05 septembre 2009
L'ANCIEN JESUITE QUI PENSE LE MUNTU
Eboussi Boulaga : l’ancien jésuite qui pense le Muntu Itinéraire et courants de pensée de l’homme à qui la communauté universitaire a rendu hommage samedi 25 juillet 2009 à l’amphi 700 du campus universitaire de Ngoa Ekelle. Il y a un rapport virtuel fort entre Eboussi Boulaga et les villages Bafia et Lablé. Dans le premier il y est né. Dans le second il y a passé son enfance. Son père catéchiste à Lablé, l’unique mission catholique de l’époque dans cette région, faisait partie des hommes cultivés de son temps. C’est ainsi qu’il a inculqué très tôt à ses enfants, le goût de la lecture des magazines chrétiens tels que « Pèlerin Magazine », journal des catholiques français de droite. La maman d’Eboussi Boulaga était une cultivatrice qui travaillait énormément les champs. Ce qui fait que pendant toute l’enfance, le temps de la fréquentation de l’école primaire à Lablé, la famille était au-dessus des besoins alimentaires. L’étape d’Efok qui suit où le jeune Fabien achève le cycle primaire est en fait une étape transitoire. Mais il ressort que l’attachement à Bafia et Lablé, reste sérieux, ne serait-ce que pour l’initiation à la vie du village dont Eboussi Boulaga jusqu’à ce jour semble garder les séquelles sur le plan de son subconscient. « Je suis longtemps resté au village aux côtés de mes parents. Cela évidemment m’a marqué. Après que je sois parti ailleurs pendant des années, mon retour au pays a commencé par un séjour pendant un temps dans mon village », raconte-il. De ce séjour au village à Lablé et Bafia sortira une formation humaine qui va plus tard entrer en dialogue avec la découverte d’autres formations. D’abord, celle de séminariste à Akono, où sont passés la plupart des hommes de sa génération, dans les années 40 et 50, et qui dirigent encore le Cameroun aujourd’hui. Ensuite la rencontre avec la Compagnie de Jésus où Eboussi Boulaga va puiser l’essentiel de sa formation intellectuelle. En fait, l’entrée dans les ordres religieux de grande envergure tels que la Compagnie de Jésus (jésuites), l’Ordre des frères prêcheurs (dominicains) n’était pas du tout évidente. C’était l’époque où dans la grande région apostolique de Yaoundé, feux les seigneurs François Xavier et René Graffin s’échinaient à former le clergé diocésain. Les « prêtres indigènes » comme on les appelait alors. Chez les jésuites, Engelbert Mveng, jeune fils Bene de la tribu Mvog Manga né à Enamgal, petit village localisé dans la région du Sud, le 9 mai 1930, en était le premier. Le fondateur de l’ancien collège Le Sillon à Yaoundé est le tout premier camerounais à entrer chez les jésuites en 1952. Avec évidemment la « malédiction » de Mgr Graffin qui voyait cette démarche de l’ancien petit séminariste d’Akono d’un mauvais œil. C’est à sa suite qu’arrive donc Eboussi Boulaga en 1955, après le cycle secondaire de philosophie à Otélé. Pour faire un jésuite, il faut 20 ans après l’obtention du baccalauréat. La première étape, celle par laquelle Fabien Eboussi Boulaga est passé, est celle du noviciat. A son époque cela se passait à l’ancien Congo belge, précisément dans un petit village de la province Kasaï occidental qu’on appelle Djouma. Aujourd’hui le noviciat des jésuites pour ce qui est la province de l’Afrique de l’Ouest qui part du Sénégal jusqu’en Centrafrique, se trouve à Bafoussam au Cameroun. Le noviciat de la Compagnie de Jésus dure deux ans. Pendant ces deux ans, le novice est formé à la spiritualité ignacienne, dont la grande spécificité se trouve dans les fameux exercices spirituels de saint Ignace. Il est question, pour le futur jésuite en formation, de passer une retraite de trois mois dans le jeûne et la prière. Et que tous les jours, à chaque seconde, chaque minute, chaque heure, dans tout ce que l’on fait on tourne son esprit et son âme vers Dieu. Il s’agit en fait d’un nettoyage, d’un dépouillage du cerveau et d’esprit de tout ce qui est contraire à Dieu. Ce qui fait que logiquement, à l’issue des trois mois que durent les exercices spirituels de saint Ignace, le jeune novice est comme lessivé spirituellement et devient un homme nouveau, capable d’affronter toutes les spiritualités et autres études intellectuelles dans la suite de sa formation. Celle-ci se poursuit après les vœux perpétuels par trois ans d’études littéraires dans une Université publique, puis trois ans d’études philosophiques couronnées respectivement par une licence en lettres, et une licence en philosophie. Après quoi, les supérieurs envoient le futur jésuite en « régence ». Il s’agit d’un vocabulaire purement jésuite, qui marque une période de stage, au cours de laquelle, le scolastique jésuite est amené à enseigner pendant deux ans dans un collège d’enseignement secondaire tenu par les jésuites. C’est le cas par exemple de Libermann à Douala au Cameroun, ou encore le collège François Xavier à N’djaména. Après la « régence » suivent des études de théologie en anglais pendant quatre ans. Au bout de la troisième année, le scolastique