02 mars 2009
OUTRAGE AU PRESIDENT BIYA
Une nouvelle lettre ouverte. Que de lettres! Que d'interpelations! Les armoires sont pleines, comme les coeurs des Camerounais, des thèmes de la détresse, des mots d'amour pour que la raison règne un jour sur le Cameroun. Mettre un homme en prison parce qu'il émet une remarque de désolation. Emprisonner un chef de famille, affamer ses enfants pour une remarque! Nous sommes simplement au Cameroun. Le pays de "la paix social" aux milliers de réfugiés politiques et économiques. En lisant ces mots de Puis N Njawe, les phrases de George Orwell (1984) résonnent: "La guerre c'est la paix. La liberté c'est l'esclavage. l'ignorance c'est la force." N.T
Editorial de Pius N. Njawe
Excellence, Monsieur le président de la République,
Au moment où je retourne au Cameroun après un court séjour professionnel à l’étranger, j’apprends que Monsieur Fube Roland Fonwi Tita, professeur de l’enseignement du second degré dans le sous-système éducatif anglophone, est toujours détenu à la prison centrale de Yaoundé. J’avais en effet entendu parler de son arrestation au moment où je quittais le pays, mais j’avais classé cela dans le registre de la rumeur, tant le motif qui circule dans l’opinion est simpliste et ridicule. En réalité, je n’y ai pas cru. Mais au fur et à mesure que la date du 05 mars 2009 approche, jour prévu pour une nouvelle audience de l’affaire au tribunal de première instance de Yaoundé – centre administratif, je sens monter en moi la fièvre et ressens en même temps la tension dans le corps social, en tout cas chez ceux qui défendent les droits de l’homme. D’où l’urgence de vous écrire, Monsieur le président de la République, afin que le Cameroun et particulièrement vous-même ne ratiez pas l’occasion de passer à côté de votre propre cri.
Selon les informations en notre possession, M. Fube Roland Fonwi Tita a été arrêté à bord d’un taxi le 30 janvier dernier, alors que vous reveniez de Libreville. Le véhicule devait le conduire à Nkolmbong où l’attendaient des élèves de la Christian comprehensive high school où il enseigne. Il s’est demandé pourquoi vous ne pouviez pas prendre l’hélicoptère à partir de l’aéroport pour éviter de bloquer la ville au moment où vous passez. Un homme qui l’écoutait a obligé le taximan à les conduire à la direction nationale de la police judiciaire, à la présidence de la République, au secrétariat d’Etat à la défense, avant de le remettre entre les mains de la justice où il a été mis sous mandat de dépôt le 04 février 2009 et envoyé à la maison d’arrêt de Kondengui avec pour motif “ outrage au président de la République ” et autres. Sans assistance. Nous apprenons aussi qu’on lui a posé des questions sur un projet d’attentat contre les autorités avant de l’obliger à signer un procès-verbal indiquant, entre autres, qu’il est sans-emploi.
Si ces données sont exactes, c’est qu’il s’agit d’une violation flagrante des droits de l’homme en plein cœur de la capitale. Vous savez vous-mêmes, M. le président, que lorsque vous sortez ou entrez au Palais de l’unité, la capitale est bloquée au niveau du grand rond-point de la Poste centrale. Ce qui entraîne la paralysie des voies de circulation qui débouchent sur le centre-ville. La ville est donc divisée en deux, aucun automobiliste ne pouvant franchir la ligne de balkanisation circulatoire. Je ne connais pas de Camerounais sérieux qui ne se plaint pas – même si c’est dans son cœur – de cette situation. Car combien de fois, confrontés à la rigueur insensée de la police, beaucoup n’ont pas pu honorer leurs engagements de la journée parce que le président passe ? Imaginez donc le trou que cela creuse chez les créateurs de valeur ajoutée !
Monsieur le président de la République,
La question de votre transport par hélicoptère est une véritable préoccupation. Vous devez y songer d’urgence, sinon Kondengui pourrait se remplir de citoyens qui osent s’interroger sur votre traversée de la ville. Quand vous arriviez au pouvoir au début des années 1980, vous affirmiez, notamment le 22 mars 1985 à l’ouverture du congrès de Bamenda qui accoucha du Rdpc, qu’au “ Cameroun, il n’est plus nécessaire d’entrer au maquis, de quitter sa famille ou de prendre le chemin de l’exil pour exprimer ses opinions. ” Vous aviez à l’époque marqué un grand coup dans le cadre de ce que l’on appelait alors l’ouverture démocratique. Dans les médias, vous affirmiez que vous voudriez que l’on retienne de vous l’image de l’homme qui a apporté aux Camerounais la démocratie et la prospérité.
Oui, c’était bien dit. Bien dit parce que là, par la parole de son chef, le Cameroun ne se mettait plus en porte-à-faux avec sa loi fondamentale. En son préambule, celle-ci stipule en effet : “ Le peuple camerounais affirme son attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Charte des Nations unies, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples […] Nul ne peut être inquiété en raison de ses origines, de ses opinions ou croyances […] ” D’où vient-il donc qu’aujourd’hui encore on en soit à fouler aux pieds ces principes universels inscrites dans la Constitution de notre pays ?
On pourrait ici répondre, au regard de ce qui est reproché à M. Fube Roland Fonwi Tita, que le problème n’est pas le fait d’avoir exprimé des opinions. Dans le chef d’accusation, il y a un “ et autres… ” qui apparaît. Et puis, l’on apprend qu’il a subi un interrogatoire sur un probable coup d’Etat en préparation. C’est vrai, les services de sécurité de la République doivent être vigilants à tout moment ; ils doivent traquer tout ce qui peut mettre en péril la paix dans un pays comme le nôtre. Des rumeurs de coups d’Etat ont effectivement circulé et vos services de renseignements, on le sait, sont en état d’alerte. Mais pensez-vous, même si cette rumeur avait quelque fondement, que le taxi soit le milieu le plus propice pour l’expression des opinions des protagonistes de ce coup ? Pensez-vous que le relais idéal des données sur ce coup soit un professeur plein d’avenir qui ne demande qu’à gagner sereinement sa vie sans être contrarié par des contingences – routes barrées par exemple – qui lui font perdre des sous ?
Monsieur le président de la République,
Rappelez-vous que des ordres ont souvent été donnés pour ramener de grands assassins, généralement sous la pression extérieure, et que les personnes rapidement présentées par la police ou la gendarmerie n’étaient pas les bonnes. Vos services de sécurité travaillent peut-être, M. le président, mais rappelez-vous qu’ils n’ont pas les meilleurs résultats du monde : Limbe, Ahala, Mbrodong, Garoua-Boulaï … sont là pour vous convaincre que ces gens sont très souvent hors sujet. Le tribunal a dit qu’il ne pouvait pas juger sans entendre d’abord les témoins. Voilà une position sage. Mais qui sont les témoins ? En attendant de les retrouver, ce professeur doit-il rester en prison ? Jusqu’à quand ? Et sa famille ? Et ses élèves ? … Nous pouvons affirmer que l’on assiste là à une sorte d’arbitraire dont l’absurdité n’a d’égal que l’univers kafkaïn. De ce point de vue, on évolue vers un procès en sorcellerie.
En un mot comme en mille, M. le président, je ne crois pas qu’il faille encore douter que vous avez, avant tout, entre les mains, un cas de violation flagrante de la liberté d’expression. Ce cas s’ajoute à beaucoup d’autres, célèbres : Lapiro de Mbanga toujours interné à la prison centrale de Douala – il était dans le viseur depuis qu’il avait chanté la “ Constitution constipée ” – et Joe la Conscience qui avait lancé la campagne Don’t touch my Constitution et engagé une marche, puis une grève de la faim dans le dessein d’infléchir votre désir de faire modifier la disposition constitutionnelle sur la limitation des mandats présidentiels.
En affirmant sa volonté d’écouter d’abord les témoins, la justice vous donne là une occasion en or de laver votre pouvoir des salissures dans lesquels les services de renseignements veulent davantage le noyer. De grâce, ne donnez plus le loisir à ces services de retourner le couteau dans la plaie encore béante de la société camerounaise aujourd’hui meurtrie par le désespoir.
Un conseil, M. le président, faites libérer M. Fube Roland Fonwi Tita.
Salutations patriotiques !
Pius N. NJAWE
CEO
Free Media Group
BP 5925, Douala – Cameroun
Email: pius.njawe@freemediagroup.info
24 décembre 2008
AUX DEPUTES DU NORD CAMEROUN
Une ambiance nauséabonde. Une ambiance de règlement de compte plane sur le Cameroun. Quand en toute "bravitude" suicidaire, dans le sud de l'Afrique, dans le Zimbabawe, un homme s'accroche désespèrement au pouvoir, quitte à être le dernier Zimbabwéen débout, au Cameroun un drôle de détricotage s'amorce. Les députés du parti au pouvoir dans la rue pour manisfester contre le régime. Il fallait vivre pour voir cela. Ils n'ont pas eu la bonne part. Ils veulent montrer leurs muscules face à un pouvoir qui s'accroche contre vents et marées. Un pouvoir qui persiste dans la culture de la médiocrité. Cette interpellation du journaliste et acteur social illustre parfaitement la décrépitude de l'outil étatique.
