniers soit prise en compte, que ce soit pour ceux en détention préventive au-delà du temps légal ou pour les effectifs qui ont largement dépassés les capacités d'accueil. Nous voulons retourner travailler dans les champs grâce à l'encouragement et l'accompagnement des jeunes dans des projets agricoles. Nous voulons que soient davantage exigé des comptes aux hauts fonctionnaires et directeurs généraux afin de limiter les abus de gestion. Nous voulons qu'il soit mis fin au cumul des postes de façon effective, de sorte qu'une personne occupe un seul poste afin qu'il y ait davantage de postes pour les jeunes. Monsieur le Président nous voulons qu'il soit mis fin à cette logique de mise qui veut tous les bénéfices pour une poignée et tous les sacrifices pour la majorité.

Monsieur le Président, nous plaidons pour une meilleure prise en compte de la jeunesse camerounaise qui constitue la grande majorité de la population. Nous vous prions d'interpeller vos collaborateurs pour plus de considération à notre égard. Nous souhaitons être davantage consultés pour ce qui nous concerne en particulier et sur ce qui concerne notre pays en général. Nous voulons être impliqués à tous les niveaux de la vie politique, économique, sociale et culturelle afin de remédier à la trop grande rupture entre la jeunesse actuelle et la jeunesse vieillissante. Nous suggérons l'organisation d'une première rencontre entre vos principaux collaborateurs et un groupe représentatif de la jeunesse camerounaise dans sa diversité. Cette rencontre permettra enfin et pour la première fois de parler de la jeunesse avec la jeunesse, de sa condition actuelle et des mesures à prendre pour l'améliorer. Cela permettra de nous sentir écoutés et considérés, ce qui est indispensable dans cette crise de confiance que nous vivons actuellement. Monsieur le Président, la jeunesse camerounaise est responsable et mature. Donnez-lui simplement les moyens de le démontrer.

Il y a urgence, car la jeunesse camerounaise n'a plus de repère et perd progressivement son sens des valeurs. Des élèves aux étudiants, en passant par les chercheurs d'emplois et même les travailleurs, le moral est sérieusement entamé, et l'horizon peu radieux. Certains, poussés dans leurs derniers retranchements, se sont livrés à toutes sortes de compromissions pour subsister. Cette situation a permis à d'autres, sans scrupules, de profiter de ces moments de faiblesses pour faire usage du chantage et satisfaire ainsi leurs basses besognes. L'urgence à trouver des solutions vient du fait qu'une jeunesse sacrifiée compromet sérieusement l'avenir de tout un pays. De grâce, intervenez, Monsieur le Président et rendez à cette jeunesse sa dignité.

Monsieur le Président, nous avons essayé, avec nos mots, de vous faire part de notre réalité quotidienne. Puissiez vous ajouter à votre parcours impressionnant d'homme d'Etat, le retentissement, que nous souhaitons historique, de votre intérêt porté à la jeunesse camerounaise à travers une réaction conséquente à la hauteur de ses attentes. Monsieur le Président, nous vous avons écrit par la voie de ce journal car nous avions la forte intuition que cette lettre ne vous serait jamais parvenue par quelque autre moyen. Nous fondons une grande partie de nos espoirs sur votre réaction, et attendons impatiemment. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mon plus grand respect.

Paul Ella*

Association Jeunesse et Développement

E-mail : paulella2007@yahoo.fr

25 avril 2009

Patrice Nganang: les temoins de littérature de l'exil

L’écrivain camerounais vivant aux Etats-Unis s’exprime sur la place de la littérature dans la construction de la mémoire collective.Patrice_Nganang

Quel regard portez-vous sur la gestion officielle de la mémoire des écrivains camerounais disparus?

Il faut d’abord préciser que notre littérature est très jeune, surtout celle écrite en français et en anglais.

Elle est l’une des plus jeunes d’Afrique et même de la terre, elle qui n’a qu’à peine soixante-dix ans. Or soixante-dix ans, c’est l’âge d’un être humain, ce n’est pas l’âge de la mémoire. Notre Etat, lui, est encore plus jeune, plus jeune que notre littérature d’ailleurs. Ce que je veux dire c’est que nous sommes en train de bâtir en même temps notre Etat et notre mémoire collective. S’il y a problème, ce n’est pas tellement l’irrespect de l’Etat devant nos auteurs disparus à qui l’on aurait souhaité que l’Etat bâtisse un panthéon certes. Le problème le plus sérieux est ailleurs, car selon moi la place de l’écrivain est citoyenne, et pas dans les poches de l’Etat. Qui sait d’ailleurs si tous les écrivains accepteraient les honneurs et la sanctification officiels? N’oublions par exemple pas que la famille de Mongo Beti avait refusé de recevoir une médaille de Biya ! Le problème le plus sérieux est que le patrimoine littéraire camerounais a été dilapidé par les auteurs eux-mêmes, faute de mieux. Bref, notre littérature ne nous appartient pas. Les droits des œuvres de Mongo Béti, Francis Bebey, Ferdinand Oyono, Mbella Sonne Dipoko, Leonora Miano, Eugène Ebode et de tous ceux qui ont publié leurs textes en France, en Angleterre ou ailleurs en Occident, appartiennent aux éditeurs occidentaux, voilà le problème. Que peut faire l’Etat camerounais ici quand il est manchot devant des droits qui appartiennent à la France ? Peut-on parler de gestion de la mémoire quand le patrimoine déjà ne nous appartient pas? C’est comme si l’on voulait donner en héritage à ses enfants une maison dans laquelle on a vécu soi-même en locataire. Cela comme on le sait, est impossible.

En ce début de siècle, nous avons assisté à l’effondrement de nos colonnes littéraires. Les enfants qui naissent et grandissent au Cameroun les connaissent à peine. N’est-ce pas tragique?

