George Victor Nguepi

  

Nguepi

 

Résumé :

L’organisation syntaxique des propositions subordonnées en espagnol et les précisions d’ordre terminologique, lorsqu’elles intègrent la question de la variation des diathèses considérées jusqu’à une date récente par la grammaire traditionnelle espagnole comme synonymes de voix, pose un véritable problème de pédagogie auquel tous les professeurs de cette langue sont habituellement confrontés dans leurs enseignements quotidiens. Pourtant, la subordonnée substantive, à la différence de la relative et de l’adverbiale, en étant argument du verbe de la proposition principale, offre l’occasion de revisiter les contours de toutes les nuances qui, bien que taxées assez souvent de trop savantes, permettent de comprendre le contenu et les spécificités de chacune de ces structures.

 Abstract:

Syntax organisation of subordinated clauses and terminological precisions, in addition with the question of diathesis variation considered by Spanish traditional grammar till recent date as synonym of voice, is a serious pedagogical problem usually faced by all teachers of that language in their daily teaching. However, substantive subordinated clauses as regard to relative and adverbial ones, as argument of the verb of main clause, offers opportunity to re-examine the configuration and differences which, although considered very often as very intellectual, give the opportunity to better understand the content and specificities of each of these structures.

          Je me propose dans la présente étude d’examiner le comportement syntaxique de la subordonnée substantive en espagnol, en m’interrogeant notamment sur le principe d’alternance modale qui gouverne habituellement ces structures, tant sur le plan de la langue que sur celui du discours. Il s’agit en l’occurrence d’essayer de définir les contours de la variation diathésique dans les structures concernées, en rapport avec les différentes modalités d’énonciation, en prenant pour appui les énoncés courants en classe de langue, tant il est vrai qu’en admettant simultanément le subjonctif et l’indicatif, la subordonnée substantive pose sur le plan syntaxique un véritable problème d’accord parfois difficile à expliquer. Il est vrai que dans l’histoire de la langue espagnole, plusieurs études ont été consacrées à ce thème, mais un sentiment de désolation m’envahit quand je me rend compte de la diversité des interprétations, la disparité conceptuelle et surtout l’hétérogénéité des critères qui interviennent au moment de déterminer, selon les circonstances d’énonciation, si le mode qui convient est l’indicatif ou le subjonctif. Ce mélange indiscriminé de critères et de perspectives, surtout chez les élèves est un véritable problème de pédagogie de langue qu’il est urgent de solutionner. Tout ceci traduit l’incohérence qui caractérise les différentes postures par rapport aux différentes modalités énonciatives, justifiant du même fait le manque de consensus au moment de délimiter les frontières conceptuelles du phénomène évoqué. Il en résulte donc toute une série de difficultés méthodologiques et pédagogiques qui compliquent la tâche aux jeunes chercheurs qui s’intéressent pour la première fois à l’étude de l’alternance modale en rapport avec les diathèses dans les structures subordonnées substantives. Pourtant, vue de façon caricaturale, l’on serait tenté de réduire la question à une simple symétrie modale entre le subjonctif et l’indicatif. Ce qui n’est vraisemblablement pas le cas surtout quand l’on sait que dans certaines circonstances, certains verbes dans l’un et l’autre cas associent aux fonctions syntaxiques qu’ils assurent des fonctions sémantiques dont l’occurrence entraîne elle aussi des difficultés d’interprétation et de compréhension.

             A cet egard, je pense qu’il est urgent d’établir un modèle d’analyse cohérente qui aborde le phénomène de l’alternance dans ses multiples variations et spécificités, idée que renforce d’ailleurs Ester Martínez Gómez (2003) quand elle déclare : « La lengua, en su devenir histórico, se nos presenta como una estructura de fronteras fluctuantes, de límites imprecisos y variantes, sujeta como está, por naturaleza, al cambio ; a la par que la lengua cambia el pensamiento lingüístico ». Dans cette perspective, j’ai pris comme base d’analyse aussi bien les fonctions nominales que celles d’objet, dans une réflexion qui interroge constamment le contenu sémantique de la voix ou diathèse[1][1], dans ses multiples manifestations. Ceci est d’autant plus important que  « Parler une langue c’est (…) mettre en œuvre des moyens linguistiques en étant responsable de choix multiples, tous sémantiques à la base, mais contraints de se mouler dans les cadres syntaxiques de la langue. » (B. POTTIER, 1992 :103). Autrement dit, enseigner une languesuppose aussi que le professeur soit capable de « générer des énoncés qui soient satisfaisants à la fois sémantiquement (adéquation entre le désir de signifier et la signification manifestée) et syntaxiquement (conformité aux modèles d’une langue à un moment donné et dans des conditions précises). » POTTIER (op.cit :p 104).