Je vais orienter la réflexion de ce dernier article de l’année 2008 dans trois directions
1- l’attitude des députés du peuple
2- les détournements de biens du peuple
3- une prise de position claire sur les perspectives évolutives de notre pays. Ce que le peuple attend des députés
Une information relayée par la presse et bien recoupée par nos soins fait état de ce q
ue les députés nordistes ont décidé de tout boycotter si l’on ne donnait pas la priorité du recrutement aux étudiants de cette partie du territoire national. Le pouvoir a tremblé et comme chaque fois que « son pouvoir » est ébranlé, le Chef de l’Etat a réagi avec une inhabituelle célérité. Les instructions auraient donc été immédiatement données pour que tous les dossiers des « nordistes » soient retenus. Des indiscrétions disent d’ailleurs que « Paul BIYA » pilotait personnellement le dossier.
Ça va encore durer combien de temps ce chantage politique exercé par certains compatriotes ? Est-il possible de continuer à vivre ensemble dans ces conditions ? Il me souvient que dans les années 70, nous étions Sali DAIROU et moi élèves au lycée technique de Douala. Il se rappelle que tout lui était gratuit. Il avait un billet d’avion aller/retour. Il était automatiquement admis à l’internat qu’il ne payait pas, y compris la restauration. Il disposait d’une bourse. Moi je me débrouillais au quartier. Nous nous souvenons que nous avions un camarade fort brillant, nommé TASSIOBE Lucas originaire du Grand- nord. Il était major en série E. C’était un génie. Qu’est-il devenu ?
Sali est entré à l’ENAM par le biais des mêmes privilèges ; puis après un itinéraire administratif bien huilé, il est passé Ministre. Plus de trois décennies plus tard, Sali, tu continues de penser que ton fils doit bénéficier des mêmes privilèges que toi et le mien connaître les mêmes déboires que moi ? Ce n’est pas sérieux.
Je voudrais que tu te souviennes que cette politique partisane n’a pas été favorable au septentrion. La raison principale en est que pour le père de cette approche, de gestion des ressources humaines, l’objectif n’était pas le développement du grand nord. Il s’agissait d’avantage d’actes politiques ponctuels. Amadou Ahidjo n’a pas beaucoup pensé à l’ avenir dans ce secteur, comme son successeur d’ailleurs. Il a orienté le recrutement des ressortissants du grand nord vers l’armée et l’administration. Les autres corps de métier ayant été abandonnés aux sudistes. Il me souvient d’ailleurs qu’à cette époque lorsqu’on voulait punir un fonctionnaire on l’affectait dans le nord. C’est exactement au même jeu que vous vous livrez en ce moment.
Vous faites du populisme et du clientélismeclientélisme. Ça ne rendra service ni aux jeunes camerounais originaires des régions septentrionales ni au Cameroun. Imaginez que les enseignants qui sont majoritairement du sud décident de ne pas enseigner les enfants du grand Nord. Ou encore que les députés du Grand Sud mettent la pression pour que les jeunes du sud soient prioritaires dans les institutions de formation du Sud ?
Retenez en tant que député du peuple que le Cameroun n’est qu’un hameau du village planétaire et que pour gagner les rudes batailles à venir que nous impose la mondialisation /globalisation nous devons disposer d’une élite compétente, voire compétitive. Nous devons envoyer les meilleurs dans ces combats. J’ai parlé de TASSIOBE qui, bien qu’originaire du grand nord, ce génie des mathématiques a sombré dans l’oubli d’une politique tribaliste voire clanique, qualifié pompeusement d’équilibre régionale. L’idéal si on veut vraiment appliquer cette politique c’est de fixer des quotas et d’effectuer les concours le même jour dans chacune des régions du pays, de corriger le même jour et publier les résultats suivant le mérite. Si chaque député doit confectionner ses listes, à quoi cela sert-il de faire des concours ou des études de dossiers ?
Au mois de janvier 2008, des partis politiques, des associations et des syndicats décidés à combattre la modification de la constitution, m’avaient confié la tête d’un mouvement dénommé la Coordination pour la Défense de la Démocratie et de la Constitutionnalité (C2DC). J’ai eu l’opportunité d’entrer en contact avec les réalités du grand nord. J’ai eu à dénoncer publiquement les comportements obscurantistes des élites « du grand nord » y compris la mégalomanie de certaines.
C’était lors d’une communication à Garoua sur invitation de mon ami ABOUBAKARABOUBAKAR Ousmane MEY, président de l’association Justice Plus. Il lancé à l’époque une action pour le retour de la dépouille du premier chef d’Etat camerounais. J’étais pour le retour officiel des restes d’Amadou Ahidjo, à condition qu’ils soient inhumés à Yaoundé capitale du pays. Qu’un mausolée soit instauré pour tous nos héros. Qu’il fasse partie du patrimoine national et non nordiste. Sinon cela restera « une affaire de famille ».
J’avais également déploré le fait que le « grand nord » soit coupé du grand Sud. Cameroon Tribune arrive à KOUSSERI dans le meilleur des cas 72 heures après. Il n’existe pas de radio privée pas d’université privée. Et pourtant ce n’est pas l’argent qui manque à cette élite qui a d’ailleurs bénéficié d’avantages énormes. Qui a obtenu des crédits sans garanti et souvent sans remboursement. Allez à NGAOUNDERE vous y trouverez certainement l’un des palais les plus somptueux d’Afrique. On parle de plus de 11 milliards enterrés ici. Pourquoi ne pas faire comme les SIANTOU, NDI SAMBA, KAPTUE ? Pour ne citer que ceux-là ? Dans le « grand nord » il existe des problèmes spécifiques qui intéressent peu nos députés. Nous y sommes encore à l’époque médiévale avec l’omniprésence et l’omnipuissance des lamidats. La pratique de l’asservissement et de l’esclavage y est présente et permanente.
Quelques enseignements sont à tirer
Les députés d’une manière générale ne savent pas ce que le peuple attend d’eux. L’unité tribale affichée face à la question du recrutement à l’école normale de Maroua jette de graves soupçons sur la capacité de notre parlement à défendre les intérêts nationaux. Les jeunes de toutes les régions du pays sont confrontés aux mêmes réalités quotidiennes. Il y a donc là la démonstration de la légendaire « solidarité nordiste », tout parti politique confondu. Face à la question des tracteurs destinés aux organisations paysannes et détournés par les membres du gouvernement et assimilés on ne les a pas entendu.
Nous savons maintenant que les députés sont bien capables d’infléchir les actions du Gouvernement et de l’Exécutif. Ils sont restés indifférents à la revendication principale du peuple qui est le retour des fonds déposés dans les banques étrangères par les détourneurs. Ce sont les complices de l’action gouvernementale.
L’empressement avec lequel le président de la république a réagi montre qu’il voudrait encore se présenter pour 2011. Sinon cette pression n’aurait aucun effet sur lui. En effet voici le message de Sali DAIROU au chef de l’Etat : « M. le président, allez dire au Président de la République que nous adhérons à sa politique. Nous l’avons soutenu hier et nous le soutiendrons encore demain. D’ailleurs il est notre candidat en 2011. Mais nous ne pouvons pas cautionner cette politique de marginalisation et d’exclusion que certains membres du gouvernement sont entrain de mener vis-à-vis du Grand- nord ». Et Paul BIYA a cédé à ce chantage politique abject. Mon cher Sali tu sais bien que Paul BIYA ne peut plus tenir longtemps. Lorsque nous serons en face, personnes de même génération, sur quel clavier joueras tu ? Ce petit chantage qui ne profite qu’au petit groupe que vous constituer va encore durer combien de temps ? Pensez-vous à bâtir une nation ?
Il est bon que l’on se dise la vérité. Quelles que soient nos origines culturelles nous sommes d’abord camerounais. Nous n’accepterons pas que notre beau pays affiche un jour le spectacle désolant qu’offre la plupart des républiquettes africaines, gouvernées par des roitelets au profil républicains douteux. Appuyés généralement par une élite clientéliste et bassement tribale. Des prédateurs vivant sur la dépouille des peuples paupérisés et volontairement maintenus dans l’obscurité. Ils ne transformeront pas notre pays en un champs de batailles ou de guerre tribalo/ethniques meurtrières telles que nous les observons dans la sous région. Nous combattrons jusqu’au dernier souffle cette élite, s’adonnant avec un cynisme satanique au détournement des richesses du peuple.
Pillages qui se répercutent avec une violence inouïe sur les conditions de vie des citoyens : chômage massif des jeunes toutes origines confondues, inexistence d’un système de santé cohérent, incapable d’endiguer le paludisme. Ne parlons pas des autres endémies et pandémies qui sont en balade de santé chez nous. Déficit chronique de l’habitat décent (plus de trois millions de logements). Cette situation déjà catastrophique est doublée ces deux dernières années par le déguerpissement sauvage des populations. Sans souci de leur recasement. Une insécurité alimentaire grandissante, du fait d’un manque de vision dans l’approche stratégique de lutte contre la crise alimentaire ; mais aussi et surtout du fait d’une corruption quasi institutionnelle qui sévit au MINADER.
Stratégie de corruption
Elle consiste en fait à mettre tout le monde dans « le coup ». Y compris le chef de l’Etat. On se souvient qu’il y a environ deux décennies, le chef de l’Etat, face à la pression des musulmans, avait du renoncer publiquement à une parcelle que l’on lui avait fourgué à l’époque. C’est la stratégie de compromission.