N’exagérons tout de même pas! La littérature n’est pas le football. Elle agit sur les consciences dans la longue durée, quand le football est éphémère. Comparons Mbappe Lepe qui tapait dans le ballon durant les années soixante, et Mongo Beti qui écrivait depuis les années cinquante ; mesurons la dimension de l’adulation de Mbappe Lepe à l’époque avec sa presque totale disparition de la mémoire collective aujourd’hui. Nous pouvons donc d’emblée dire ce qui arrivera aux Samuel Eto’o et Roger Milla qui sont nos stars aujourd’hui, paraît-il. La mémoire d’un peuple, selon moi, c’est aussi la longue durée, et pas seulement la présence obsédée à la télévision. Le travail de la mémoire est une bataille ardue qui n’est pas rectiligne, mais souterraine. Elle est de longue durée car elle inclue le patrimoine, et le patrimoine littéraire est intellectuel, donc virtuel. La mémoire est souterraine car elle est comme le sang. Le sang se transmet des parents aux enfants, mais ne se voit pas. N’oublions pas qu’en soixante-dix ans de littérature, nous en sommes encore à deux générations d’écrivains camerounais. Il est impossible de mesurer ce dont nos enfants et petits-enfants choisiront de se souvenir.

Pourquoi les écrivains de la diaspora n’ont-ils pas été entendus de façon décisive jusqu’ici dans un combat organisé pour l’entretien de la mémoire des écrivains disparus ?

Au contraire, sans les écrivains qui vivent à l’extérieur du Cameroun, notre littérature n’existerait pas. Soyons sérieux! Elle n’aurait pas seulement été étranglée par la colonisation, qui, ne l’oublions pas, avait interdit l’écriture de Njoya ; elle aurait été asphyxiée par Ahidjo qui après tout à poussé beaucoup de notre intelligence à l’exil quand il ne l’a pas tuée, sans parler de Paul Biya. Le passage du témoin de notre littérature, le travail de mémoire des œuvres, qui se fait d’abord d’auteur en auteur, d’écrivain en écrivain, d’œuvre en œuvre a bien eu lieu en grande partie grâce à l’exil des auteurs qui nous a permis de sauver les meubles. La preuve, aujourd’hui, l’on parle de Leonora Miano quand, hier, on parlait de Calixthe Beyala ou de Thérèse Kouoh Moukouri avant elles. Voilà le travail de mémoire, de mémorisation littéraire, si vous voulez, le plus important travail, qui est le passage du témoin. Cela est fait. Les auteurs jeunes lisent leurs aînés, les émulent ou les critiquent et les dépassent. La littérature se souvient d’elle-même, et ainsi elle survit. Le reste, les bâtiments, les statues, les médailles, les noms sur les bâtiments et autres sont des épiphénomènes sans ce travail interne de la littérature qui se souvient.

Selon vous, que faut-il faire pour sauver le patrimoine et le legs de ces grandes figures de notre histoire?

Voilà la question que je me pose tous les jours, et celle-là, je crois, peut facilement être répondue par les éditions Clé, par exemple, qui, actuellement, sont la plus vieille structure de l’édition dans le monde francophone africain, une structure panafricaine de surcroît et très respectée. C’est une question de droit : qui a droit à notre littérature ? A quoi bon encourager des travaux de recherche sur des auteurs quand ces travaux ne peuvent qu’être bidons, étant donné l’absence des œuvres elles-mêmes chez nous? Peut-on cuisiner dans une marmite sans fond ? Nous avons toujours l’habitude de mettre la charrue avant les bœufs. Ce qu’il faut d’abord faire, selon moi, c’est encourager les auteurs à faire leur intelligence retourner à la maison. Ce travail de retour du patrimoire, bref, des droits des œuvres publiées, ou alors cette demande de partage des droits avec l’Occident est faite ailleurs en Afrique. Les premiers manuscrits de Mongo Beti, Ferdinand Oyono, qui sont éparpillés partout à Paris, devraient être collectés, ramenés chez nous, et mis à la disposition des chercheurs qui ne les ont parfois jamais vus, bien qu’ils écrivent des mémoires sur Beti et Oyono. Tenez, par exemple, il y a quelques années, l’université de Bayreuth voulait acheter tous les manuscrits que j’ai écrits en Allemagne, au total cinq livres. Cette pratique est courante d’ailleurs en Occident qui, en terme de gestion du patrimoine et donc de la mémoire a la visée très longue. Or, avec Internet, il est si facile de publier des livres au Cameroun quand on est à l’étranger, et donc, de maintenir chez nous les droits de gestion de notre patrimoine et de notre mémoire. Ce qui est déjà possible aujourd’hui le sera encore plus demain. Notre littérature étant très jeune, c’est le temps d’encourager le retour de notre intelligence à la maison. C’est un effort minimal pour lequel l’auteur n’a même plus besoin d’habiter physiquement au Cameroun, la mémoire étant virtuelle. On aura ainsi sauvé le patrimoine de nos auteurs de demain. Et donc, notre mémoire. N’oublions pas que notre littérature a plus d’avenir que de passé.

Maurice Simo Djom

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21 avril 2009

UN GREAT AWARD POUR UN CAMEROUNAIS

JACOB_FOKOMonsieur Jacob Foko, Camerounais d'origine, étudiant à l’institut de Brooks à Santa Barbara, CA; Etats-Unis d’Amérique a reçu le 11 mars dernier à Washington, DC son trophée de Great Award. La cérémonie de remise de prix a eu lieu au Capitol Hills devant un parterre d'invités parmi les lesquels le Dr Christopher Fomunyoh, Marcel Sime, Eugene Moussinga et Celestin Bedzigui. Crée depuis des années, le Great Awards Usa est une récompense académique aux États-Unis d'Amérique. Il est un évènement annuel qui offre aux étudiants résidents aux USA une récompense qui leur permet de mettre en évidence leur talent, leur leadership, leur culture.