  Dans le cas d’espèce, la conjonction de subordination est que, dont la présence en espagnol suppose, notamment dans le cas de la translation (TESNIERE :1969), l’occurrence d’une subordonnée substantive, laquelle assure naturellement les fonctions propres aux substantifs. Mais dans cette « transcatégorisation », la difficulté réside dans le fait que ces fonctions ne correspondent pas dans tous les cas à celles d’un syntagme nominal[2][2]. Suivons du reste ce qu’en dit la Real Academia Española [Bosque, Ignacio, y Demonte, Violeta, dir] (1999:§ 32.1) :

            « La oracion subordinada sustantiva se define por su engastamiento en una oracion principal compleja. Al funcionar como argumento de un verbo, esta subordinada se distingue tanto de las relativas como de las adverbiales, ya que las primeras modifican a una unidad oracional entera o a un predicado verbal pero sin ser argumentos del verbo ».

 

            En évoquant la notion d’argument verbal, cette définition renvoie justement aux nuances syntaxique et sémantique (dont nous avons fait allusion à l’instant) qui déterminent le choix modal en espagnol, notamment lorsque l’on tient compte de la variation diathésique des verbes évoluant au sein de la structure concernée. Il est vrai que la subordonnée substantive intervient dans la structure complexe généralement comme argument du verbe. Mais l’alternance modale entre l’indicatif et le subjonctif, même si elle suppose dans tous les cas une modification morphologique de la phrase, ne nuance pas de façon significative le sens de celle-ci. En outre, cette modification entraîne assez souvent une série d’énoncés parasynonymiques, ou en relation paraphrastique en rapport avec un schème conceptualisé que le professeur est appelé à découvrir et expliquer. Par ailleurs, les nuances fonctionnelles entre les différentes subordonnées, c’est-à-dire la substantive, la relative et l’adverbiale sont autant de difficultés à résoudre dans l’explication et l’identification de chacune des structures en présence pendant les cours de grammaire.

  Dans la majorité des cas, les professeurs s’y emploient, par la seule force de leur imagination, dans une analyse qui parfois a malheureusement du mal à intégrer de façon idoine alternance modale et variation diathésique. Dans le cas de la subordonnée substantive, le rôle d’argument du verbe de la principale qu’elle assume, en sus de la variation diathésique qui l’accompagne, voudrait qu’une attention particulière lui soit accordée. La rigueur des interprétations sémantiques se révèle donc de ce point de vue comme une donnée tout aussi importante que la logique fonctionnelle des considérations normatives, habituellement prise en compte en pareilles circonstances, d’où la question.

             Faut-il considérer que le choix modal est purement optionnel dans la subordonnée substantive en espagnol, puisque le contenu sémantique du verbe en présence dans la structure tient vraisemblablement un rôle assez significatif dans ce choix? La question mérite d’être posée, du moment que dans certaines structures simples[3][3] en espagnol, la forme du verbe est fortement influencée par certains adverbes spécifiques sans que ceux-ci n’en modifient pour autant le sens et ce, indépendamment du mode en présence (subjonctif ou indicatif). Ce qui traduit une fois de plus la complexité de la question. Prenons un exemple :

            a- Tal vez- quizá- acaso venga mañana Juan.(subjonctif)

            b- Tal vez- quizá- acaso vendrá mañana Juan.(indicatif)

            c- Quiero– recomiendo– pido que venga/*viene mañana Juan.

             Le constat qui se dégage de ces exemples est le suivant. Dans un cas comme dans l’autre, la valence du verbe de la structure principale, tout comme certains adverbes spécifiques présents dans la structure sont fortement solidaires de la détermination du mode verbal dans la subordonnée des structures complexes. C’est ainsi que nous aurons des verbes dont l’occurrence renvoie selon les circonstances à l’usage dans la subordonnée, soit du subjonctif, soit de l’indicatif. La REA [Bosque, Ignacio, y Demonte, Violeta, dir ][4][4] (op. cit) nous dira à cet effet que les verbes qui expriment le doute, le souhait, l’ordre, le désir, la peur (la liste n’est pas exhaustive), ou tout autre idée connexe introduisent dans la subordonnée substantive le subjonctif, alors que ceux qui traduisent l’idée de constat correspondent mieux avec l’indicatif. Prenons quelques exemples :

            a- Quiero-mando-temo –exijo que venga-salga este alumno.

            b- Quiero-mando-temo-exijo que *viene-*sale este alumno.

Par contre

            c- Veo-noto-pienso que viene.

            d- veo-noto-pienso que *venga.