Ainsi, INGWAT II aurait planté 200 hectares de palmier à huile à MVOMEKA. Pour le suivi des plantations du Chef de l’Etat on n’a pas trouvé mieux que d’y affecter le directeur général du CENEMA, entreprise stratégique de promotion de l’outil agricole. Celui-ci sera viré pour mauvaise gestion semble-t-il mais maintenu à la tête de l’institution. Le résultat est là. Le CENEEMA est absent de la stratégie agricole. Apparemment l’homme est fatigué, physiquement diminué. Dans la même veine, des dons japonais en camions, auraient été orientés à MVOMEKA. Le Président le sait-il ? Cette stratégie consiste, à exhiber « le don » au supérieur hiérarchique comme un passeport pour le laisser aller. Souvenons – nous d’ONDO NDONG et la fondation Chantal BIYA ou encore SIYAM SIWE et les campagnes RDPC.
Nous ne nous tairons pas. Nous n’admettrons jamais que le tribalisme, le népotisme ou l’appartenance à quelque secte soit les repères de l’excellence et/ou de la compétence. Je vous souhaite joyeuses fêtes de noël et de nouvel an. Nos vœux de Santé, de prospérité et que Dieu bénisse le Cameroun.
Joseph Marie ELOUNDOU. Journaliste Acteur Social
Un autre outil stratégique de sécurité alimentaire connaît une inertie scandaleuse. C’est l’office céréalier. Veut-on vraiment combattre la crise alimentaire ? La question qui reste lancinante est celle de savoir si le Président veut vraiment être le promoteur de la démocratie et de la prospérité. Si oui comment expliquer que lorsque la société civile manifeste et revendique pour que des tracteurs détournés par des personnalités bien connues soient remis au peuple, que les leaders de cette société civile soient mis aux arrêts tandis que les coupables ne courent aucun risque.
24 août 2008
LES BAMILEKE, ET ENCORE LES BAMILEKE
"Le tribalisme n'existe pas, mais il tue. Plus il est dépourvu de fondements, plus il se fait virulent et se déchaîne."
Eboussi Boulaga. Lignes de résistance, Clé, 1999.
Il est difficile de faire croire que la situation actuelle du Cameroun est le seul fait d'une tribu. La destruction systématique des instruments de développement du Cameroun durant les 27 dernières années est à mettre sur le compte d'une clique au pouvoir. Le principal responsable, Paul Biya, à la tête du pays, est issu du Sud-Cameroun. Les membres les plus influents, dans le Nord comme dans le Sud du parti-Etat RDPC ne sont pas tous des Boulou ou des Beti? La paupérisation actuelle épargne-t-elle la province d'origine du chef de l'Etat? Les Boulou qui bombaient le torse au début des années 1980, affirmant haut et fort leur pouvoir, ont-ils aujourd'hui le retour attendu. Le livre "scandale" de Ateba Eyené pose les premiers points d'interrogation. Pourtant, ces même Boulou n'évitent pas le piège du Bouc émissaire. Ils considèrent toujours qu'ils sont victime des Bamiléké, même quand ils ont l'illusion de contrôler les rênes du pouvoir politique. En 1956 à Ebolowa et Sangmelima, en 1966 à Tombel, 1992 dans l'ensemble du Sud, pour ne citer que les points reconnus par l'histoire. Nous ne citerons par les appels au meurtre des présidents de Football après des matches de Football perdus dans la province de l'Ouest Bamiléké. Dire que le gouvernement de Paul Biya, compte en son sein, un homme nommé Mama Fouda, ministre de la santé, chef de file de l'épuration ethnique dans le Mfoundi, est déjà donner une meilleure qualification de la situation du Cameroun. Mais une question reste entière. Pourquoi toujours les Bamiléké? Ces derniers sont-ils des étrangers? Ils comptent pourtant des ministres influents dans le gouvernement de Paul Biya. A cette question, Puis Njawé ne répond pas. Il a la pudeur de croire que la dénonciation des incongruités d'un régime en perdition amène à prévenir des tragédies. Merci pour son courage.
N.T
A LA CROISEE DES MACHETTES...
Puis N. Njawé
A la fin de la première tournée qu’effectua Paul Biya en tant que chef d’Etat dans les dix provinces camerounaises en mai 1983, l’élite du Mfoundi, alors menée par Emah Basile, n’avait trouvé rien de mieux à offrir au nouveau président en tournée dans leur village, qu’une machette et un chasse-mouche. C’était le 11 juin 1983 devant le gratin politique, administratif, diplomatique et traditionnel réuni à l’esplanade de l’hôtel de ville de Yaoundé à l’occasion de la dernière étape de cette tournée. Geste hautement significatif dans le contexte politique de l’époque, marqué par le bicéphalisme entretenu par Ahidjo à la tête de l’Etat, et plaçant pratiquement sur le pied de guerre les originaires du Grand sud, fortement mobilisés pour défendre ce qu’ils considéraient alors comme « leur pouvoir ». A quoi l’illustre hôte aura cette réponse malheureuse : « Je saurai m’en servir », empruntant même au chef de guerre israélien cette explication devenue consacrée : « Qui veut la paix prépare la guerre ».
Neuf ans plus tard, à l’occasion de l’élection présidentielle de 1992, commença à Ebolowa la chasse aux « allogènes ». Armés de machettes et autres armes blanches, les populations autochtones entreprirent de casser, de piller et d’incendier les biens des « Anglos-bamis » soupçonnés d’intelligence avec le SDF de Ni John Fru Ndi et l’Union pour le changement, qui avaient proclamé le leader charismatique vainqueur de ladite élection présidentielle devant Biya. Le mouvement s’intensifia, contraignant certains membres des communautés grassfields de la région à plier bagages, et touchant même certains quartiers périphériques de Yaoundé. Un illustre ministre de la République monta alors au créneau et déclara à la Crtv que le gouvernement encourageait les citoyens de Yaoundé de s’armer de machettes pour parer à d’éventuelles attaques, ajoutant même que jamais le marché de la machette ne s’était bien porté que depuis que cet appel avait été lancé. Faut-il le rappeler, cette dérive faisait suite à un autre appel insistant lancé et réitéré chaque matin sur les ondes de Radio Centre, la station provinciale de la Crtv, invitant les populations à barrer la voie aux « étrangers » qui voulaient les spolier de leur « pouvoir ». Une véritable « radio mille collines » à la camerounaise, en fait !
La fameuse « Déclaration des forces vives du Mfoundi » rendue publique lors des émeutes de février 2008, de même que celle des chefs sawa datant de la même époque, s’inscrivent dans cette logique tribale ici encouragée par le pouvoir comme stratégie politique. Où des dignitaires et autres hauts cadres de la République prônent la loi du Talion, promettant de « répondre désormais aux coups par coups », non sans inviter « fermement tous les prédateurs venus d’ailleurs, de quitter rapidement et définitivement (leur) sol, car ils n’y seront plus jamais en sécurité… ». Que de tels propos soient tenus dans un pays où l’on se dit émancipé et où l’on dit construire une nation est inimaginable, déjà. Mais qu’aucune sanction ou tout au moins des mesures disciplinaires ne soient prises à l’encontre des auteurs est tout à fait inadmissible. Comment en effet des gens qui appellent à la haine tribale contre des compatriotes qui n’ont pas choisi de naître dans telle région ou telle autre, peuvent-ils bénéficier d’une telle impunité tant de l’autorité de l’Etat que de la société toute entière ?
Comment dès lors s’étonner que des supporters décident de s’attaquer à de paisibles citoyens parce que leur club de football aurait été victime d’injustice de la part des instances dirigeantes de la FecafootFecafoot dont ceux-ci ne sont même pas membres ? Ce qui s’est passé à AkonolingaAkonolinga mercredi dernier est la conséquence logique de toute la préparation psychologique décrite ci-dessus, et constitue à notre sens une interpellation forte à l’endroit des pouvoirs publics ainsi mis devant leurs responsabilités. Il faut que, pour une fois, des sanctions exemplaires soient infligées aux coupables des actes criminels enregistrés dans cette localité, dont l’assassinat d’un « commerçant » qui a reçu un coup de … machette (certains parlent de hache) sur le crâne, l’incendie de plusieurs maisons et commerces appartenant à des gens bien ciblés, et dont le seul crime est d’être originaires de l’Ouest. Pourquoi donc les adeptes de la machette ne vont-ils pas exercer leur art à Bakassi où la rébellion met désormais en déroute une armée camerounaise qui a plus que besoin de rescousse, ainsi que le démontre dans la présente édition de votre journal une interview exclusive que celui qui se présente comme l’un des chefs de cette rébellion a bien voulu nous accorder ?
Nous voici donc à la croisée des machettes. Et l’Etat doit prendre ses responsabilités, disons-nous, afin que force reste à la loi. Ne l’oublions pas : le génocide rwandais avait commencé comme cela, comme un jeu, et le commerce des machettes devint un des plus florissants… Avis donc à cette élite-là qui produit des discours pouvant conduire à la dérive, aux autorités qui laissent faire, aux hommes politiques qui ne jouent pas franc jeu, et surtout, à la justice qui devrait plus que jamais être vigilante.