C’est aussi une occasion unique selon les organisateurs pour sensibiliser les populations des USA sur les questions pertinentes d’originalité et de performances dans le travail académique.

Selon les organisateurs, le choix du candidat est basé sur ses performances dans son milieu académique et professionnel.

Ainsi, l'université ou l'école qui propose par exemple un candidat doit remplir un questionnaire parmi lequel le passé de l'étudiant est mentionné. Ainsi que ses performances académiques. Il faut mentionner par ailleurs que le candidat présenté doit figurer parmi les meilleurs de l’institut à la fin de ses études.

Pour l’édition de cette année le Camerounais, Jacob Foko ayant terminé ses études en 2008 à la Brooks Institute à Santa Barbara, CA, a reçu le Great Awards en compagnie de trois autres étudiants sélectionnés dans les universités américaines à savoir Joyce Leonard de la Pittsburgh Technical Institute in Oakdale, PA, de Latoria Payton de la Herzing College à Madison, WI et enfin Le Andra Peters de l’ ITT Technical Institute en Albuquerque, NM

Né au Cameroun il y a 38 ans où il a passé une partie de son enfance, Jacob FOKO fait ses études au Cameroun au Collège de la Réunification à Bafoussam et à l’Institut Samba à Yaoundé. Il a commencé comme photographe indépendant à la télévision camerounaise et après, a collaboré pour les magazines panafricains à l’instar de Jeune Afrique Economie, Africa Internationale, Africa Express etc, avant de s’envoler pour les Etats-Unis d’Amérique

Selon Jacob FOKO, cette récompense représente pour lui un début de couronnement d'un chemin qu'il a longtemps parcouru. Il compte se consacrer à son organisation "Global Humanitarian Photojournalists, Inc, qui est une organisation qui assiste des petites associations et organisations dans des pays pauvres tout en réalisant des documentaires sur leurs différents projets. Des documentaires qui servent par la suite à la recherche des bailleurs de fonds. Il affirme également poursuivre ses études de Master en Anthropologie Visuel. Pour rappel, c’est la première fois dans l’histoire de ces Awards qu’un africain voire un Camerounais figure dans la liste des nominés de ce prestigieux événement académique aux Etats-Unis d’Amérique.

Dans le but de présenter leur prix, les nominés devront participer à la convention des Universités et Grandes écoles du 14 au 16 juin prochain prévue en Floride

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02 mars 2009

OUTRAGE AU PRESIDENT BIYA

Une nouvelle lettre ouverte. Que de lettres! Que d'interpelations! Les armoires sont pleines, comme les coeurs des Camerounais, des thèmes de la détresse, des mots d'amour pour que la raison règne un jour sur le Cameroun. Mettre un homme en prison parce qu'il émet une remarque de désolation. Emprisonner un chef de famille, affamer ses enfants pour une remarque! Nous sommes simplement au Cameroun. Le pays de "la paix social" aux milliers de réfugiés politiques et économiques. En lisant ces mots de Puis N Njawe, les phrases de George Orwell (1984) résonnent: "La guerre c'est la paix. La liberté c'est l'esclavage. l'ignorance c'est la force." N.T

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Editorial de Pius N. Njawe

Lettre ouverte à Paul Biya



Excellence, Monsieur le président de la République,
Au moment où je retourne au Cameroun après un court séjour professionnel à l’étranger, j’apprends que Monsieur Fube Roland Fonwi Tita, professeur de l’enseignement du second degré dans le sous-système éducatif anglophone, est toujours détenu à la prison centrale de Yaoundé. J’avais en effet entendu parler de son arrestation au moment où je quittais le pays, mais j’avais classé cela dans le registre de la rumeur, tant le motif qui circule dans l’opinion est simpliste et ridicule. En réalité, je n’y ai pas cru. Mais au fur et à mesure que la date du 05 mars 2009 approche, jour prévu pour une nouvelle audience de l’affaire au tribunal de première instance de Yaoundé – centre administratif, je sens monter en moi la fièvre et ressens en même temps la tension dans le corps social, en tout cas chez ceux qui défendent les droits de l’homme. D’où l’urgence de vous écrire, Monsieur le président de la République, afin que le Cameroun et particulièrement vous-même ne ratiez pas l’occasion de passer à côté de votre propre cri.
Selon les informations en notre possession, M. Fube Roland Fonwi Tita a été arrêté à bord d’un taxi le 30 janvier dernier, alors que vous reveniez de Libreville. Le véhicule devait le conduire à Nkolmbong où l’attendaient des élèves de la Christian comprehensive high school où il enseigne. Il s’est demandé pourquoi vous ne pouviez pas prendre l’hélicoptère à partir de l’aéroport pour éviter de bloquer la ville au moment où vous passez. Un homme qui l’écoutait a obligé le taximan à les conduire à la direction nationale de la police judiciaire, à la présidence de la République, au secrétariat d’Etat à la défense, avant de le remettre entre les mains de la justice où il a été mis sous mandat de dépôt le 04 février 2009 et envoyé à la maison d’arrêt de Kondengui avec pour motif “ outrage au président de la République ” et autres. Sans assistance. Nous apprenons aussi qu’on lui a posé des questions sur un projet d’attentat contre les autorités avant de l’obliger à signer un procès-verbal indiquant, entre autres, qu’il est sans-emploi.
Si ces données sont exactes, c’est qu’il s’agit d’une violation flagrante des droits de l’homme en plein cœur de la capitale. Vous savez vous-mêmes, M. le président, que lorsque vous sortez ou entrez au Palais de l’unité, la capitale est bloquée au niveau du grand rond-point de la Poste centrale. Ce qui entraîne la paralysie des voies de circulation qui débouchent sur le centre-ville. La ville est donc divisée en deux, aucun automobiliste ne pouvant franchir la ligne de balkanisation circulatoire. Je ne connais pas de Camerounais sérieux qui ne se plaint pas – même si c’est dans son cœur – de cette situation. Car combien de fois, confrontés à la rigueur insensée de la police, beaucoup n’ont pas pu honorer leurs engagements de la journée parce que le président passe ? Imaginez donc le trou que cela creuse chez les créateurs de valeur ajoutée !

