ETUDES CAMEROUNAISES

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05 octobre 2009

Exil politique ou exil alimentaire ?

MomoJDJe crois fondamentalement que si nous sommes nés au Cameroun et non ailleurs, c’est précisément parce que c’est ici que le destin a besoin de nous. C’est ici que nous sommes appelés à construire. Ce n’est pas un hasard si nous ne sommes pas nés aux USA, en Grande Bretagne, au Canada ou en France pour ne citer que les destinations les plus prisées.

Je considère que le Cameroun est notre part de charge ou d’héritage dans le partage du monde et que chacun d’entre nous est utile ici pour sa construction, à moins d’avoir abandonné sa mission pour aller vers des pays que d’autres ont construit. Je considère que le développement du Cameroun est notre Mission commune et notre priorité à tous. Le Cameroun est le lieu où doivent s’exercer nos talents. C’est notre quote-part du monde et notre mission consiste à le construire pour l’élever au-dessus du niveau des autres pays.

Ces pays qui nous attirent aujourd'hui ont été bâtis par des patriotes qui s’y sont sacrifiés. Bâtissons le nôtre au lieu d’aller jouer les instruis et les profiteurs chez les autres. Sommes-nous seulement conscients de la chance que nous avons d’avoir été élus par le destin pour bâtir notre pays ? Toutes les difficultés auxquelles nous faisons face sont autant de défis que nous devons relever. Si le hasard de l’histoire ou du destin a voulu que nous soyons précisément nés au Cameroun et non ailleurs, c’est sans aucun doute parce que c’est à cet endroit que le destin a besoin de nos compétences, de notre science, de notre art. Et le destin nous a jugés aptes pour cette mission.

Le monde se construit sous nos yeux et nous sommes les Co-créateurs du monde.  Notre devoir est de tenir ferme, pour l’élever, notre côté du monde. Il ne doit pas tomber à cause de nous, à cause de notre démission, à cause de notre lâcheté, à cause de notre fuite. Nous pouvons servir notre pays au-delà du triangle national si l’oppression politique ou alimentaire nous a conduits momentanément vers un exil forcé. Toutes nos actions doivent tendre à accomplir notre mission néanmoins là où nous sommes nés. C’est là où le destin nous appelle. C’est là où nous devons servir le Cameroun et nos concitoyens. Nous ne sommes pas venus sur la terre pour manger, boire, dormir et mourir comme les animaux. Nous y sommes venus parce que nous avons été jugés aptes à bâtir un monde plus juste que celui que nous avons trouvé afin de le transmettre aux générations futures plus enrichi. Ces dernières doivent pouvoir s’inspirer de nos expériences pour continuer la mission, ce faisant, ils nous rendront immortels parce que notre œuvre aura survécu à notre pourrissable chair.


Beaucoup de nos concitoyens traversent de plus en plus, au péril de leur vie, les frontières pour chercher refuge dans des pays qui offrent une plus grande sécurité alimentaire. La plupart des exilés politiques sont en réalité des exilés alimentaires.  Bien sûr même dans ce cas je pourrais les considérer comme des exilés politiques car ils n’ont pas accès à l’emploi dans leur propre pays, pour cause d’une politique de l’emploi inefficace. L’histoire des migrations dans le monde nous apprend que les hommes fuient leurs pays pour sauver leur vie, soit qu’elle ait été menacée par l’oppression politique soit qu’elle l’a été par l’oppression alimentaire.
Une certaine politique au Cameroun exclu certains d’entre nous du marché du travail. Ils n’ont plus pour seule ( ?) ressource que de s’exiler ou de mourir( ?) sur place. Nous avons souvenance que des étudiants ont été radiés des universités du Cameroun par des gens bien pensants  qui tiennent les rennes du pouvoir. Quelle est cette décision prise par de véritables terroristes du savoir pour contrer une revendication légitime d’une jeunesse sans horizons et sans repères ?
Ceci dit, je n’encourage pas l’exil car je pense que c’est ici que se livre le combat pour la construction de notre partie du monde. C’est ici que se trouve votre place et la solution, et si vous avez été contraints de partir, vous devez avoir à cœur que ce n’est qu’une étape vers la réalisation de vos objectifs. Je suis absolument contre ceux qui n’ont aucun plan de retour. Ils n’ont pas compris quelle est leur mission sur la terre du Cameroun. Je suis stupéfait quand je rencontre ceux qui viennent fréquemment au pays nous donner des leçons de savoir-vivre ou de démocratie. Nous apprécierions beaucoup qu’ils nous retrouvent sur le terrain de nos opérations au Cameroun au lieu d’insulter chaque fois ceux qui bâtissent leurs pays en leur absence.
Pendant trois ans j’ai été presque absent du Cameroun. Même si je continuais d’y résider tous les deux ou trois mois, je passais le plus clair de mon temps en Tanzanie, au Tribunal Pénal International des Nations Unies pour le Rwanda. J’y avais été désigné par les Nations Unies pour défendre un chanteur accusé de génocide et j’en éprouvais une grande fierté.
Travailler pour le compte des Nations Unies, au Tribunal Pénal International pour le Rwanda notamment,  donne un véritable  faux sentiment de supériorité sur les confrères. On a l’impression de se trouver au sommet du monde. D’être assis à la table des grands. D’être soi même un grand type. De tutoyer les plus puissants de ce monde. Le Secrétaire Général des Nations Unies pouvait venir vous serrer la main.  Vous pouvez y voir passer quelque fois le Révérend JESSE Jackson ou Andrew YOUNG pour vous entretenir au sujet du Sullivan Summit. Vous pouvez vous approcher à un mètre d’eux et si vous avez de la chance, discuter avec eux ou vous faire même prendre en photo avec eux ! Le prestige et le bonheur quoi !