Le messager Le 21-07-2008
25 juin 2008
Une réponse à Achille Mbembé
Chasse à l’étranger en Afrique du Sud : Une réponse à Achille Mbembe
Dans les deux dernières semaines du mois de Mai 2008, l’Afrique du Sud a connu une crise sociale grave. On a compté plus de 40 morts, plusieurs centaines de blessés, près de vingt mille personnes déplacées et dépossédées de leurs biens. Des femmes ont été violées. La chasse à l’étranger s’est faite à la machette et à l’arme à feu. Le gouvernement a eu recours à l’armée pour ramener l’ordre. Une image de l’Afrique du Sud, autre que celle que nous connaissions jusque-là, est apparue, suscitant ici et là, des analyses et des commentaires dont celui d’Achille Mbembe.
Sous un habillage progressiste, les thèses de Mbembe sont fondamentalement réactionnaires : Elles tendent à réduire cette crise sociale à une bouffée xénophobe, à un accès de sauvagerie des déclassés sociaux des villes sud-africaines, incapables de s’adapter à la nouvelle société sud-africaine caractérisée par le cosmopolitisme et une compétitivité économique impitoyable. La horde des déclassés sociaux, bouffis de haine, ont fondu sur les étrangers et les ont “ cannibalisé ” à la manière des bons sauvages.
La montée en puissance de la xénophobie est due à ‘’ la haine de soi et du semblable, et au profond mépris de la vie si caractéristique de la conscience victimaire et blessée propre aux masses populaires des villes sud-africaines’’.
Les lumpens-prolétaires sud-africains, véritables attardés sociaux sont incapables “ de voir en le tiers, le visage du semblable, d’imaginer ce que signifie avoir quelque chose en commun ”
Xénophobie, retour brutal de la sauvagerie refoulée, conscience victimaire, inaptitude à la pratique de l’éthique cosmopolite et attardement économique des couches populaires expliquent la crise du soi-disant modèle sud-africain. On le voit donc : Ni la façon dont a été soldé le contentieux de l’apartheid, ni le pouvoir d’Etat, ni le modèle économique néo-libéral ne sont en rien responsables de la crise.
Mépris des pauvres et stigmatisation des couches populaires
La tonalité lexicale des mots que Mbembe mobilise dans sa narration du fait social et de l’urbanisation en Afrique du Sud, pour qualifier les couches de déclassés fait frémir et montre la haine et le mépris qu’il nourrit à leur égard : “ …ivres, sans travail, bandes de criminels armés, violeurs de femmes, cruels, gens totalement superflus, parasites, déformateurs du visage des principales villes sud-africaines… ”. sans commentaires.
Les couches populaires sont assimilées à la racaille, à quelque chose d’étrange. Ils constituent le siège de l’instinct primitif, de la pétulance propres aux sauvages. Ils n’auront de salut que s’ils se soumettent à une cure de civilisation afropolitaine préfigurée par la Nation “ Arc-en-ciel ”. Bref, ils doivent être heureux, afropolitains dans la misère la plus abjecte et l’indignité. Mbembe, n’hésite pas à malmener certaines idées et concepts historiques jusqu’à en chasser l’esprit, pour faire passer, à moindre frais, sa haine des pauvres sud-africains. Pour vendre sa camelote afropolitaine dont la récente crise vient de sceller la vacuité, il entreprend de dénigrer le nationalisme noir et le panafricanisme, en limitant leurs horizons à une solidarité raciale creuse. Tout comme son cosmopolitisme se contente d’être la captation informelle d’une main d’œuvre corvéable à merci et d’une immigration moyenne qualifiée, motivée par la recherche exclusive de la réussite personnelle. Tout ceci, dans le cadre juridique des Etats-nations qui sacralise pourtant la frontière c’est-à-dire la distinction entre l’étranger et le national.
Il ne sert pas à grand-chose de convoquer les banalités du genre “ … Dans le reste du continent avant la colonisation, les migrations étaient la norme. Le brassage des populations à la faveur des guerres, des échanges commerciaux, des transactions d’ordre religieux où des alliances étaient la règle … faire société consistait essentiellement à tisser des chaînes de parenté et à nouer des dettes, que ces dettes et cette parenté soient fictives ou réelles… ”, en taisant volontairement cette vérité fondamentale que ce brassage s’opérait dans une économie non capitaliste.
Que dire du silence de Mbembe lorsque le gouvernement sud-africain renforce les patrouilles aux frontières, multiplie les rafles et les expulsions par train de milliers de ‘’clandestins noirs’’, pratiques qu’il dénonce bruyamment lorsqu’elles ont lieu en France ? Ces clandestins doivent être certainement des Martiens.
Cette discrimination dans la dénonciation entre la chasse à l’étranger effectuée par l’Etat sud-africain et celle à laquelle se livre les populations déclassées des villes sud-africaines, renseignent suffisamment sur l’hypocrisie intellectuelle de Mbembe. Assurément, les couches populaires payent très cher chez lui, pour avoir brisé la vitrine derrière laquelle “ …était en train de naître une forme de fusion culturelle inédite, sous-bassement d’une modernité afropolitaine… ”
La fin du compromis post-apartheid
Pouvait-il en être autrement ? Dès lors que, pour masquer des stratégies de classe, l’on a absolutisé le soi-disant modèle arc-en-ciel présenté comme l’horizon indépassable en Afrique du Sud. Que la réalité politique et sociale contredise la belle idée ! les idéologues du ‘’modèle sud-africain’’ ont les pieds bien solides sur terre. La Pauvreté de masse, le déclassement politique des classes populaires, l’explosion des inégalités sociales etc… sont plutôt, pour ces idéologues (donc Mbembe), une attestation de la pertinence politique du modèle sud-africain.
Ce que le pouvoir sud-africain a vendu au monde comme étant le modèle arc-en-ciel, s’avère une escroquerie politique et historique que la réalité a fini par rattraper : En vidant le contentieux de l’apartheid de son contenu économique et social, pour la limiter à la reconnaissance des droits politiques et civils des noirs sur laquelle l’on apposa la façade symbolique et éthique de la commission ‘’Vérité et réconciliation’’, la classe dirigeante au pouvoir créait non seulement l’embryon socio-politique, mais programmait le développement de la situation que tout le monde déplore aujourd’hui.
Ce que Mbembe feint d’ignorer, en affirmant grossièrement que la race créait la classe, c’est que l’apartheid n’était que la face idéologique infâme d’un régime colonial et prédateur, mis en place par les migrants blancs. Que le racisme d’Etat, parce que plus visible, ait relégué à l’arrière plan, la question de l’appropriation sauvage par les migrants, des ressources du sol et du sous-sol sud-africain, n’autorise pas de nier que le racisme d’Etat était d’abord de la rapine économique avant d’être une affaire politique et sociale. Séparer la dimension économique de son pendant politique et social, dévoilait une démarche de classe qui privilégiait les intérêts de l’élite de l’Anc et (sa clientèle économique, sociale et intellectuelle) actuellement au pouvoir au détriment de ceux des couches populaires.
A l’actif de notre thèse de l’apartheid comme étant essentiellement un Régime d’expropriation matérielle des noirs, nous faisons remarquer que, dès lors que le pouvoir raciste blanc s’est rendu à l’évidence que l’apartheid politique n’était plus tenable, il sauvegarda l’essentiel de ses privilèges économiques en cédant le pouvoir d’Etat à l’élite de l’Anc acquise à l’idée d’un “ compromis pragmatique ” avec les blancs. Nous ne pouvons pas expliquer ici les ressorts politiques, psychologiques, et culturels de l’acceptation facile par les Mandela (bien que nous ayons du respect et de l’estime pour lui) Mbeki et Cie, du nouveau rôle historique que leur assignait la bourgeoisie blanche. Nous notons simplement que la bourgeoisie blanche et le nouveau pouvoir noir ont misé et instrumentalisé jusqu’au bout le gisement symbolique constitué par la commission “ Vérité et réconciliation ”, le mythe de la nation arc-en-ciel et l’illusion d’une pleine jouissance des droits civils et politiques parmi les populations noires, pour reporter sans fin, le solde de la facture sociale. S’ils n’avaient auparavant parier sur une régulation naturelle de l’épineuse question de l’arriération et de la dépossession sociale des couches populaires. Les récentes violences sociales sonnent la fin de ce “ compromis pragmatique ” post-apartheid.
Pour un langage de vérité
Faut-il juger un Régime politique à l’aune de ses belles idées et promesses proclamées ou sur les résultats de ses choix politiques ?
Le “ compromis pragmatique ” avec la bourgeoisie blanche, a conduit l’Afrique du sud au bord du chaos social. Une gouvernance démocratique (au sens réel du terme) est désormais quasi-impossible en Afrique du sud. La généralisation de la misère, le déclassement politique des classes populaires sous fond d’inégalités sociales intolérables, 40% de chômage se conjuguent pour faire de l’Afrique du Sud, l’une des terres par excellence, de l’apartheid économique et social au monde.
Malgré cela, Mbembe semble nous dire que tout ceci est une étape nécessaire pour atteindre la modernité cosmopolite et afropolitaine. Or le modèle sud-africain tel qu’il fonctionne, ne peut pas aboutir à une société véritablement cosmopolite sauf si le concept ne signifie pas la même chose pour tous.