Monsieur le président de la République,
La question de votre transport par hélicoptère est une véritable préoccupation. Vous devez y songer d’urgence, sinon Kondengui pourrait se remplir de citoyens qui osent s’interroger sur votre traversée de la ville. Quand vous arriviez au pouvoir au début des années 1980, vous affirmiez, notamment le 22 mars 1985 à l’ouverture du congrès de Bamenda qui accoucha du Rdpc, qu’au “ Cameroun, il n’est plus nécessaire d’entrer au maquis, de quitter sa famille ou de prendre le chemin de l’exil pour exprimer ses opinions. ” Vous aviez à l’époque marqué un grand coup dans le cadre de ce que l’on appelait alors l’ouverture démocratique. Dans les médias, vous affirmiez que vous voudriez que l’on retienne de vous l’image de l’homme qui a apporté aux Camerounais la démocratie et la prospérité.
Oui, c’était bien dit. Bien dit parce que là, par la parole de son chef, le Cameroun ne se mettait plus en porte-à-faux avec sa loi fondamentale. En son préambule, celle-ci stipule en effet : “ Le peuple camerounais affirme son attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Charte des Nations unies, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples […] Nul ne peut être inquiété en raison de ses origines, de ses opinions ou croyances […] ” D’où vient-il donc qu’aujourd’hui encore on en soit à fouler aux pieds ces principes universels inscrites dans la Constitution de notre pays ?
On pourrait ici répondre, au regard de ce qui est reproché à M. Fube Roland Fonwi Tita, que le problème n’est pas le fait d’avoir exprimé des opinions. Dans le chef d’accusation, il y a un “ et autres… ” qui apparaît. Et puis, l’on apprend qu’il a subi un interrogatoire sur un probable coup d’Etat en préparation. C’est vrai, les services de sécurité de la République doivent être vigilants à tout moment ; ils doivent traquer tout ce qui peut mettre en péril la paix dans un pays comme le nôtre. Des rumeurs de coups d’Etat ont effectivement circulé et vos services de renseignements, on le sait, sont en état d’alerte. Mais pensez-vous, même si cette rumeur avait quelque fondement, que le taxi soit le milieu le plus propice pour l’expression des opinions des protagonistes de ce coup ? Pensez-vous que le relais idéal des données sur ce coup soit un professeur plein d’avenir qui ne demande qu’à gagner sereinement sa vie sans être contrarié par des contingences – routes barrées par exemple – qui lui font perdre des sous ?

Monsieur le président de la République,
Rappelez-vous que des ordres ont souvent été donnés pour ramener de grands assassins, généralement sous la pression extérieure, et que les personnes rapidement présentées par la police ou la gendarmerie n’étaient pas les bonnes. Vos services de sécurité travaillent peut-être, M. le président, mais rappelez-vous qu’ils n’ont pas les meilleurs résultats du monde : Limbe, Ahala, Mbrodong, Garoua-Boulaï … sont là pour vous convaincre que ces gens sont très souvent hors sujet. Le tribunal a dit qu’il ne pouvait pas juger sans entendre d’abord les témoins. Voilà une position sage. Mais qui sont les témoins ? En attendant de les retrouver, ce professeur doit-il rester en prison ? Jusqu’à quand ? Et sa famille ? Et ses élèves ? … Nous pouvons affirmer que l’on assiste là à une sorte d’arbitraire dont l’absurdité n’a d’égal que l’univers kafkaïn. De ce point de vue, on évolue vers un procès en sorcellerie.
En un mot comme en mille, M. le président, je ne crois pas qu’il faille encore douter que vous avez, avant tout, entre les mains, un cas de violation flagrante de la liberté d’expression. Ce cas s’ajoute à beaucoup d’autres, célèbres : Lapiro de Mbanga toujours interné à la prison centrale de Douala – il était dans le viseur depuis qu’il avait chanté la “ Constitution constipée ” – et Joe la Conscience qui avait lancé la campagne Don’t touch my Constitution et engagé une marche, puis une grève de la faim dans le dessein d’infléchir votre désir de faire modifier la disposition constitutionnelle sur la limitation des mandats présidentiels.
En affirmant sa volonté d’écouter d’abord les témoins, la justice vous donne là une occasion en or de laver votre pouvoir des salissures dans lesquels les services de renseignements veulent davantage le noyer. De grâce, ne donnez plus le loisir à ces services de retourner le couteau dans la plaie encore béante de la société camerounaise aujourd’hui meurtrie par le désespoir.
Un conseil, M. le président, faites libérer M. Fube Roland Fonwi Tita.

Salutations patriotiques !
Pius N. NJAWE



CEO
Free Media Group
BP 5925, Douala – Cameroun
Email: pius.njawe@freemediagroup.info

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01 mars 2009

CAMEROUN: DROIT DE LA FEMME A L'EDUCATION

DROIT DE LA FEMME A L'EDUCATION : ENJEUX PSYCHO-SOCIO-POLITIQUE
Présenté par Brigitte MATCHINDA ép. TSAYEM