Quoique j’eusse de confortables honoraires au Tribunal Pénal International, j’ai réalisé que je n’étais pas plus utile à mon pays comme lorsque je vivais à plein temps au Cameroun. Je me suis vite rendu compte que mon argent pouvait aider ma famille et les amis, mais que fondamentalement,  je ne pouvais pas changer les choses. Je leur donnais du poisson alors que présent, je leur apprends à pécher. Présent, j’obtenais que l’oppresseur cesse ou modère les tortures, que les lois soient modifiées, que le Cameroun se développe. Présent je pouvais éclairer mes concitoyens sur leurs droits et les aider à les revendiquer ou à les défendre. Et je ne suis même pas un élu local ! Je considère seulement qu’un intellectuel qui ne met pas sa science au service de son pays et de ses concitoyens est comme une branche morte sur un arbre vivant.
Le travail que nous autres de la société civile, avons abattu au Cameroun en dix ans est énorme. Depuis l’an 2000, je peux toucher du doigt d’importantes réalisations, des améliorations que nous avons apportées à notre pays. Nous avons conquiert d’importants espaces de liberté et le moment me semble propice pour en conquérir davantage.

Chacun d’entre nous y a contribué.  Figurez vous que le Code de Procédure Pénale a enfin été voté et promulgué. Grâce à nous. Les cellules des commissariats de police se sont vidées. En tout cas elles ne sont  plus pleines à craquer. Grâce à nous. Admirez que sans être législateur ni député, nous avons obtenu que le SMIG soit revalorisé et porté de 23.513francs à 28.216 Francs. D’accord, 4702 francs CFA ce n’est pas une augmentation bien importante mais nous y sommes parvenus. L’école publique est désormais gratuite. Nous pouvons nous en réjouir et nous en féliciter tous autant que nous sommes. D’importants progrès ont été réalisés dans le domaine des droits de l’homme notamment. Cependant beaucoup reste à faire.
Il y a encore du travail à faire pour obtenir la gratuité du service public de la santé à hauteur de 50.000 Francs au moins par malade, car tous ces malades qui souffrent le calvaire et qui font chaque jour appel à la générosité publique dans nos télévisions doivent nous interpeller. Sans compter tous ceux qui crèvent silencieusement dans l’intimité, comme le loup de Vigny. Il  nous faut obtenir  la construction de nouvelles routes pour sortir les citoyens et leurs récoltes de la forêt et des plantations.

Il nous faut exiger la construction de nouvelles prisons plus grandes, plus humaines et plus conformes aux normes internationales, car les prisonniers restent après tout des hommes et des camerounais qui paient leur dette à la société. Ils ont le droit de recevoir « une visite intime » de leurs conjoint(e)s au moins une fois tous les deux mois.  Il nous faut obtenir la revalorisation des salaires des fonctionnaires qui croulent sous le poids d’importantes charges familiales.

Il reste à modifier la loi qui contraint les justiciable à payer d’avance six pour cent (6%) du montant de leur demande avant d’avoir le droit de saisir le Justice du Cameroun. Il reste à combattre le favoritisme et la corruption  pour instaurer plus de justice sociale et le respect strict par tous de la loi. Il reste à réviser les accords qui nous tiennent en esclavage. Il nous reste à convaincre nos inspecteurs du travail de faire leur travail dans l’intérêt bien compris des travailleurs et non plus seulement dans celui de l’employeur qui les corrompt comme c’est le cas actuellement. Il nous reste à réaménager nos compagnies d’assurance et nos banques. Ce à quoi nous devons nous atteler au cours des cinq prochaines années.

Il est plus utile pour le pays  que nous soyons  présents, avec nos compatriotes pour se battre pour un mieux être chaque jour davantage. Dieu, que je me sens utile ici ! Alors lorsque vous partez et prenez une autre nationalité, n’avez-vous pas l’impression que vous êtes venus sur la terre pour manger, boire, dormir et mourir ?  En tout cas, en ce qui me concerne, quoi qu’il se passe je ne partirai pas ! Dont Acte.