Le cosmopolitisme, la mixité ne se confondent pas avec la juxtaposition accidentelle de populations venues d’horizons divers et attirées par les mirages de la richesse économique. Il est une construction consciente qui ne peut résulter que d’une option politique résolument socialiste et démocratique. L’on voit donc la contradiction qu’il y a à proclamer une société cosmopolite (dans laquelle, il est possible pour les uns et les autres, de voir en le tiers, le visage du semblable) dans le cadre d’une économie néolibérale de marché. Dans celle-ci, les richesses sont produites pour la gloire du profit et non pour satisfaire les besoins sociaux. Une minorité de milliardaires blancs vont continuer de s’enrichir tandis que quelques milliardaires noirs vont surgir ici et là, se la couler douce alors que l’immense majorité crève de misère et d’indignité. Le cosmopolitisme se nourrirait donc d’injustice et d’inégalités sociales. L’afropolitanisme, son cousin germain, serait la couche de vernis idéologique de l’apartheid économique et social. Certes le président Mbeki met à son bilan, l’émergence d’une classe d’entrepreneurs et d’affairistes riches et noirs, la consolidation et l’élargissement des droits civils avec la légalisation du mariage homosexuel (le vice devient une vertu). Il est pourtant clair que tout cela participe d’une stratégie dont l’affaiblissement des classes populaires est l’objectif politique, au moment où elles demandent des comptes au pouvoir.
Revenons à l’essentiel. Le soi-disant modèle sud-africain à lamentablement échoué. Il aboutit à un nouvel apartheid. Peut-on parler de communauté de destin, lorsqu’on s’accommode d’un tel niveau d’inégalités sociales comme c’est le cas en Afrique du Sud ? Comment qualifier, sinon de barbarie, le fait de laisser des millions de gens sans travail, sans éducation, sans logis décent ? Peut-on sincèrement “ aimer ” l’étranger si on méprise tant les nationaux ? les financiers et autres multinationales qui pompent sur le dos des travailleurs sud-africains, des super-profits, qui sont très à l’aise dans cette société inégalitaire à mourir, ont certainement bien assimilé l’afropolitanisme. Dans un espace marqué par la misère de masse et la concentration du pouvoir politique et économique, le risque d’une dégénérescence xénophobe est très élevé lorsque la présence d’étrangers dépasse un certain seuil. En Afrique du sud, la concentration du pouvoir politique et économique, la misère de masse donc la xénophobie, son corrollaire, sont générées par le régime du capitalisme néo-libéral. Il ne s’agit point de cautionner la xénophobie. Nous la condamnons fermement parce qu’elle n’est point une solution. Pour autant, quelles alternatives, la société sud-africaine actuelle, offre t-elle aux pauvres et aux faibles ?
Lorsque la direction de l’Anc mobilisait les classes populaires comme chair à canons durant la lutte contre l’apartheid, personne n’aurait pu les traiter de sous-hommes comme le fait Mbembe. Les classes populaires attendent de profiter, ici et maintenant, des retombées de la fin de l’apartheid. Il ne suffit pas d’aligner de belles phrases moralisantes, pour revendiquer une épaisseur éthique, à même de permettre le déni des droits économiques et sociaux des classes populaires. Les thèses de Mbembe visent à dédouaner le pouvoir de Mbeki, à faire porter le chapeau de la crise aux cadets politiques et sociaux et à les livrer en pâture à l’opinion internationale. On comprend que le pouvoir sud-africain soit dans un désarroi politique et idéologique sans précédent. Il n’arrive pas à produire une théorie qui légitimerait son exercice honteux du pouvoir. Les Mbembe et Cie tentent donc de disqualifier à l’avance toutes les thèses qui aspirent à prendre en charge le sort des couches populaires d’Afrique du sud, en essayant de rayer de la carte sociale, la figure du prolétaire, au nom de l’irruption sur la scène, “ d’une classe de gens superflus, … pas exploitables. ” L’Afropolitanisme est donc une idéologie des puissants, des riches et leur clientèle sociale. La façon cynique avec laquelle Mbembe lit l’évolution post-apartheid des centres urbains sud-africains, trahit les intérêts qu’il sert. Il fait mine de conjurer l’avènement d’un pouvoir populiste autour d’un homme fort, en soutenant paradoxalement un Régime qui promeut et gère la guerre sociale contre les classes populaires. Or un tel Régime a de grandes chances d’accoucher d’un néofascisme sécuritaire qui va renvoyer aux calendes grecques, la question centrale de la pleine jouissance des droits économiques et sociaux par l’immense majorité des Sud-africains. Est-ce pour cela que des millions de sud-africains se sont longtemps battus et ont renversé le régime raciste de Prétoria?
Secrétaire administratif du Manidem Chargé du Mouvement social
Par BANDA KANI*
13 juin 2008
LA VITRINE SUD AFRICAINE.
Afrique du Sud : la vitrine se brise
29 mai 2008 Par Achille Mbembe
Le Gauteng est la région la plus riche d’Afrique du Sud. C’est ici qu’est située Johannesburg, la plus moderne, la plus puissante et la plus racialement mixte des métropoles africaines. Depuis le début des années 1990, cette immense ville-région fondée par des migrants venus de diverses parties du monde en 1896 à la suite de la découverte des mines d’or du Witwatersrand est devenue la nouvelle frontière du continent.
Au cours du dernier quart du XXe siècle, l’écroulement de l’apartheid et le passage à la démocratie aidant, de nouvelles vagues de migrants en provenance du reste de l’Afrique sont venues s’ajouter à ce complexe social et urbain déjà fort bariolé. Dans cette mini-New York, mini-Sao Paulo et mini-Los-Angeles à l’échelle de l’Afrique, l’on retrouve aujourd’hui presque toutes les nationalités du monde
Bouffée xénophobe
Beaucoup sont originaires de pays en guerre, divisés contre eux-mêmes ou en proie à l’incurie et à la gabegie d’élites prédatrices et (ou) séniles. Si certains sont en quête de refuge, d’autres viennent dans l’espoir d’échapper à des situations de misère chronique et de corruption endémique. Nombreux sont ceux qui, entrés illégalement dans le pays, mènent depuis lors une existence précaire et quasi-clandestine, soumis qu’ils sont à un harcèlement permanent des autorités sud-africaines et sans cesse menacés d’arrestation et de déportation.
Cette «immigration de bas de gamme» s’est développée parallèlement à une autre, faite de cadres africains hautement qualifiés et d’élites que l’on retrouve dans des domaines aussi variés que la finance, les médias, les télécommunications et les nouvelles technologies, les universités, les cabinets internationaux d’expertise et les grandes firmes commerciales.
Il y a moins de dix jours, tout semblait encore, du moins en apparence, indiquer qu’à Johannesburg était en train de naître, pour la première fois sur le Continent, une forme de fusion culturelle inédite, sous-bassement d’une modernité afropolitaine.
Mais voilà que depuis plus d’une semaine, l’Afrique du Sud vit des scènes de violence et de cruauté que l’on croyait typique des pays arriérés.
On parle d’une bouffée xénophobe. De fait, près d’une cinquantaine de non-nationaux (Zimbabwéens, Mozambicains, Malawites) ont d’ores et déjà été tués, souvent dans des conditions d’une extraordinaire sauvagerie. Chassés des lieux qu’ils occupaient, à peu près vingt mille autres migrants ont perdu le peu qu’ils avaient, et leur vie est désormais plus précaire encore qu’elle ne l’a jamais été.
La vitrine s’est donc brisée et l’image d’un pays qui se voulait jusqu’alors le symbole d’une Afrique debout, non-raciste, cosmopolite et ouverte sur le futur a été irrémédiablement ternie.
Survenant à la suite d’incidents à répétition au cours desquels plusieurs commerçants somaliens avaient déjà trouvé la mort dans la région du Cap et dans le bidonville d’Atteridgeville, non loin de la capitale Prétoria, les attaques criminelles dirigées par des noirs sud-africains contre les gens d’origine africaine ont également mis à nu le mythe de la solidarité raciale dont se revendiquent, depuis le XIXe siècle, les courants dominants du nationalisme noir et du panafricanisme.
De façon tout à fait ironique, l’éruption en cours a commencé dans le bidonville d’Alexandra, haut-lieu de la lutte anti-apartheid, aux portes du célèbre quartier des affaires de Sandton.
Des gens qui, récemment encore, subissaient les affres d’un État raciste qui n’hésitait pas à verser le sang des Noirs ont choisi de passer eux-mêmes à l’acte.
Allant de porte à porte, la horde a procédé à l’éviction brutale de la plupart des non-nationaux. Armés de poignards, de machettes et de gourdins, des jeunes gens pour la plupart ivres et sans travail, ont détruit par le feu tout ce sur quoi ils pouvaient mettre la main. Sur fond de chants de l’époque de la lutte de libération, mais aussi de cris, de sarcasmes et de railleries, ils ont contraint les étrangers qui vivaient en leur sein à la fuite, tandis que femmes et enfants, avec ou sans papiers, trouvaient refuge dans le commissariat de police local.
Le mouvement s’est ensuite propagé dans les immenses poches de pauvreté qui ceinturent la ville et menacent de l’étrangler - de l’East Rand à Diepsloot, de Primrose à Ekurhuleni jusqu’aux portes de Hillbrow et de Jeppestown, deux des plus grandes concentrations de non-nationaux dans tout le pays.