INTRODUCTION
L'éducation est un processus fondamental qui permet à l'individu de prendre conscience de sa condition humaine à travers une pédagogie non simplement de l'avoir, mais davantage de l'être. La « pédagogie de l'avoir » est centrée sur la transmission de contenus conduisant à l'apprentissage d'un savoir, et la « pédagogie de l'être » orientée vers le participant et proposant l'acquisition des compétences sociales (Dufeu, 1982) . Alice Yotopoulos-Marangopoulos (1998: 32) renchérit en ces termes : « Eduquer, ce n'est pas seulement former un individu pour qu'il puisse trouver un emploi ou, simplement, survivre; c'est d'abord lui apprendre à vivre avec l'autre, avec tous les autres ».
Aussi, préserver le droit de la femme à l'éducation consisterait-il à mettre en oeuvre des moyens propres à assurer une éducation de qualité pour tous. L'UNICEF (2004) propose à cet effet d'être attentif à la situation particulière des filles, l'éducation de ces dernières consistant: « à scolariser davantage de filles, à s'assurer qu'elles n'abandonnent pas l'école et qu'elles possèdent les outils de base qui leur permettront de réussir dans la vie » .
Dans la présente communication, nous entendons marquer d'une empreinte la situation générale des droits de la femme à l'éducation. Il s'agira concrètement de :
1. présenter les dispositions textuelles qui existent au niveau international et au niveau national et qui font du droit à l'éducation un devoir universel et un impératif pour le développement économique et social dans les pays en développement (Jallade ; Cavicchioni ; d'Amico, 2005)
2. analyser à partir des résultats d'enquêtes réalisées en milieu scolaire et familial camerounais la situation éducative telle qu'elle est vécue par la fille camerounaise pendant sa scolarisation ;
3. apprécier le statut actuel de la femme éduquée ;
4. esquisser des stratégies de remédiation pouvant assurer à la femme un droit authentique à l'éducation.

I : LA LEGISLATION SUR LE DROIT DE LA FEMME A L'EDUCATION

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme stipule clairement dans son article premier que : >. Le droit à l'éducation constitue un droit fondamental et sa violation un manquement à un devoir universel.
La législation sur le droit de la femme à l'éducation comporte de nombreux textes pris au niveau international et que tout Etat qui réclame son appartenance aux ‘'Nations Unies'' se doit de ratifier.

I.1 : La législation internationale


Dans l'Engagement 5 de la Déclaration de Copenhague, les Nations Unies se prononcent en ces termes : « Nous nous engageons à promouvoir l'égalité et renforcer la participation et le rôle [des femmes]. Nous nous efforcerons (...) d'aboutir à une représentation plus équilibrée des deux sexes dans les processus décisionnels, d'ouvrir pleinement aux femmes l'accès à l'éducation et nous éliminerons tous les obstacles qui les empêchent d'accéder à d'autres ressources productives ; Nous prendrons les mesures voulues pour garantir l'accès aux services de santé. Nous définirons des politiques et des pratiques tendant à ce que les femmes puissent pleinement exercer des activités rémunérées grâce à l'éducation et en prévoyant des facilités et des services de qualité pour les enfants ». Cet engagement est formalisé par la communauté internationale à Jomtien du 5 au 9 mars 1990 et le 07 Septembre de la même année à Genève, elle a adopté les principes fondamentaux qui allaient désormais accompagner l'éducation de base.
L'Education Pour Tous (EPT) a ainsi pour objectif principal de répondre aux besoins éducatifs fondamentaux de tout individu sans distinction d'âge, de sexe ou d'origine sociale à travers un dispositif pertinent et de qualité. Un tel dispositif devrait permettre à la femme d'être informée sur ses droits : la jeune fille éduquée se marie plus tard, a moins d'enfants, consulte plus tôt le médecin pour elle et ses enfants, assure à elle-même et à ses enfants des soins et une nutrition meilleurs, ce qui entraîne les meilleures probabilités de survie pour elle et ses enfants avec abaissement de la fécondité totale et réalisation de meilleurs processus Education/apprentissage .
Aussi, le droit à l'éducation de la femme ne profite-t-il pas seulement à elle, mais aussi à la famille et à la communauté. Il permet, bien respecté, d'améliorer le bien-être familial, les revenus du ménage, la productivité agricole et la maîtrise de la fécondité. . Population Action International renchérit: .
L'amélioration et l'expansion des possibilités éducatives au profit des filles constituent l'un des meilleurs investissements auxquels un pays puisse procéder sur le plan sanitaire et social. Chaque Etat membre et chaque communauté devrait s'efforcer d'éliminer tous les obstacles (sociaux, culturels et économiques) à l'éducation des filles pour > .