                       Que se passe t-il en réalité ? Ici le choix modal entre le subjonctif et l’indicatif se présente comme le résultat d’un simple développement morphologique dans lequel la variation du mode verbal porte pour l’essentiel sur les flexions liées au contenu significatif du prédicat subordonnant. Mais dans le cas de la polarité négative, le subjonctif permet que la subordonnée soit interprétée comme argument de la structure complexe. Ignacio BOSQUE (1990b :37) a mené une étude bien fouillée sur ce thème. Suivons une de ses conclusions :

            « En aquellos casos en que un verbo rige indicativo o subjuntivo, el uso de este último indica que la subordinada es el foco de la negación. Por eso, ese modo es imposible si otro elemento es marcado explícitamente (…) »

            Pour mieux comprendre ces explications de BOSQUE , nous allons prendre quelques exemples.

            a- El decreto estipuló que el director (era/fuese) un americano.

            b- No fue el director quien el decreto estipuló que (era/*fuese) americano.

            c- El decreto no estipuló que el director (era/*fuese) un americano, sino su ayudante.

             Ici, nous constatons en effet qu’en tenant compte du contenu sémantique des structures en présence, il se présente d’une part des constructions où le choix du mode verbal va de pair avec un changement de sens de la phrase, et d’autre part des constructions dans lesquelles ce choix de mode est tributaire des éléments de spécification contenus dans la structure subordonnante. Ces constructions sont (comme nous l’avons dit), en relation paraphrastique et traduisent dans leur circonstance d’emploi les rapports homologiques. Les nuances distributionnelles qui en découlent peuvent être appréciées dans d’autres structures. Exemple :

            a- No imagina que vino ayer → no imagina su venida ayer (sustantivo) → no imagina eso(argumento con indicativo).

            b- No imaginó que viniera ayer → no imaginó su venida ayer (sustantivo) → no imaginó eso (argumento con subjuntivo).

             Il appert de ce qui précède que, même si habituellement les grammaires portent une attention particulière sur le contenu significatif du verbe de la structure supérieure (proposition principale) comme élément de détermination modale dans la subordonnée en générale, le choix obligatoire d’un mode en espagnol, tout comme l’alternance modale entre l’indicatif et le subjonctif dans cette langue ne dépendent pas strictement du contenu d’un constituant unique de la structure subordonnante. Dans cette même perspective et à titre d’illustration, nous allons voir dans les phrases qui suivent que le mode de la subordonnée est déterminé par exemple par l’attribut du sujet.

            a- Fue lógico que acertara.

            b- Es seguro que vino.

             En restant conforme à la logique transformationnelle, il est possible d’obtenir dans le deuxième membre de chacune de ces structures complexes un substantif comme substitut du verbe. Nous aurons par exemple :

            a- Fue lógico su éxito → fue lógico esto/eso

            b- Es seguro su venida → es seguro esto/eso (équivalent de ceci ou cela français)

 

            Ceci nous donne l’occasion de revenir, juste pour mémoire, sur certaines fonctions de la subordonnée substantive en espagnol. Nous verrons en effet que selon les circonstances d’énonciation, la subordonnée substantive peut être soit complément de nom (dio la señal de que se fuera), soit complément d’un adjectif (estaba contento de que le diera una buena nota), soit enfin complément d’un adverbe (a pesar de que no habia estudiado, esperaba un buen resultado). Nous remarquons pour chaque cas que le mode verbal est déterminé par les noyaux respectifs des différents éléments dont ils complètent le sens. Cette détermination se fait généralement en rapport avec le contenu sémantique de la phrase, lequel est essentiellement tributaire de la variation diathésique des verbes en présence dans la structure concernée.

 Variations diathésiques et alternance modale : confluence, distances et spécificités des rapports.

              Apparemment, la grammaire traditionnelle espagnole ne s’est pas beaucoup intéressée à la question de la diathèse qu’elle a considérée jusqu’à une date récente comme un concept synonyme de voix[5][5]. C’est donc fort de ce constat que ma curiosité m’a amené à examiner les influences de la variation diathésique sur le choix modal, dans la structure subordonnée espagnole.

 . En effet, s’il est admis que la subordination suppose de manière générale une relation d’inclusion (Roland ELUERD 1992 :203), c’est-à-dire une relation hiérarchique débouchant sur un rapport de dépendance entre une structure dite supérieure appelée proposition principale et une autre qui lui est subordonnée syntaxiquement et sémantiquement, les variations diathésiques en pareilles circonstances ne sauraient passer inaperçues dans la configuration générale de la phrase. Ceci est d’autant plus important que sur le plan formel, la subordonnée présente en espagnol des variations notables que nous pouvons (pour les besoins de compréhension et de précision pédagogiques) subdivisées en deux catégories.

             La première catégorie serait celle des subordonnées introduites par un terme subordonnant spécifique à l’instar d’une conjonction de subordination ou d’une locution conjonctive. Celles-ci reçoivent le nom de subordonnées explicites (R. Eluerd : op cit). Prenons quelques exemples :

            Cuando haya acabado mi deber, yo iré al parque.(idée de temps)

            No vendrá aunque lo haya prometido (idée de concession)

 Nous pouvons aussi utiliser un adverbe ou un pronom interrogatif dans les mêmes conditions, ce qui nous donnera les phrases du genre :

            Me pregunto dónde se ha ido este hombre.