Pendant le weekend, l’on a assisté à d’horribles scènes de cruauté rappelant les heures sombres de l’état d’urgence des années quatre-vingt. Ici et là, l’infâme «supplice du collier» a réapparu. Utilisée à l’époque contre les «traîtres» et les «informateurs», cette technique consiste à faire incendier, vivant, la victime – n’importe laquelle - au kérosène.
Profitant du désordre et de l’incertitude si caractéristique de la vie sud-africaine aujourd’hui, des bandes de criminels armés sont venues s’ajouter à la meute. Ensemble, les deux groupes ont pillé ce qu’il était possible de piller. Puis, après avoir brutalisé les hommes, ils ont violé un nombre indéterminé de femmes et tiré à bout portant sur des forces de l’ordre dont l’incompétence et la vénalité sont notoires, l’institution policière et les services du ministère de l’intérieur sud-africains constituant au demeurant des rouages essentiels dans le harcèlement quotidien dont les Noirs d’Afrique sont victimes dans ce pays.
Un pays transnational
Les raisons de ce déchaînement de violence sont les mêmes que celles que l’on avance partout ailleurs dans les mêmes circonstances : «Ils prennent nos maisons, nous volent nos emplois et nos femmes». «Ils parlent des langues étranges». «Ils ne nous respectent pas». «Ils sont à l’origine de notre pauvreté». «Ils sont responsables de la hausse de la criminalité». «Ils ont le teint plus noir que nous autres».
Or, la présence des étrangers en terre sud-africaine n’est pas nouvelle. Comme dans le reste du Continent avant la colonisation, les migrations étaient la norme. Le brassage des populations à la faveur des guerres, des échanges commerciaux, des transactions d’ordre religieux ou des alliances était la règle. L’essaimage était la forme dominante de la mobilité. «Faire société» consistait essentiellement à «faire réseaux», à tisser des chaines de parenté et à nouer des dettes, que cette parenté et ces dettes soient réelles ou fictives.
C’est la raison pour laquelle, loin de constituer des unités closes, les entités ethniques sud-africaines sont si enchevêtrées aussi bien sur le plan culturel, linguistique que territorial puisque des rapports étroits les unissent non seulement entre elles, mais aussi à leurs pairs du Mozambique, du Zimbabwe, du Botswana, du Lesotho ou du Swaziland.
L’immigration européenne à partir du XVIIe siècle, l’importation de la main-d’œuvre servile dans la région du Cap, l’implantation des Indiens dans le Natal au début du boom sucrier, voire des Chinois au début de l’ère industrielle dans le Witwatersrand – tout cela a largement contribué à faire objectivement de l’Afrique du Sud un pays transnational, même si, l’apartheid aidant, il ne s’est jamais reconnu comme tel.
Ce caractère transnational ira s’accentuant au cours de la première moitié du XXe siècle avec l’afflux des Juifs, puis à partir du milieu des années soixante-dix avec l’arrivée des ex-colons portugais fuyant le Mozambique et l’Angola, les ex-colons rhodésiens après l’indépendance du Zimbabwe, et des minorités en provenance d’Europe de l’Est.
Au fond, depuis la découverte des mines d’argent de Kimberley et surtout des mines d’or dans le Witwatersrand à la fin du XIXe siècle, les frontières réelles de l’Afrique du Sud s’étendent du Cap au Katanga, les apports européen et asiatique dilatant davantage encore l’identité de ce pays et lui assignant une dimension transversale, transnationale et pluriculturelle que peuvent revendiquer bien peu de nations modernes.
Race, mobilité et lutte pour la survie
Pour créer et augmenter ses richesses, l’Afrique du Sud a toujours dépendu du travail des étrangers. À l’époque de l’industrialisation, une partie importante de la main-d’œuvre dans les mines était recrutée dans toute l’Afrique australe. À l’intérieur du pays, le travail saisonnier et migrant a lui aussi constitué l’une des technologies-clé du processus de prolétarisation.
Dépossédés de leurs terres et déchus de leur citoyenneté, les Noirs sud-africains étaient relégués dans les bantustans, sortes de réserves indigènes où la lutte pour la reproduction était des plus sévères. Ils ne pouvaient séjourner que temporairement dans la ville blanche. L’institution du laissez-passer permettait de contrôler leur mobilité au sein d’une économie capitaliste où la race produisait la classe tout en bloquant autant que possible l’émergence de la conscience du même nom.
Le travail saisonnier et migrant d’une part et, de l’autre, la relégation des Noirs sud-africains dans les réserves contribuèrent de façon décisive à l’implosion des structures familiales urbaines. Les liens communautaires furent atrophiés. La culture du petit entreprenariat et de l’initiative individuelle fut brisée, lorsque la liberté de faire du petit commerce ne fut pas abolie par la loi.
Mais surtout naquit une culture de la dépendance et de l’assistanat qui, aujourd’hui encore, pèse lourdement sur les conduites, hypothéquant les capacités des Noirs sud-africains à tirer parti des nouvelles conditions dans lesquelles se déroule désormais la lutte pour la survie en milieu urbain.
Pour les Noirs sud-africains, la fin de l’apartheid est donc synonyme d’accession de plein droit à la ville. Le démantèlement des lois racistes rend possible la liberté de mouvement et la liberté de résidence. Mais – fait capital - il est également à l’origine d’un double mouvement migratoire interne et externe dont les conséquences sociales et politiques sont loin d’avoir été mesurées.
Sur le plan interne, le régime d’apartheid commence à s’écrouler dès le début des années quatre-vingt, à un moment précisément où, la crise de production dans les bantustans s’aggravant, l’État raciste n’est plus capable de sceller hermétiquement ses frontières internes, de contrôler la mobilité des Noirs, d’intensifier leur exploitation par le capital tout en affermissant la ségrégation raciale.
C’est alors qu’une masse de gens sans travail, à peine éduqués et sans autre moyen de survie que la petite prédation commence à quitter les campagnes et à se déverser dans la périphérie des grands centres urbains, rendant dès lors impossible tout effort de planification urbaine, défigurant au passage le visage des principales villes sud-africaines, provoquant la fuite des classes moyennes blanches et noires dans des quartiers résidentiels (suburbs)ou dans des enclaves protégées par des compagnies privées de sécurité, et ouvrant la voie à des pratiques de survie qui accordent une place privilégiée au crime.
La formidable lutte pour les ressources qui, jusqu’à présent, était difficilement contenue dans les bantustans, se déplace dans le contexte urbain où arrivent, presqu’au même moment, des milliers d’immigrants illégaux en provenance du reste du Continent.
Du coup, les Noirs sud-africains font face, pour la première fois, non plus à leurs oppresseurs d’hier, mais à d’autres migrants (pour la plupart mieux éduqués qu’eux, disposant d’une pratique de la ville et habitués à ne rien attendre de l’État) venus d’autres pays d’Afrique et avec lesquels ils sont immédiatement en compétition, notamment dans le secteur informel, espace privilégié de la lutte pour la survie, ou encore dans le domaine du logement, de l’emploi, voire simplement l’occupation d’un bout d’espace dans des camps de fortune qui ne cessent de s’allonger.
Haine de soi et haine du semblable
Ces camps de la pauvreté s’étendent à perte de vue et ceinturent toutes les grandes métropoles d’Afrique du Sud. Zones où se mêlent le droit et le non-droit, la maladie, la mort prématurée et la lutte sans pitié pour la survie, ils constituent des poudrières et menacent objectivement la stabilité du pays.
C’est dans ces non-lieux que s’est déplacée une bonne partie de la violence sociale caractéristique des années d’apartheid. À plusieurs égards, l’État n’y est présent que par les réseaux de la corruption tissés au détour du système des subsides aux indigents (social grants) mis en place par l’ANC au milieu des années quatre-vingt-dix dans l’espoir de juguler la pauvreté.
Mais la violence des Noirs sud-africains contre des Noirs d’autres pays d’Afrique est le symptôme d’une crise bien plus grave encore, que la fin de l’apartheid n’a fait que cacher. Celle-ci a trait à la profonde haine de soi et du semblable et au profond mépris de la vie si caractéristiques de la conscience blessée et victimaire. Les ressorts historiques de cette haine de soi et de ce mépris de la vie sont à chercher dans les longs siècles de déshumanisation dont l’Afrique du Sud, Noirs et Blancs, ont fait l’expérience et desquels ils sont encore loin d’être sortis.
Les dommages psychiques et physiques infligés aux Noirs par le pouvoir blanc pendant ces siècles obscènes a laissé des traces vivantes chez les uns comme chez les autres. C’est tout le pays qui est encore jonché de moignons – ce mélange de stupéfiante beauté, de cruauté et de laideur de l’esprit si typique des lieux que le démon humain a, à un moment donné, choisi d’habiter. Littéralement, le pays reste fracturé, couvert des stigmates de la Bête, le dieu-au-cul-de-chèvre que fut, ici, le racisme d’État, et dont on peut encore voir l’effigie dans le paysage, dans l’architecture, dans la manière dont les villes sont construites, les noms des rues et des avenues, les statues, les manières de parler des uns et des autres, l’impossibilité pour les uns et pour les autres de voir en le tiers le visage du semblable, ou simplement d’imaginer ce que cela peut vouloir dire d’avoir, quelque part, quelque chose en commun.