I.2 : La législation nationale

Au-delà de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, le Cameroun a participé et a ratifié certaines conventions internationales telles que
la Déclaration sur la Participation des Femmes à la Promotion de la Paix et de la Coopération Internationale et la Convention sur l'Élimination de toutes les formes de Discrimination à l'Égard des Femmes (CEDEF). Des textes législatifs et réglementaires sont ainsi pris et insistent sur la nécessité et l'urgence de respecter les droits et les libertés des femmes. Le code pénal camerounais protège particulièrement la femme enceinte et interdit des dots élevées qui tendraient à chosifier ou à instrumentaliser la femme. Le code de travail stipule que tous les travailleurs sont soumis aux mêmes dispositions réglementaires en ce qui concerne les rémunérations et les libertés syndicales.
A l'article 7 de la Constitution, il est clairement écrit : « l'Etat garantit à tous l'égalité de chances d'accès à l'éducation sans discrimination de sexe, d'opinion publique, philosophique et religieuse, d'origine sociale, culturelle, linguistique ou géographique ». Aussi, du 21 au 25 janvier 1991 dans le cadre d'une table ronde sur l'Education de Base pour Tous, le Gouvernement du Cameroun allait-il adopter la Déclaration de Politique Générale d'Education de Base Pour Tous. Faisant ainsi siens les objectifs de l'EPT, le Cameroun dégage, au regard de ses spécificités, des principes et des priorités qui permettent à la femme de pouvoir bénéficier d'une formation qui répond à ses besoins éducatifs fondamentaux. Il est prévu que pendant sa scolarisation, la fille accède aisément aux outils d'apprentissage (lecture, écriture, expression orale, calcul, résolution des problèmes) et aux contenus éducatifs fondamentaux (connaissances, aptitudes, attitudes, valeurs) dont l'être humain a besoin pour développer tous les aspects de sa personnalité.
Les Etats Généraux de l'Education tenus en 1995 à Yaoundé ont posé un diagnostic sans complaisance, suite auquel, par la Loi d'Orientation de l'Education N° 98/004 du 14 Avril 1998, le Cameroun s'est résolument engagé à redynamiser son système éducatif en redéfinissant la communauté éducative et les rôles dévolus à chacun de ses membres. L'Etat s'efforce de lutter contre l'exclusion scolaire en réduisant les inégalités d'origine géographique et en enrayant les obstacles à l'éducation des filles. La lutte contre l'exclusion scolaire permettra à la fille, même handicapée (économique, physique, ou sensorielle) d'accéder à l'école. Les conseillers d'orientation sont formés et interviennent quotidiennement dans les établissements à travers les stratégies d'écoute, de diagnostic et d'aide. Les placements sont négociés pour celles qui présentent un handicap profond. Les centres médico-sociaux sont également ouverts et appelés à travailler en étroite collaboration avec ces conseillers. Avec la réduction des inégalités d'origine géographique l'Etat va s'atteler à une égale répartition de l'offre de formation sur tout le territoire national. Les politiques d'affectation des personnes, des structures d'accueil, des équipements scolaires et d'accès aux ressources éducatives devront refléter cette préoccupation.
L'Etat a identifié des freins qui entravent le développement de l'éducation des filles tels que : les traditions socio-culturelles véhiculant des stéréotypes sur la condition de la femme ; le mariage et les grossesses précoces ; l'absence d'une perception favorable de l'école moderne par les parents ; l'intense exploitation des filles dans les travaux agro-pastoraux et ménagers ; la pauvreté des familles qui sont obligées d'opérer des choix sur l'enfant à envoyer à l'école, choix pour la plupart favorables aux garçons. Pour lever ces obstacles qui rendent le milieu scolaire nocif aux filles, une vaste campagne de sensibilisation de toutes les couches de la population a été menée. L'UNICEF appuie les efforts du Gouvernement avec l'initiative « Ecole amie des filles » qui permet une éducation de qualité et contribue à l'augmentation de la scolarisation des filles en améliorant le cadre d'apprentissage par une invitation à la participation communautaire.
Au regard de ces instruments juridiques et de ces dispositifs pédagogiques, on serait enclins à penser que la femme camerounaise n'a plus de problème : éduquée, elle devrait disposer des capacités et des compétences à même de contribuer à la culture et à la pratique de la démocratie, au respect des droits de l'homme et des libertés, de la justice et de la tolérance, au combat contre toutes les formes de discrimination, à l'amour de la paix et du dialogue, à la responsabilité civique. Serait-il donc le cas ?


II : DES TEXTES A LA REALITE
Le fonctionnement de la société joue un rôle essentiel dans le respect des droits en général et celui du droit de la femme à l'éducation en particulier. Un certain nombre d'écrits s'accordent pour dire que la famille, l'école et la communauté sont des sous-systèmes qui contribuent aussi souvent qu'on ne le pense aux échecs scolaires des filles :
« Ces acteurs de l'éducation que sont la famille, les enseignants, les conseillers d'orientation, soutiennent plus facilement les efforts des garçons pour lesquels ils nourrissent des ambitions plus grandes que pour les filles, même douées en maths »
Les modèles d'interactions véhiculés dans la famille immédiate ou élargie, dans le quartier, dans les médias, dans l'ensemble de la société ou dans la culture d'origine, jouent un rôle extrêmement important dans la manière dont la jeune fille va établir sa relation avec l'autre.

II.1 : LE VECU DE LA FILLE AU COURS DU PROCESSUS EDUCATIF
L'article 33 de la Loi N° 98/004 du 14 Avril 1998 d'Orientation de l'éducation au Cameroun prescrit la concertation et la collaboration permanente entre les membres de la communauté éducative que sont les dirigeants, les personnels administratifs et d'appui, les enseignants, les parents d'élèves, les élèves, les milieux socioprofessionnels et les collectivités territoriales décentralisées.
Les résultats d'interviews et d'observations (Matchinda, 2006) des interactions verticales et horizontales effectuées dans quatre établissements dont deux de la zone rurale et deux de la zone urbaine ont permis de relever le fait que la famille et l'école puissent fonctionner sous le principe de coupure, ce qui ne facilite pas l'épanouissement de la fille qui en profite pour s'effacer progressivement. En effet, les paramètres de l'environnement éducatif agissent généralement négativement sur la fille. Ceux-là sont présents aussi bien à l'école qu'en famille.