            Me pregunto en qué piensas.

Dans le même ordre d’idées, l’usage d’un pronom relatif donne lieu à des énoncés du genre :

            He leido el libro que me has prestado.(antécédent nominal à visée spécificatrice)

             La deuxième catégorie est constituée des subordonnées dites implicites, c’est-à-dire celles qui s’apparentent à la parataxe qui n’est autre que la suppression systématique des subordinations, donnant généralement lieu à la juxtaposition et à l’asyndète.

            Exemple :Se lo diría, no lo creería

             Après ce bref tour d’horizon, et en tenant compte des critères sémantiques tels qu’évoqués antérieurement, il ressort qu’en espagnol, la diathèse revêt plusieurs formes[6][6], mais le cas qui présentement nous intéresse le plus est celui portant sur le critère d’agent (¿qué hace X ?), qui se démarque du critère d’effet (¿qué efecto produce X ?). En marge de ces deux critères, bien d’autres peuvent être pris en compte et portent notamment soit sur le degré d’affection de l’agent par rapport à l’action verbale (¿qué le pasa o ocurre a X ?), soit alors sur les critères d’actions effectuées ou réalisées, en l’occurrence quand la proposition répond à la question (¿cuál es el resultado de la acción de X ?), lequel résultat suppose l’implication manifeste d’un agent dont la présence dans un énoncé renvoie à une autre question (¿qué actitud tiene X ?).

  Précisons toutefois que l’esquisse des nuances présentées ici est loin d’être exhaustive. Elle est surtout représentative des manifestations récurrentes de la diathèse en espagnol. La subtilité de la sémantique permettrait sans doute d’en inventorier d’autres. Mais déjà il faut préciser que dans tout contexte énonciatif, les rôles actanciels ainsi que leurs valences respectives sont tout aussi importants que les variations diathésiques qui les accompagnent. En pareilles circonstances et aux dires de Harald WEINRICH (1989 :83) « Tandis que les communicants se déduisent d’une situation de dialogue, les actants (qui leur sont amalgamés) résultent d’une situation d’actance élémentaire, dans laquelle deux personnes(au moins) agissent ensemble en rapport avec un objet. Nous avons distingué trois actants : le sujet, le partenaire et l’objet ».

 Ce rapport tripartite qu’évoque H. WEINRICH fait en quelque sorte le point sur les manifestations actancielles qui sur le plan formel ne sauraient se déployer en marge de la variation diathésique en espagnol. La situation de multiactance par exemple, telle qu’évoquée ici, nous renvoie justement à la diathèse dite multiactancielle qui suppose selon les circonstances la présence de deux, trois voire plusieurs actants dans un processus d’énonciation. Ceci se traduit dans le cas d’espèce par des phrases complexes, avec la subordonnée substantive comme argument. Dans le cas de la diathèse zéro-actancielle (López García : 1996), assimilable à la phrase nominale dans la grammaire traditionnelle, la présence du second membre de la phrase est peu envisageable, donc impossibilité d’intégration d’une quelconque subordonnée, quelle qu’en soit la nature. Ceci tient essentiellement au fait que la diathèse zéro-actancielle évolue généralement dans des structures dites indépendantes.

  De la même manière, il faut remarquer que toutes les nuances liées aux diathèses présentes dans les exemples évoqués jusqu’ici ont ceci de commun qu’elles fonctionnent uniquement dans la structure supérieure des énoncés complexes. Mais lorsque l’on interroge le contenu sémantique du verbe, il devient évident que seul le cas de sujet agentif fonctionne dans la subordonnée substantive et dans une moindre mesure, le cas portant sur le critère de sujet impliqué (précisons que toutes les désignations faites ici tiennent essentiellement compte du contenu sémantique du verbe par rapport au sujet). Nous y reviendrons plus amplement dans des exemples subséquents, mais pour l’instant, examinons ces quelques phrases pour en avoir une idée.

Juan quiere-grita que su mujer regrese / *regresa hoy.(subjonctif)

Juan piensa-supone que su mujer regresa / *regrese hoy (indicatif)

Sur le plan syntaxique et distributionnel, nous avons une fois encore affaire à deux modes : l’indicatif et le subjonctif, dans deux énoncés dont le contenu, en marge des critères formels, est tributaire de la valence des verbes en présence dans la structure subordonnée.

 Sur le plan de la diathèse, le sujet agentif (Juan) aussi bien dans la première que dans la deuxième phrase présente chaque fait comme intrinsèque au sujet, présentation qui se fait en fonction de la variation modale. Prenons un autre exemple.