En dépit de taux de croissance économique élevés, l’Afrique du Sud reste confrontée au phénomène corrosif qu’est la pauvreté de masse. Celle-ci touche en majorité les Noirs même si apparaissent de plus en plus, ici et là, des poches de «pauvres blancs». Plus grave encore, le pays est peuplé d’une classe de gens totalement superflus qui, au regard des besoins actuels de l’économie et de ses transformations prévisibles, ne présentent aucun intérêt puisque, strictement parlant, ils ne sont simplement pas «exploitables», et encore moins producteurs de quelque valeur ajoutée que ce soit. Aujourd’hui, etre «prolétaire» est un luxe que bien peu de gens peuvent s’offrir.
Depuis 1994, le gouvernement a mis en place deux dispositifs extrêmement couteux dont le but est, non d’éradiquer la pauvreté en tant que tel, mais de la soulager. Il s’agit d’une part des subventions sociales pour les indigents (social grants) et d’autre part d’un mécanisme complexe d’accès à des services sociaux minimum tels que le logement. Mais ces mécanismes sont gangrenés par une corruption rampante à laquelle s’ajoute la rareté de cadres compétents.
Une véritable guerre sociale est en cours. Chaque année, environ 18 000 personnes sont victimes d’accidents de circulation. À peu près 50 000 autres perdent leur vie, victimes de crimes de toutes sortes. Le chiffre annuel des morts relatifs à l’épidémie de sida s’élève à près de 100 000. Le crime est si rampant et si lourdement présent dans la vie de tous les jours que n’importe qui peut perdre sa vie n’importe quand, n’importe où et pour n’importe quelle raison. Il n’existe de sécurité pour personne, et la violence revêt des formes de plus en plus brutales, de plus en plus prédatrices et de plus en plus sadiques. Le sentiment d’émasculation est si fort chez la plupart des hommes que plus de 50 000 femmes et jeunes filles font l’objet, chaque année, de viols.
Plus que tout autre facteur, la criminalisation rampante de l’ordre social, ajoutée à une croissance exponentielle de la corruption, représente la menace la plus directe contre l’ordre politique sud-africain. Que la transition démocratique soit, pour l’essentiel, bloquée ne fait qu’aggraver cette menace. Depuis 1994, le système politique n’a guère fait l’objet d’une profonde déracialisation. Il n’existe, en ce moment, aucune perspective d’alternance. Bien que déchirée par des luttes intestines, l’ANC est, de facto, le parti hégémonique – ce qui accroît le risque de confusion entre l’Etat et le parti. Progressivement, les intérêts objectifs de la nouvelle classe dirigeante et des classes moyennes noires se distinguent de ceux des classes subalternes – vivier à la disposition des forces populistes tentées par le mirage d’un pouvoir et d’un «homme fort».
Ceci dit, la violence contre les migrants d’origine africaine a fait l’objet d’une condamnation sans appel de l’ensemble de la société sud-africaine. D’ores et déjà, dans les universités, parmi les intellectuels et au sein de multiples associations civiques, s’esquisse un contre-mouvement. Ce dernier cherche à réaffirmer la vocation panafricaine de l’Afrique du Sud, son ancrage au reste du Continent et son attachement aux valeurs d’hospitalité sans lesquelles la victoire contre l’apartheid perdrait de son universalité. Plus qu’aucun autre pays, l’Afrique du Sud a largement contribué, au cours des dix dernières années, à la consolidation des institutions interafricaines, à la résolution des conflits dans bien des pays, et à la consolidation d’un agenda et d’une politique africaine des relations internationales. La présence économique de l’Afrique du Sud dans le reste du Continent est considérable même si cette présence relève souvent du mercantilisme pur et simple. Pour l’heure, le pays représente toujours l’unique chance qu’a le Continent de se tenir debout par lui-même.
Né au Cameroun, Achille Mbembe enseigne l'histoire et les sciences politiques à l'université de Witwatersrand à Johannesbourg, en Afrique du Sud. Il est l’une des figures les plus originales et les reconnues de la pensée postcoloniale contemporaine. Auteur du livre De la Postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine (première édition 2001), son œuvre explore les imaginaires postcoloniaux à partir d’une réflexion qui mêle philosophie et psychanalyse.
16 avril 2008
CELESTIN MONGA. LE PROCES DU REGIME BIYA
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03 avril 2008
PROBLEMES CAMEROUNAIS DE L'HEURE
A la lumière de l'actualité nationale marquée par la reprise imminente de " l'opération Epervier ", les interrogations sur un hypothétique réaménagement du Gouvernement, les incertitudes qui planent sur les dernières privatisations de
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Il faut le dire pour le regretter amèrement : certains conservateurs ne sont pas des exemples à
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Ils sont
"Si tu couves, c'est parce que ça pourrit " : telle est, àn'en pas douter, la maxime à énoncer aux dirigeants du Rdpc en cette veille de déploiement sur le terrain d'un grand
Pour ces excellences tapies au Palais, cette
PAUL BIYA EMBARRASSE
Par cette
Ils emboîtaient le pas à sa prise de
MECONNAISSANCE DU CAMEROUN PROFOND
Surprises, les plus hautes personnalités du régime l'auront véritablement été. Elles n'en croyaient pas leurs yeux, encore moins leurs oreilles, en apprenant le rejet du projet présidentiel par la population.
Naturellement, elles avaient prévu que John Fru Ndi, histoire de continuer à jouer les opposants farouches au régime, allait se lancer dans quelque agitation. En revanche, il n'avait nullement été envisagé, par elles, que les gens plus " ordinaires ", émettent les plus grandes réserves devant ce projet. Pour tout dire, les excellences d'Etoudi sont tombées de haut. Pour l'heure, elles redoutent, à présent, une mobilisation semblable à celle qui s'était produite, en 1991, lors du débat sur la tenue, ou non, d'une "Conférence Nationale Souveraine ", et qui s'était traduite par les fameuses opérations mémorables des " villes mortes ".
Les évènements de ces derniers jours sont un sanglant avertissement. Ceci dénote une chose, les pontes au sommet du pouvoir, au Cameroun, ont décroché, depuis bien longtemps, de la réalité du pays qu'ils dirigent. Ils ne sont plus en phase, du tout, avec le pays réel. Ils ont bâti leur Cameroun à eux, un Cameroun totalement imaginaire, à travers leur
MELEZ-VOUS DE VOS AFFAIRES
Manque de chance pour le régime, même l'étranger ne partage pas son avis. On se souvient de la sortie médiatique de l'ambassadeur des Etats Unis d'
Nous condamnons régulièrement la modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels dans d'autres pays, tel le cas du Nigeria, et déconseillons tout effort visant à réviser la Constitution lorsqu'une telle démarche pourrait être perçue comme étant destinée à servir les intérêts d'un individu ou d'un groupe". Réaction du régime : "ingérence dans les affaires intérieures du Cameroun ". Quoi qu'il en soit, cette prise de position, suivie de la réaction énergique du gouvernement camerounais, n'est pas du tout de nature à rasséréner ce dernier. Face à cette situation,
Lancer la campagne d'explication, ou l'annuler ? Maintenir la décision de procéder à une modification de la constitution, ou y renoncer ? Pas simple du tout, d'autant plus que les Américains ont, au fil des ans, développé la fâcheuse manie de lier leurs sous à leurs prises de position. En d'autres termes, dès lors qu'ils s'opposent à la réforme constitutionnelle en préparation, il y a tout lieu de redouter qu'ils n'annulent quelques financements en cours. Déjà, ils annoncent l’annulation d’une vingtaine de milliards dans le cadre du Millénium Chalenge Account.
Les thuriféraires du régime se faisaient les gorges chaudes, tout récemment, en annonçant, triomphalement, que le président américain, dans sa tournée africaine, ne pouvait pas manquer de faire escale au Cameroun. Niet ! Bénin, Tanzanie, Rwanda, Ghana, Libéria, zéro Cameroun. Et pourtant, aucun des dirigeants de ces pays, à l'instar du Cameroun, n'avait eu son chef de l'Etat aux côtés de Georges Bush la veille du déclenchement de la guerre de l'Irak. Quelle ingratitude. Affaire à suivre…
© 2008 La Cité
25 mars 2008
SEVERIN CECILE ABEGA POSE SA PLUME
Séverin Cécile Abega est mort. Anthropologue et écrivain.
Le monde de la recherche vient de perdre l'un de ses membres.
L'écrivain et anthropologue camerounais Séverin Cécile Abega est décédé dans la nuit de lundi à mardi à Yaoundé à l'âge de 52 ans des suites d'une maladie, a-t-on appris auprès de son entourage.
Né en 1955 dans le sud du Cameroun, Séverin Cécile Abega était l'auteur de nombreux ouvrages et s'était notamment rendu célèbre avec la publication, en 1982, du recueil de nouvelles "Les Bimanes", peinture caustique de la société camerounaise, devenu un classique étudié par les lycéens du pays.
Docteur en anthropologie, discipline qu'il enseignait à l'Université catholique d'Afrique centrale, à Yaoundé, il avait également travaillé sur de nombreux sujets d'étude parmi lesquels la sorcellerie, le sida, la prostitution et les mutilations sexuelles.
Il était en particulier un spécialiste reconnu des questions touchant au sort des populations pygmées d'Afrique centrale, dont il avait estimé en 2007 dans un entretien avec l'AFP que la "marginalisation s'aggravait".
Son dernier livre, "Les violences sexuelles et l'Etat au Cameroun", a été publié en 2007 en France.