II.1.1 : Les obstacles au droit des filles à l'éducation en milieu scolaire
A l'école camerounaise, les filles restent l'objet des discriminations provenant aussi bien des pratiques pédagogiques des enseignants, que de l'attitude de l'administration scolaire et des comportements des pairs. Les prévisions de l'Etat en faveur de l'amélioration de la qualité ont eu des effets bien maigres. Les pratiques d'évaluation exercées par les enseignants annihilent de manière ferme l'acquisition de la responsabilité chez la fille. En réalité, l'organisation matérielle et pédagogique de la classe n'est pas toujours conséquente. Elle laisse apparaître des élèves placés sans prise en compte de leurs comportements : le principe de mixité et des proportions n'est pas toujours bien respecté. Des filles fortes de corps se bousculent sur les bancs au fond de la classe et se font appeler « grandes royales ». Les filles sont ainsi en situation de classe laissées de côté et ce temps « d'exclusion » va jusqu'à deux quarts d'heures pour un cours d'une durée totale de 60 minutes. Magistralement, les enseignements sont dispensés et aucune activité particulière n'est initiée en direction des élèves à risques ou en situation d'échec scolaire). Pire encore, les filles décrivent (à la troisième personne) des situations de harcèlement sexuel par les enseignants, surtout ceux d'éducation physique. Leur mode d'évaluation est essentiellement répressif. Ils agressent verbalement les filles: « mammouth ! », « courez avec vos paquets de fesses ! », « patate ! », « oh ! ». L'administration de l'établissement peut-elle être suffisamment à l'écoute de la fille en multipliant les occasions de rapprochement direct ou indirect ?
Le pilotage institutionnel qui prévoyait le développement des capacités managériales des hauts responsables par l'octroi de stage de spécialisation et de remise à niveau n'a pu se généraliser. Beaucoup de chefs d'établissement continuent à manifester des difficultés à concilier leur rôle à la fois de représentant de l'autorité dans l'organigramme hiérarchique et de représentation de l'établissement dans son environnement social et humain (gestionnaire des relations, communicateur). Victimes eux-mêmes très souvent des perturbations (pressions des parents et messages improbables de la hiérarchie ) et des problèmes occasionnés par des collaborateurs indélicats qui ne présentent pas de qualités de sérieux, se refusent à leur tour d'être compréhensif et bienveillant. Ils travaillent seuls et leur solitude des réponses à leurs interrogations et à leurs échecs. Aussi, l'établissement scolaire devient-il le lieu de confrontation de couples aux intérêts divergents parents/élèves, enseignants/élèves, enseignants/parents.
La solitude dans laquelle s'enferme le Chef d'Etablissement l'empêche d'impulser les actions de solidarité et de bienveillance non seulement à l'égard des enseignants mais des élèves et des parents en difficultés. De plus, il peut ne plus accueillir favorablement les nouvelles pratiques pédagogiques, apprécier et faire circuler de bonnes informations émanant des collaborateurs.
Dans les relations verticales, les comportements des garçons envers les filles sont dans l'ensemble plus négatifs que positifs (63% contre 37%). Les garçons exercent leur autorité (dictature et puissance) sur les filles et développent vis-à-vis d'elles des relations tendues. En général les garçons talonnent les filles du pied (19 %), les accrochent au passage (27 %), donnent des coups de poignée, (23 %) tirent les cheveux (9 %) touchent aux seins (5 %), cognent la tête (3%). Ces signaux négatifs et dévalorisants fragilisent les filles et créent de nombreux malentendus. Les relations conflictuelles et violentes que la fille vit avec ses pairs développent plutôt chez elle des états dépressifs et une image plus que négative d'elle–même.

II.1.2: Les obstacles au droit des filles à l'éducation en milieu familial
Pour promouvoir l'équité dans l'éducation, l'Etat a mis un accent particulier sur la sensibilisation de différents partenaires de l'éducation des filles à travers des forums d'information et d'échanges . Ces séminaires se sont adressés pour la plupart aux parents. En effet, la famille est la première institution pour l'éducation des enfants et le comportement des parents un objet de motivation incontestable en général et dans l'éducation des filles en particulier.
Le suivi scolaire des élèves à la maison commence pour les parents par l'aménagement d'un cadre spatial d'étude et se prolonge dans des comportements de demande d'informations et de contrôle de bulletins, d'aide aux devoirs ou à la résolution de tous les autres problèmes susceptibles d'entraîner de difficultés d'apprendre.
Les élèves filles expliquent comment elles sont obligées d'attendre la pleine nuit pendant que tout le monde dort pour étudier, ce qui rend irrégulier leur rythme de sommeil et justifie la somnolence dont elles sont régulièrement victimes en classe. Les papas adoptent des comportements de contrôle strict et de sanctions disproportionnées au regard de la faute envers les filles. Celles-ci expliquent comment elles sont étiquetées pour des peccadilles : les parents n'ont pas confiance dans leurs capacités.
Dans l'ensemble, les mamans sont plus attachées aux problèmes d'éducation de leurs progénitures que les papas, avec une attention plus poussée sur les garçons que les filles. On note donc une tendance à valoriser le sexe masculin au détriment du sexe féminin qu'on accable de préjugés. La société étant de type patriarcale, même les attentes des mères vis-à-vis des garçons sont plus nombreuses et exigeantes que vis-à-vis des filles.
La collaboration entre l'établissement et la famille est irrégulière et biscornue : les parents accusent l'administration des établissements de trop réclamer d'autres frais en dehors de ceux exigibles. Pour donc rester en dehors de ces lieux corrompus, il faut fréquenter le moins possible l'établissement et surtout refuser de prendre part aux réunions de l'APEE . Ces discours ambigus tenus sur les études et le personnel enseignant, n'incitent pas les enfants à apprécier favorablement leur “métier d'élève”. Les filles plus que les garçons sont perturbées par ces messages paradoxaux qui nuisent en même temps à leur épanouissement actuel et à leur intégration sociale future.