jésuite est ordonné diacre. Et un an après, la Compagnie de Jésus l’accompagne dans son village pour l’ordination sacerdotale. Mais, bien qu’étant prêtre, l’ancien scolastique n’est pas encore jésuite plein. Il lui faut encore aller suivre ce qu’on appelle chez les jésuites, des études particulières. Il s’agit par exemples, de la philosophie politique, de toutes les branches des sciences sociales, des sciences nucléaires, bref, d’importants compartiments des domaines de la connaissance scientifique. Cette période dure au moins trois ans. Avant l’étape de l’enseignement universitaire pour une période de deux ans. Après quoi, la Compagnie de Jésus qui a pris le temps d’observer celui qui jusque-là était candidat à la vie de jésuite, lui demande alors d’aller terminer sa formation par une troisième année de noviciat. Le fameux « troisièmement » bien connu dans le vocabulaire jésuitique. Là, le prêtre jésuite est entre autres initié à la compréhension de la marche du monde, notamment par l’étude minutieuse des organisations, des sectes qui menacent la foi de l’église catholique. Genre, franc-maçonnerie, rose-croix, et tous les mouvements intellectualistes. C’est donc à l’issue du « troisièmement » que celui qui devient alors jésuite plein prononce ses vœux officiels. A ce moment, la Compagnie de Jésus le reçoit officiellement et s’engage à être à ses côtés jusqu’à la mort. Pensée saisissante Le Pr Eboussi à qui la communauté intellectuelle a rendu hommage samedi dernier, a eu exactement tout cet itinéraire. Avec la différence que, à son époque, la formation était encore plus approfondie. Notamment par des solides études gréco-latines qui font de lui aujourd’hui l’un des grands connaisseurs dans ce domaine de la connaissance classique. …Dans l’esprit de la Compagnie de Jésus, Eboussi Boulaga est jésuite à vie. Nonobstant le fait qu’il s’est volontairement mis à l’écart de cet ordre. La rupture est officiellement arrivée en 1980. Même si dès 1979, son départ de la Compagnie était pratiquement consommé. C’était en Côte d’Ivoire où il enseignait depuis 6 ans la philosophie à l’Université de Cocody à Abidjan. Le retour au Cameroun arrive en 1984. Après une période de ressourcement dans ses villages Lablé et Bafia, Eboussi Boulaga est recruté à l’ex-Université de Yaoundé où il va poursuivre son métier d’enseignant jusqu’en 1994. Avant de devenir professeur associé à l’Université catholique d’Afrique centrale. Mais entre temps, Eboussi Boulaga aura été enseignant à la prestigieuse Université américaine Harvard, puis à Hambourg en Allemagne. Avant l’intégration des activités de société civile, d’abord avec le Gerdes Afrique, puis le Codesria. Apôtre de Platon, Aristote, Epicure… Hormis cette professiond’enseignant qui aura déterminée sa vie, dans le domaine de la philosophie, le Pr. Eboussi Boulaga a un rapport fort avec l’écriture. C’est certainement à ce niveau qu’il traduit toute sa pensée intellectuelle. C’est vrai que enseignant de philosophie, Eboussi Boulaga s’est énormément familiarisé avec les présocratiques de la philosophie grecque. Mais il a aussi enseigné Platon, Aristote, Epicure et plus proche de nous, Hegel dans la « phénoménologie de l’esprit ». Pour ce qui est de la philosophie moderne, ou contemporaine, Eboussi Boulaga est l’un des grands explicateurs de Wittgenstein, Anna Arendt (origine du totalitarisme) et John Rawls (la théorie de la Justice). En réalité ce qu’on retient de cet homme à l’humilité désarmante, c’est qu’il est désormais objet de pensée et d’étude. « La crise du Muntu » apparaît ainsi comme l’œuvre majeure de celui que l’on peut à juste titre considérer comme l’un des plus grands intellectuels camerounais. Il s’agit de la problématique du questionnement de la dimension ontologique de l’homme africain. Dans son entièreté et sa place dans l’histoire. « Christianisme sans fétiches » qui suit n’est en fait que la suite initiée du questionnement intellectuel de l’ancien jésuite qui pense le Muntu, c’est dire l’homme africain. Quel sens peut-on donner en son âme et conscience au christianisme dans un contexte de domination ? C’est bien de cela qu’il s’agit. Un questionnement non encore achevé aujourd’hui. Ainsi vu, Eboussi peut apparaître dans la société ambiante comme un homme redouté. Pour le philosophe qui pense chaque jour le réel, notre société est en déphasage avec ceux qui la gère. C’est pour cela qu’avec le pouvoir, Eboussi Boulaga n’a pas nécessairement besoin de dire quelque chose à ceux qui conduisent la vie de la nation camerounaise. Son rôle est de réfléchir sur les problèmes de son temps. Que ceux qui tiennent le pouvoir au Cameroun et qui veulent absolument le garder ad vitam æternam, l’écoutent ou pas, comme cela se passe sous d’autres cieux, n’est pas le plus important. Il n’écrit pas pour les ministres. Même pas pour le président la République. Encore moins pour la bande de ses nombreux courtisans. Ce qui est utile c’est de savoir que des Hommes comme Eboussi Boulaga font partie d’une génération d’Hommes de science qui ont une rigueur intellectuelle accentuée qui ne supporte pas le mensonge. C’est en cela que la pensée de cet homme formé à la dure école des jésuites, mérite d’être étudiée comme cela a été le cas samedi dernier. Par Jean François CHANNON Le 28-07-2009