María se hartó de que su marido es / fuese un borracho.

 Cette phrase est un paradigme de sujet impliqué, dans la structure subordonnante notamment avec alternance modale dans la subordonnée substantive dont le schème argumentatif serait María se hartó de eso.( ceci ou cela selon les circonstances). Ici, le verbe de la subordonnée nous offre deux possibilités d’interprétation en fonction des nuances diathésiques en présence. D’une part, il s’agit de l’effectivité et de la certitude de l’état d’ivresse du mari traduit par l’indicatif, et d’autre part de l’incertitude du même défaut traduit par le subjonctif.

 En outre, il est à noter que du point de vue pragmatique, nous avons dans ces exemples affaire à une diathèse monoactancielle, qui nuance considérablement avec les autres, notamment la diathèse bi-actancielle par exemple , où il s’établit une relation directe entre le sujet agentif et l’objet, fût-ce oblique[7][7] ou indirect. Dans cette situation de bi-actance se profile la notion de symétrie de représentation que nous retrouvons dans certaines structures particulières à l’instar de l’énoncé ci-dessous.

Jaime le dice a su padre que se tranquilice.

 Dans cet exemple, la subordonnée substantive fonctionne en aval d’une symétrie agentive-typifiée et fait partie du syntagme verbal, notamment dans son rôle de complément du verbe de la structure supérieure. Les mêmes caractéristiques se retrouvent dans cet autre énoncé mais avec une nuance fonctionnelle dans la subordonnée.

Exemple : Jaime prefiere el hotel que está en el centro de la ciudad.

 Ici, il y a possibilité de substantivation de la subordonnée (Jaime prefiere el hotel del centro,→ Jaime prefiere esto / eso. Sur le plan syntaxique, nous constatons que l’indicatif qui dans le cas d’espèce est le mode de la subordonnée assume du point de vue fonctionnel le rôle d’adjacent nominal. Examinons maintenant cette autre phrase.

Jaime necesita a una secretaria que sabe / sepa hablar inglés.

             Nous nous situons toujours dans un contexte de symétrie agentive-typifiée mais avec alternance modale. Il faut donc dire, à la suite de LÓPEZ García, A. (1996:211) que dans les structures subordonnées, les diathèses bi-actancielles symétriques s’identifient en fonction de la nature de l’objet en présence, selon que cet objet est typifié ou selon qu’il renvoie à une entité dite indépendante (objet affecté). Dans un cas comme dans l’autre, le sujet peut être agentif, effectif, impliqué ou affecté par rapport à l’action verbale.

             Maintenant, à l’opposé de la relation de symétrie, nous avons celle de non symétrie ou d’asymétrie dont le contenu peut aussi, selon le contexte d’énonciation être soit agentif-affecté (Ex : el consejo se dijo que el presidente era el único responsable de la situación ), soit alors d’asymétrie effective-affectée (Ex : su padre le aconsejó que se pusiera de lado). Il faut remarquer dans le premier exemple le rôle joué par la passive réfléchie se dijo qui suppose sur le plan conceptuel la présence d’un agent affecté par l’action du verbe, avec la possibilité dans le schème argumentatif de dire (el consejo se dijo esto /eso, es decir su responsabilidad).

  Quant à la deuxième phrase, le sujet agentif n’est aucunement affecté par l’action du verbe. Toujours dans le premier exemple, il faut relever cette prédominance de la notion d’agentivité avec la possibilité du sujet patient dans le tour passif, vu comme affecté par le résultat de l’action exprimée par l’argument, c’est-à-dire être responsable d’une situation que l’on qualifie de négative. La présence de ser ici est de type existentiel, avec impossibilité d’alternance modale entre l’indicatif et le subjonctif. Avec ce verbe, nous avons affaire justement à ce que Bernard POTTIER (op.cit) appelle diathèse attributivealors que se dijonous situe en présence d’une diathèse moyenne. L’incongluence du subjonctif dans le choix modal est ici dictée plus par la catégorie du verbe que par son temps d’emploi. Ce qui fait dire à M. CAMPRUBI (1999 :212) que :

            « L’aspect lexical des verbes est, on le comprend, en relation étroite avec la nature du procès. Certaines actions entraînent plutôt l’un ou l’autre (…) »

             Cette position résume en quelque sorte l’essentiel de la problématique de la diathèse dans le micro-système espagnol[8][8] .C’est ainsi qu’en marge de la notion d’asymétrie agentive-affectée, nous aurons une autre nuance apportée par l’implication effective de l’agent dans le procès, dans une espèce d’asymétrie qui se traduirait dans des énoncés du genre :

            Marta ama las palomas, que son /* sean pájaros domésticos.