II.2 : LE STATUT ACTUEL DE LA FEMME

Marie Gouze dans la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne en 1791 faisait déjà observer que tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de la femme dont le sexe, autrefois méprisable et respecté, est depuis la révolution, respectable et méprisé. La femme africaine vit une situation analogue. Ses rôles traditionnels lui permettaient de jouir d'une plus grande reconnaissance. La femme était consultée par l'époux avant toute décision importante à prendre, elle était, en tant que conseillère très écoutée. Aujourd'hui, au-delà des apparences, la femme est reléguée en permanence au statut d'assistante de l'homme: son opinion n'est que rarement prise en compte dans les décisions même au niveau familial. Le mari informe la femme des décisions prises qui engagent l'éducation des enfants ou l'héritage de la famille.
Sur le plan psychosocial, la marginalisation de la femme est perceptible. Les inégalités d'accès à l'éducation sont réelles : plus de 50% des femmes ne savent ni lire ni écrire. Au plan de la fréquentation scolaire, l'écart entre les filles et les garçons se creuse à partir du secondaire et est encore plus prégnant au niveau des études universitaires. Ces inégalités s'observent surtout dans les zones rurales où les bienfaits de l'éducation de la fille sont diversement appréciés. Cette discrimination provoque des frustrations et rend vulnérable la jeune fille. Elle voit, du coup, ses chances d'accès à un emploi salarié fortement hypothéquées.
Sur le plan de l'emploi, 37% des chômeurs sont des femmes. Les employeurs évacuent les dossiers présentés par celles-ci pour ne pas avoir à faire face aux indemnités de maternité.
Les violences faites aux femmes restent nombreuses : le mari dans l'expression de sa toute puissance peut mettre fin à une profession jusque là exercée par son épouse ; la femme n'a pas accès par héritage à la propriété foncière, l'administration des biens de la communauté est confiée au mari qui
peut en disposer comme il veut.
Toutes ces discriminations sont renforcées par les pratiques coutumières et traditionnelles qui continuent à être observées. En effet, les hommes ont le droit de correction sur les femmes. Le Cercle International pour la Promotion de la Création, le Service National Justice et Paix de l'église catholique, le Service Oeucuménique pour la paix et le Conseil Supérieur Islamique du Cameroun ont organisé en 2004 une semaine pascale autour du thème : « la violence faite aux femmes ». Les violences domestiques sont jugées courantes. L'Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (ALVF), fait un état des lieux de l'ampleur du problème et rapporte :
« en 2002, sur un total de 654 femmes reçues dans les centres vies de femmes (CVF) de l'ALVF victimes de violence,
- 254 sont victimes de violences économiques (pauvreté, interdiction d'exercer une activité a but lucratif...),
- 245 sont victimes de violences physiques,
- 175 de mise en quarantaine,
- 139 sont victimes de violences verbales,
- 38 sont victimes de violences sexuelles,
- 10 sont victimes de violences morales,
- 03 de divorce.» (ECOVOX, 2004 : 18)

II.3 : LA PLACE DE LA FEMME EDUQUEE DANS LES CERCLES DE DECISIONS


La femme dans l'ensemble occupe le terme mineur dans le partage du pouvoir et de la responsabilité en matière de prise des décisions. Certaines responsabilités restent ‘'interdites'' aux femmes. Par exemple dans l'armée camerounaise, aucune femme n'a à ce jour accédé réellement au niveau supérieur de décisions relatives au maintien et à la sauvegarde de la paix. Aucune femme n'est Gouverneur de province, ni Préfet de Département ou Sous-prefet d'Arrondissement. Aucune femme n'a été ministre dans des départements-clés tels que l'Administration Territoriale, la Justice, la Défense, les Finances, la Santé et encore moins Premier Ministre.
Les femmes qui représentent les 52 % de la population sont sous représentées à l'Assemblée Nationale, au Conseil économique et social, au niveau des porte-feuilles ministérielles, au niveau des Secrétariats Généraux des Ministères, au niveau de la Direction Générale des Sociétés. Les statistiques sont presque parfois honteuses : très peu de femmes sont Ambassadeurs, Recteurs d'Université ou Directeur de grandes Ecoles. Cette disparité entre hommes et femmes quant à la participation aux cercles de décision laisse les femmes à vie, même éduquées, dans une position défavorable, avec très peu d'opportunités sociales, économiques, politiques et d'épanouissement personnel.

CONCLUSION

La préférence pour les hommes est une puissante tradition mondiale. Cette culture de la virilité se manifeste par la négligence, la privation ou le traitement discriminatoire des filles au détriment de leur éducation. La réussite chez les jeunes garçons est une priorité et ils développent très tôt la capacité de dominer et de contrôler le monde qui les entoure, ce qui n'est pas le cas chez la fille. Résultat logique, les hommes confisquent les pouvoirs économiques, sociaux, religieux et politiques souvent avec la bénédiction des femmes qui s'érigent comme leur propre ennemie.
Pourtant la scolarisation des filles est une nécessité impérieuse car « la mauvaise éducation des femmes fait plus de mal que celle des hommes, puisque les désordres des hommes viennent souvent de la mauvaise éducation reçue de leurs mères, et des passions que d'autres femmes leur ont inspirées dans un âge plus avancé » .
Le combat pour un droit authentique des femmes à l'éducation doit continuer et se généraliser. Il faut mettre la femme au premier plan car trop souvent, l'homme a montré son incapacité, ce qui pourrait entre autres justifier la décadence actuelle de plusieurs pays africains. Point n'est question de réinventer la roue, beaucoup d'encre a déjà coulé pour proposer des stratégies en vue de promouvoir le droit de la femme africaine à l'éducation (Mingat & Suchaut (2000) ; Ngakoutou (2004) ; Bangourou (2005) ). Pour notre part, il suffit simplement de mettre en application les conventions internationales des droits humains de la femme. Aujourd'hui avec l'infection au VIH/SIDA, et plus qu'hier, le droit pour la femme -plus vulnérable-, de rechercher, de recevoir et de fournir de l'information est un droit humain fondamental et une condition sine qua non pour en assurer une prévention et une prise en charge efficace.




BIBLIOGRAPHIE

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Bangoura, D (dir) (2005) : Quel avenir pour les jeunes de Guinée? Acte de la Conférence du 26 juin 2005. Paris : l'Harmattan.
Baudelot, C.,Establet, R : (1992 ). Allez les filles. Paris : Seuil
Boudon, R. (1973) : L'Inégalité des chances. Paris : Armand Colin.
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Yotopoulos-Marangopoulos, A. (1998) : Les mesures positives pour une égalité effective des sexes. Sakkoulas : Bruylant.

Posté par Noumbissie à 20:36 - ETUDES SOCIO-PSYCHO-ANTHROPOLOGIE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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