21 juin 2009
Hommage à SEVERIN CECILE ABEGA & JEAN MARC ELA
Terroirs - revue africaine de sciences sociales et de philosophie APPEL À CONTRIBUTIONS TERROIRS N°3/4 2009 Hommage à Sévérin Cécile Abéga et à Jean-Marc-Ela L’année 2008 a été marquée dans le champ intellectuel par le décès de deux personnalités importantes dans le dans les sciences humaines et sociales :Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela. Terroirs (Revue africaine de sciences sociales et de philosophie) leur rend hommage à travers le numéro 3-4/2009. Les auteurs sont invités à revisiter leurs oeuvres et leurs contributions en historiographie, en anthropologie et en sociologie sur les plans théoriques, épistémologiques et pratiques. Dans cette perspective quatre principaux axes sont retenus pour ce numéro double qui leur est consacré : Axe 1 : villes et villages, pauvreté et exclusion Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela se ressemblent par la diversité et la richesse de leurs productions scientifiques. Outre cela, leur proximité avec les plus faibles, les moins entendus, leur a permis de mettre en évidence la complexité de nos sociétés, les problèmes auxquels elles sont confrontées et les enjeux autour de l’amélioration des conditions de vie des populations. Leur contribution va au-delà de la production de savoirs Il s’agit dans ce premier axe d’aborder à travers leurs publications, leur contribution respective sur le plan méthodologique et épistémologique dans la recherche dans les sciences sociales et humaines. Axe 2 : le développement comme idéologie et comme réalité Axe 3 : Sexualité, pouvoirs, violences et religions Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela abordent ces Thèmes privilégiés de l’anthropologie et de la sociologie à travers le terrain africain et Camerounais en particulier. Pour ce troisième axe, les auteurs sont invités à examinés les contributions théoriques et pratiques des travaux de Sévérin-Cécile Abéga et de Jean-Marc Ela. Axe 4 : Didactique de l’enseignement de la sociologie, de l’anthropologie et de l’histoire en Afrique Sévérin-Cécile Abéga et Jean-Marc Ela sont aussi des pédagogues préoccupés par l’enseignement de leur discipline dans les universités. Dans leur approche, ils militent pour une adéquation entre les enseignements dispensés et l’environnement social et culturel. À titre d’exemple, Introduction à l’anthropologie sociale et culturelle de Sévérin-Cécile Abéga et Guide pédagogique de formation à la recherche pour le développement en Afrique de Jean-Marc Ela sont des ouvrages qui s’inscrivent dans cette perspective. Les auteurs sont invités à faire une lecture de ces ouvrages partir de leurs expériences dans le domaine de l’enseignement universitaire. Les textes soumis à Terroirs doivent être dactylographiés et adressés par courrier électronique à : Les notes sont situées en bas de page (procédure d’appel de note à partir du logiciel Word). Les articles proposés ne peuvent dépasser 5.000 mots. Ils sont impérativement accompagnés d’un résumé en français et en anglais de 400 mots au maximum ainsi que d’une série de mots-clefs, en français et en anglais. Les nom (s) et prénom (s) des auteurs des articles proposés sont accompagnés de leur titre et de leur adresse institutionnelle ainsi que d’une adresse électronique. Conventions bibliographiques et typographiques Police : 12 points, Times New Roman. Interligne : 1,5 Les conventions générales pour la bibliographie sont les suivantes : Livres : NOM Prénom (initiales), titre complet en italique, lieu d’édition, éditeur, année d’édition, nombre de pages. Articles : NOM Prénom (initiales), « titre complet entre guillemets », titre de la revue (en entier et non abrégé), catalogue, actes... (En italique), date, numéro, pagination. Contributions à des ouvrages collectifs : NOM Prénom (initial), « titre entre guillemets », dans NOM et Prénom (initiales) [dir.], titre de l’ouvrage, catalogue, actes, mélanges... (Initial), lieu d’édition, éditeur, année d’édition, pagination. Date limite de réception des contributions : 31 septembre 2009 -Réponse du comité d’évaluation aux auteurs : 31 octobre 2009
dans le cadre de recherches commanditées. Elle se trouve dans leur capacité respective à se réapproprier des problématiques et à les analyser en fonction de leur pertinence sur le plan local. Dans ce cadre une perspective à examiner est leur contribution sur le plan épistémologique dans les sciences humaines et sociales. L’appréhension des objets de recherche, leur construction, les concepts mobilisés par ces auteurs et leurs analyses sont autant de champs dans lesquels l’on se propose d’examiner leurs oeuvres et les principales contributions dans les sciences humaines et sociales.