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19 mars 2008
CAMEROUN: POUDRIERE EN ATTENTE D' EXPLOSION
Eclairage de SHANDA NTONME
Emeutiers des diables ou martyrs des peuples ?
Lorsque les étudiants se déversent dans la rue en mai 1968 en France pour contester un régime qui, à leurs yeux, n’était plus très loin de la monarchie et ne correspondait plus tout à fait aux exigences d’un monde plus moderne, le général De Gaulle comprit, sans se faire prier, qu’il était temps de s’en aller. Le geste qu’il voulut solennel, prit la forme d’un désaveu constitutionnel construit par la voie référendaire. L’histoire récente nous renvoie à la Guinée Conakry, où un président chroniquement malade, ordonna à son armée de briser la jeunesse engagée dans une vaste contestation populaire. Les enfants ne demandaient qu’à vivre mieux, qu’à ne plus voir leurs parents pleurer le soir à la maison à cause des souffrances quotidiennes. Leur peine était immense, et toute l’Afrique assista avec le cœur serré, à un des plus chagrinants épisodes de l’histoire sociale de ce coin de la planète.
Mais avant cela, nous avions assisté à la chute mémorable de Moussa Traoré, un dictateur qui avait trôné pendant deux décennies à la tête du Mali, et qui un matin fut déposé par son armée, suite au soulèvement violent de sa jeunesse. C’est encore sur un mouvement d’écoliers qu’il tenta d’écraser avec ses baïonnettes, que le bouffon empereur moderne de Bangui, fut bouté hors du pays. Comment ne pas rappeler le cas de Tsiranana à Madagascar ? Le tout puissant président tomba suite à une banale revendication des étudiants de l’université de Tananarive. L’armée avait tiré sur les enfants, et les parents avaient rejoint les survivants dans la rue. Ainsi finissent les dictatures sales et têtues qui ne veulent ni voir, ni écouter, ni demander pardon.
(…) J’ai cru entendre que quelques gens bien pensants ont demandé où sont passés les voix et les écrits des Shanda Tonme et autres rescapés de la guerre sale qui a détruit l’académie et noyé honteusement l’intelligentsia du cameroun. J’ai donc cru comprendre que mon pays le Cameroun, était entré dans le même cycle de malheur et d’obscurantisme dictatorial menant à la paix des cimetières.
La situation qui s’est présentée à nous au Cameroun en cette fin de mois de février 2008, ne valait-elle pas une anesthésie de l’esprit et une épisode de crise cardiaque sévère ? Nous sommes allés à l’école en écoutant nos professeurs parler des caractéristiques des dictatures. Nous nous sommes souvent réveillés en écoutant sur les ondes internationales, comment ailleurs dans le monde, l’armée et les chars pouvaient écraser des manifestants aux mains nues. Nous avons entendu parler de la révolte de Varsovie, du coup d’Etat du Chili, du génocide du Rwanda, et tout cela. Mais jamais, nous ne pensions vivre le calvaire du citoyen dont le pays fait les premières pages dramatiques des médias internationaux, parce que des gens sont, semble-t-il, balancés par dessus des ponts et survolés par des hélicoptères menaçants.
La vérité sur la marche révolutionnaire du monde et l’expression de l’histoire, n’est pas une affaire d’idéologie, ni une expertise de gouvernants bien arrogants. La vérité c’est celle qui tire sa substance de la vie de tous les jours, de la négation des droits élémentaires de vivre décemment, de se soigner et de s’éduquer. Le diable est dans le corps de ceux qui font tout pour renier ces droits aux gens, et qui condamnent les enfants à peine sortis du lait maternel, à des destins sans gloire, au désespoir éternel.
J’ai entendu dire que dans mon pays le Cameroun, des sorciers avaient réussi la prouesse de transformer en enfants soldats, des masses de jeunes gens désœuvrés et meurtris. J’ai entendu que la colère de ces bandes de citoyens condamnés à la misère, avait valu plusieurs milliards de casses et d’autres désolations. J’ai entendu que ces braves garçons et jeunes filles, étaient tombés ensanglantés. Mais alors, je me suis souvenu qu’au lendemain de leurs colères volcaniques, les gouvernants se sont rapidement réunis pour repenser la conduite du pays et le prix de la vie. Ils ont changé le prix du pain, pour répondre au petit tas de cadavres issu des manipulations des sorciers sans scrupules qui n’ont pas craint de troubler la quiétude du prince et d’attenter au sommeil de son pouvoir.
Voici donc montés de la rue, de Conakry à Yaoundé, les échos de ces mouvements qui font l’histoire, et construisent les révolutions. Le sens des mutations sociales n’a jamais été trahi par quelques explications grossiers d’individus à la solde du mensonge. Que ceux qui comme hier en Afrique du Sud, traitaient les combattants en quête de survie et de dignité de simples marionnettes des forces de l’ombre, s’attendent inévitablement au jugement sévère de l’histoire, et à une impardonnable condamnation. Le Président de la France a bien voulu honorer la mémoire d’un jeune de 17 ans, Guy Moquet, dont le courage patriotique est resté gravé dans les actes qui ont marqué la conscience de son peuple. Se lever spontanément contre les injustices ou s’engager à lutter pour briser les chaînes de l’oppression, du mensonge et de l’ignominie, c’est se donner en martyr pour son peuple.
A la vérité, personne ne naît criminel, casseur ou martyr, et aucun parent ne souhaite voir sa progéniture dans le rôle de casseur, de voleur ou de criminel. C’est la société qui fabrique les casseurs et transforme les citoyens en loups les uns pour les autres. Autant dire tout de suite, que ceux qui ont gâché le destin des enfants, sont des criminels qui s’ignorent.
L’Afrique au stade où elle se trouve, promet d’écrire des pages très dures de l’histoire de l’humanité. Ce que les enfants des villes et des campagnes camerounaises ont engagé en cette fin du mois de février 2008, n’est qu’un fragment d’une épisode qui consacrera sans doute, bientôt, la reconnaissance d’une espèce humaine nègre piétinée par ses propres géniteurs et livrée à la vindicte d’un monde impitoyable. Au plus profond de nos cœurs et de nos subjectivismes, nous devons garder la mesure de l’honnêteté, le minimum de recul sans lequel, nous ne sommes plus que des criminels insensés.
Il faut donc ici, en appeler au repentir de tous les salauds des temps présents, ceux qui, voués à la conquête sans fin et sans limites de privilèges et des prébendes, ont choisi de confondre les faces sales avec les faces propres de la vertu. Sommes nous donc obligés de nous prostituer tant, pour si peu, pour une si petite vie qui de toute évidence, n’excédera point cent ans sur la terre, et ne sera enfin qu’un bref passage au regard de l’histoire éternelle de l’univers ?
Je veux dire et assumer, dans cette qualité de citoyen libre, de père de famille, et d’être humain vertueux, qu’il n’en fut rien, que nul part, diable ou sorcier, tint la main des gamins pour les conduire dans la rue en leur demandant de brûler. Je veux dire et jurer pour ce qui concerne ma conscience d’analyste et d’observateur, que depuis très longtemps, nous avons accumulé des injustices, des erreurs, des haines, des tares de toutes natures, au point de ne plus être qu’une poudrière en attente d’explosion. Je veux soutenir et pour cela, mériter si possible la potence, que nous n’en étions en cette fin du mois de février 2008, que dans les préliminaires des lendemains plus sombres, au regard de l’inconscience des gouvernants, et du jeu insalubre des courtisans malpropres qui conseillent le pouvoir absolu régnant.
Lorsque l’on a ainsi pris place dans l’histoire à l’envers, il vaut mieux s’excuser et s’en aller comme le firent de rares souverains en remords. L’art de promettre la chicotte et la guerre, n’a jamais fait que accélérer la perdition de ceux qui se trompent d’ennemis, d’époque, et de champs de bataille.
18 mars 2008
CAMEROUN:LA MAIN DES COMPLOTEURS
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" Déclaration " du président : Le discours du complot, antichambre du totalitarisme ? Voir derrière tout mouvement social débouchant sur une grève, la main de comploteurs, c'est s'engager à élaborer Il n'y aurait donc pas de problème social au Cameroun, un malaise social que les camerounais peuvent exprimer par eux-mêmes; il y aurait seulement des manipulateurs tapis dans l'ombre, des spécialistes de l'instrumentalisation, de l'intoxication, des anti- patriotes et assoiffés de conquérir le pouvoir par les moyens non démocratiques, etc. Le Président de la République et ses conseillers, n'ont donc rien trouvé de mieux que de servir cette bonne vieille recette du complot et du bouc émissaire pour analyser la secousse sociale vécue ces derniers temps, dans un environnement marqué, certes, par le débat sur la révision de la Constitution. La thèse du complot, de la conspiration, est généralement la thèse des pouvoirs politiques autoritaires ou tentés par la dérive autoritaire, rétifs à toute critique structurée, incapables de se convertir à la gestion de la liberté et du pluralisme dans une société d'hommes libres, une société de citoyens soucieux de peser sur la marche de leur société ; c'est le réflexe des pouvoirs politiques qui, à force d'avoir la manipulation comme technique de régulation socio - politique, finissent par voir la manipulation partout, comme si dans un Etat que l'on se plaît à présenter comme un Etat de droit, dans un Etat démocratique, tenter de capitaliser politiquement sur les mouvements sociaux est un crime ! |