             Il faut noter déjà que la notion d’agentivité sous fond de bi-actance, en marge de la valence du verbe, puise toute sa force dans le complément du verbe en question, lequel dans le cas d’espèce est direct. Nous avons présentement affaire en fait à une subordonnée relative à valeur explicative. Mais en examinant la phrase citée en exemple, nous nous rendons compte qu’en plus de son caractère existentiel, le verbe de la subordonnée ne laisse pas entrevoir une simple instanciation de l’action verbale mais plutôt une relation d’attribution pleine avec syntagme nominal.

             Cette tendance est généralement patente lorsque le sujet en présence est agent et l’objet, affecté ou impliqué par rapport à l’action verbale. Ces deux tendances, c’est-à-dire objet affecté ou objet impliqué, généralement présents dans les énoncés supports des subordonnées substances, offrent un cadre d’analyse bien nuancée dans lequel s’entrelacent contenu sémantique du verbe, variation de la diathèse et alternance modale. Cela est d’autant plus vrai que parfois dans la structure support, les agents peuvent se multiplier, passant ainsi d’une diathèse bi-actancielle à une diathèse tri-actancielle.

             Dès lors, la question de fond serait de savoir si la multiplication actancielle peut être une cause à l’origine de l’alternance modale dans la subordonnée substantive en espagnol. Autrement dit, quelle influence reçoit la subordonnée selon que l’on passe d’une structure mono-actancielle (idée de restriction) vers une structure multi-actancielle (idée d’ampliation ou d’agrandissement) ?

             Pour les commodités de compréhension, il faut dire que de la structure mono à la multi-actancielle, il se produit, en marge de la variation de la diathèse, un double mouvement centrifuge et centripète, qui se traduit notamment par la restriction ou l’agrandissement de la structure concernée. Toutefois, l’impact de la structure subordonnante sur la subordonnée complétive[9][9] ne varie pas en fonction de la taille de la structure supérieure. Pour matérialiser la configuration de ce double mouvement centrifuge et centripète tels qu’évoqués antérieurement, nous allons nous referer au schéma ci-dessous, où à partir d’une structure moléculaire (María habla), il est possible d’obtenir une structure plus grande, notamment avec la subordonnée substantive.

 

            Dans le cas de la diathèse tri-actancielle classique, il s’agit tout simplement d’un énoncé qui sur le plan formel associe à un sujet agent un patient et un objet, tel que cet objet fasse office de complément second. Nous aurons à titre d’illustration des énoncés du genre :

            A María, Juan le comunica todos sus planes que permiten / permitan la salida de crisis.

            Ici, il s’agit d’un agentif affectif typifié (avec alternance modale) car les deux agents en présence, à savoir María et Juan sont concernés par le projet, l’un comme acteur et l’autre comme partenaire fût-ce passif. Le projet en question, du moment qu’il est bien décrit et présenté par son auteur correspond à un type bien précis connu des deux, d’où son caractère typifié.

            Par contre, dans cette autre structure quasi identique à la précédente, nous avons affaire à quelque chose de différent sur le plan conceptuel.

            Exemple : Pedro le alquila una casa a una agencia imobiliaria.

 

            Dans cette phrase, il s’agit en fait d’un complément converse, avec la présence d’un sujet et d’un contre-sujet qui sont respectivement Pedro et una agencia imobiliaria. Sur le plan syntaxique, Pedro est en réalité sujet pendant que l’agence immobilière fait office de ce que (E. Alarcos : 1980) appelle supplément, ou tout simplement complément d’objet direct dans la perspective traditionaliste. Mais en même temps, s’il faut reconnaître que tout achat suppose une vente, le même énoncé implique sur un autre plan une relation complémentaire converse implicite qui se traduirait comme suit :

            Una agencia imobiliaria le alquila una casa a Pedro.

 

            Dans cette nouvelle phrase, du fait du contenu sémantique du verbe alquilar qui renvoie en même temps au sujet et à l’objet, les rôles s’inversent sans que pour autant le contenu significatif de l’énoncé souffre d’une quelconque modification. Il s’agit donc dans cette deuxième phrase en particulier, d’une diathèse agentive affective impliquée, c’est-à-dire celle qui suppose à la fois l’agent, l’accusatif et le génitif.

            Essayons maintenant de transformer le même énoncé en structure complexe afin d’apprécier l’impact des nuances liées aux diathèses sur la subordonnée.

            Exemple : Pedro alquila una casa a una agencia imobiliaria que está en Sevilla

            Il faut relever déjà que la proximité du complément d’objet second (le O2°de B. Pottier) par rapport à la subordonnée lui donne le privilège d’être mis en exergue du fait de sa nature d’antécédent, ce qui nous situe de facto en présence d’une subordonnée relative et non d’une subordonnée substantive. Ici le que n’est pas évidemment une conjonction de subordination mais un pronom relatif, donc impossibilité d’alternance modale entre le subjonctif et l’indicatif dans la structure inférieure.

 

De ce point de vue, il est à noter qu’en espagnol, les diathèses tri-actancielles en particulier, dont la valeur catégorielle porte sur les nuances agentive effectuée impliquée ou agentive effectuée affectée, renvoient quasi-exclusivement à la subordonnée relative, à la différence des énoncés bi-actanciels qui renvoient à la subordonnée substantive dans leur immense majorité. Rappelons que tous les cas de bi-actance examinés jusqu’ici correspondent au model général de sujet agentif par rapport à un contre-sujet (objet indirect) impliqué, tous évoluant exclusivement dans la structure subordonnante.

 

En conclusion, il est donc important de rappeler qu’à travers le discours, la langue opère généralement un choix drastique d’éléments qui constituent la trame de communication, donnant ainsi lieu aux différentes diathèses : active, moyenne ou attributive (B. Pottier ;op.cit :131). Ces diathèses présentent sur le plan sémantique et syntaxique des manifestations qui sont tributaires du contexte d’énonciation, traduisant ainsi ce que Pottier appelle « ambiguïté des structures syntaxiques ».Voici du reste ce qu’il dit dans l’ouvrage cité (p. 104) « Les moyens syntaxiques sont limités, alors que les désirs sémantiques sont immenses. ».

 

 En faisant le tour d’horizon des structures évoquées, je me rends en effet compte d’une réalité, à savoir que la diathèse est une association entre les fonctions syntaxiques qu’un verbe assume et les fonctions sémantiques liées au contexte du discours. Sur le plan pragmatique et en rapport avec l’alternance modale, notamment dans les phrases complexes, ces différentes diathèses expliquent les mutations qui s’opèrent dans la langue et permettent en même temps de capter verbalement la réalité qui nous entoure.

 

De ce point de vue, ainsi que l’a démontré tout récemment la théorie de la catastrophe[10][10], ces formes de changement sont permanentes en grammaire moderne. C’est pour cela que je pense, de toute évidence que tous les schèmes au niveau des diathèses (mono-actancielle, bi-actancielle, tri-actancielle etc) correspondent aux différentes manifestations morphosyntaxiques que nous offre la langue, quelle qu’elle soit.

 

Se referant à toutes ces nuances, il ressort vraisemblablement que dans tout énoncé, il existe une espèce de « tension » entre le plan de l’expression et celui du contenu, « tension » qui conduit à une bipolarité syntaxique et sémantique (comme évoquée antérieurement), le tout aboutissant à un textus (texte) qui, aux dires de Hubert NYSSEN (1993 :15) est un tissu ou trame, c’est-à-dire un entrelacs d’éléments disparates qui ne peuvent se combiner que selon les modalités d’énonciation et les mutations des diathèses qui les accompagnent.

 

Or cette « toile » (Barthes 1973 :101) ne peut être opérée arbitrairement par simple association ou « additionnement ». Elle respecte une programmation pour le moins rigoureuse qui obéit elle aussi à des règles bien précises, tant sur le plan de la langue que sur celui du discours. C’est en cela qu’une étude portant sur les diathèses en rapport avec l’alternance modale nous a semblée nécessaire.

 

Au total, je constate que les énoncés ne sont pas de simples unités syntaxiques car en toutes circonstances leur configuration leur assigne des fonctions spécifiques qui restent et demeurent celles d’informer et de signifier. C’est donc fort opportunément que Antonio NARBONA JIMÉNEZ (1989 :112) pense que:

« No se trata de negar la pertinencia significativa de la estructuración sintáctica, incluso ha de sostenerse que debe seguir siendo prioritaria en el análisis, ya que las oposiciones funcionales han de tener, por fuerza, manifestación material ».

 

En souscrivant entièrement à cette vision, j’ajoute (pour terminer), que dans tout acte de communication, le choix judicieux des éléments est fondamental car l’incongruité affecte non seulement les paradigmes des morphèmes et des mots, mais aussi l’organisation syntaxique de la phrase. Les diathèses en toutes circonstances y jouent et joueront toujours un rôle déterminant dont il faut tenir compte et définir les contours à tout prix. Nous devons y faire très attention tant il est vrai que « La selección semántica no constituye prueba de nuclearidad sintáctica ». Gutiérrez ORDOÑEZ S (1997).

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

1- Academia, Real Academia Española ; Bosque, Ignacio, y Demonte, Violeta, dir. : (1999) Gramática descriptiva de la lengua española :Las construcciones sintácticas fundamentales ; Relaciones temporales, aspectuales y modales ; Madrid, Espasa Calpe.

2- Alarcos Llorach, E : (1980): Estudios de gramática funcional del español, Madrid, Gredos.

3- Barthes, R :(1973): Le plaisir du texte, Paris, Le Seuil.

4- Bosque I (1990b) : « Las bases gramaticales de la alternancia modal. Repaso y balances »en Indicativo y subjuntivo, Madrid, Taurus, págs 13-66.

5- Camprubi, M (1999) : Questions de linguistique romane contrastive ; espagnol, catalan, français, Toulouse, P.U.M.

6- Eluerd, R (1992) : Langue et littérature ; grammaire, communication, techniques littéraires. Paris, Nathan.

7- Gutiérrez Ordoñez; S (1997) : Principios de sintaxis funcional, Madrid, Arco/Libro

8- López García Ángel (1996 : 211) : Gramática del español : La oración simple ; Madrid, Arco/Libro

9- Martínez Gómez Ester (2003) « Las perifrasis verbales en español » in Revista Electrónica de Estudios Filológicos, Universidad de Murcia, junio 2003

10- Narbona Jiménez , A (1989) : Las subordinadas adverbiales impropias en español, Málaga, Agora.

11- Nyssen, H (1993) : Du texte au livre. Les avatars du sens, Paris, Nathan, « Le texte à l’œuvre ».

12- Petitot-Cocorda, J (1991) : « Syntaxe topologique et grammaire cognitive »,   Langages, 103, 97-124.

13- Pottier, B (1992) : Théorie et analyse en linguistique, Paris, Hachette Supérieur.

14- Tesnière, L (1969) : Eléments de syntaxe structurale, Paris, Klincksieck.

15- Weinrich, H (1989) : Grammaire textuelle du français, Paris, Didier/Hatier.

16- Wildgen, W (1982) : Catastrophe Theoretic semantics, Amsterdam, John Benjamins.

 

© George Victor Nguepi. Círculo de Linguística Aplicada a la Comunicación 21, febrero 2005. ISSN 1576-4737.

http://www.ucm.es/info/circulo/no21/modale.htm

 

clac 21/ 2005

 

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[1][1] Il faut se referer déjà à la définition que Bernard POTTIER (1992 :131) donne de la notion de voix ou diathèse. « La diathèse concerne l’orientation de la relation prédicative. Ceci suppose une base et un prédicat qui renvoie à trois variantes : attributive, moyenne, active » 

[2][2] La grammaire traditionnelle parlera de transposition (Alarcos Llorach (1980 :260-274)

[3][3] Nous ne pouvons parler de structures complexes sans évoquer aussi les structures simples qui en constituent d’ailleurs la base.

[4][4] Real Academia Española, Bosque, Ignacio, y Demonte, Violeta, dir.

[5][5] Nous renvoyons à cet effet aux travaux de M. IGLESIAS BANGO (1991) : La voz en la gramatica española, Universidad de Leon pp 18-19, notes 2 et 3.Mais chez TESNIERE (op. cit) la diathèse se présente comme des subdivisions d’une voix, en fonction du nombre d’actants auxquels renvoie un verbe. Cette position diffère considérablement de celle de l’Ecole typologique de Leningrade qui considère les voix comme étant des schèmes secondaires dérivés de chaque diathèse primaire. Toutes ces prises de position traduisent en quelque sorte la profondeur de la question.

[6][6] En plus des travaux de López García A dont nous nous inspirons abondamment, nous renvoyons sur le même thème aux analyses de Baez SAN José (1985) « Funciones semánticas oracionales »,L.E.A, VII pp 55-85. Egalement à Devis Márquez. P (1992) : « Algunos casos de neutralización en el nivel sintáctico oracional », Verba, 19, pp 257-274.

[7][7] Ici l’objet oblique ou prépositionnel que E. Alarcos Llorach (1980) désigne sous le vocable de suplemento  renvoie dans la tradition fonctionnaliste espagnole à un complément prépositionnel explicite et obligatoire (Ex :vive en Madrid)

[8][8] M. CAMPRUBI a mené une étude bien fouillée sur la question de la diathèse, en particulier la diathèse attributive. Dans sa perspective, faisant notamment allusion au verbe ser, il pense que c’est un degré intermédiaire de subduction qui donnerait le verbe copule (attributif au sens strict) et le degré maximal l’auxiliaire du participe passé (au passif), tandis que l’avant ou degré minimal serait celui de l’existentiel, le situatif étant un des cas d’emploi en discours de cette dernière valeur ou « position » sur l’axe.

[9][9] Pour les précisions d’ordre terminologique, rappelons que selon les auteurs, l’on peut parler de subordonnée substantive (M. Grévisse), de subordonnée complétive introduite par que (Robert Léon  Wagne et J. Pinchon), ou alors de subordonnée conjonctive pure (H. Bonnard).

[10][10] Cette théorie a été développée par W. Wildgen (1982) : Catastrophe Theoretic Semantic, Amsterdam, John Benjamins. Nous renvoyons également à J. Petitot-Cocorda « syntaxe topologique et grammaire cognitive », Langages, 103, 1991, 97-124.