On m’a bien expliqué et j’ai bien compris pourquoi il faut partir, changer la nationalité et adopter une nationalité étrangère, pour permettre à nos enfants d’en profiter et de mieux s’incruster dans le pays des autres, d’y faire de meilleures études. Mais seulement  je me demande, qui va alors construire notre part du monde ? Qui va construire le Cameroun si nous partons tous et si tous nos enfants partent. Pourquoi ne pas se bagarrer ici pour obtenir d’avoir les meilleures écoles, les meilleures routes, les meilleurs soins de santé, les meilleurs salaires, le meilleur pays ?


Je ne crois pas que l’attrait que l’occident exerce sur nous et sur nos enfants soit  justifié. C’est devenu une mode que de vouloir envoyer ses enfants à l’étranger ou s’exiler soi même. Nous aussi pouvons construire notre pays comme la Hollande, l’Inde ou le Japon. Regardez le petit Rwanda dont Monseigneur Kagamé disait que  « Mon pays,  le Rwanda,  est un petit pays, quand on le montre sur une carte, on le cache ! ». Le Rwanda  sort d’un malheur innommable et son élite a été décimée en 1994 ! Le Rwanda renait de ses cendres et offre aux yeux du monde un pays en plein chantier de construction des villes futuristes. De belles maisons aux toits de tuiles et aux jardins fleuris partout. Les rues de Kigali sont propres comme un sou neuf. La loi règne au Rwanda pour tous. La lutte contre la corruption et les détournements y est une réalité et les coupables vont systématiquement en prison qui qu’ils soient et quelque soit le montant des sommes distraites. Kagamé leur enseigne que la propreté c’est dans la tête et du coup les Rwandais sont propres dans leur tête et dans leurs vies. 


Nous pouvons copier chez les Rwandais. d’ailleurs nous le faisons déjà sur le plan du béton. J’admire le soir ces rues de Douala et de Yaoundé asphaltées et éclairées. Et je rêve que toutes les rues de la République, de Bafoussam à  Bamenda, de Batouri à Bonabéri, de Manfé à Mouloundou , de Nkongsamba à Nkong-Zem, de Yagoua à Yokadouma etc. soient ainsi demain pour freiner cette saignée de notre jeunesse, cette fuite de notre force vive, cette fuite des cerveaux.


Il ne faut cependant pas croire que nous sommes mal partis ou que tous les cerveaux du Cameroun sont dehors comme l’écrivait un journaliste de la place. Il y en a en abondance à l’intérieur. Et de la bonne crème. Mais ce que je voulais souligner, est que c’est bien de construire avec du béton mais nous avons le plus grand intérêt à construire les mentalités, à formater des têtes patriotiques qui sauront faire régner la loi et la justice en toute chose et placer l’intérêt supérieur de notre peuple et de notre pays au dessus de toute autre considération.


Notre problème c’est en effet l’absence de justice, absence de justice sociale évidemment mais absence de justice tout court. Le non respect de nos propres lois par ceux là même qui les font. Nous devons tordre le cou au favoritisme, à l’impunité, à la corruption, aux égoïsmes de toutes sortes, au sinistre système dit de l’équilibre régional qui laisse penser que les camerounais de certaines régions sont de parfaits abrutis qu’il faut assister, au détriment de ceux d’autres régions, réputés, sans doute à tort, plus intelligents. C’est cela la cause de la fuite des jeunes à la recherche  d’un minimum de sécurité dans l’emploi, dans l’éducation et dans la santé. Nous devons nous y employer tous pour combattre cette saignée de notre jeunesse, de notre avenir.


Quelque soit la cause de votre exil, ne perdons pas de vue votre mission. C’est le lieu de m’acquitter d’un devoir de reconnaissance vis-à-vis de tous ceux qui depuis leur exil, travaillent intensément, à plein temps suis-je tenté de dire, pour apporter du changement à leur pays, pour faire entendre la voix de ceux qui crient dans les cellules de nos geôles, pour amplifier nos cris de détresse, pour conduire notre pays à plus de démocratie, pour lutter à l’amélioration des conditions de vie de nos compatriotes.

Sur une population vivant en exil et évaluée à plusieurs millions, ils ne sont pas bien nombreux ceux qui luttent pour un changement au Cameroun depuis l’extérieur, pour un mieux être de nos concitoyens, pour l’abolition des lois scélérates,  pour le respect des droits de l’Homme au Cameroun. Ils se comptent sur les doigts des deux mains. Que font les millions de camerounais qui jubilent tant lorsque les lions indomptables gagnent ? Ont-ils vendus leurs âmes au diable ou ont-ils oublié quel pays les a enfantés ?

Nous ne pouvons pas passer notre vie à nous demander ce que nous apporte notre pays. Nous  ne pouvons pas nous soustraire au motif que n’ayant pas eu d’emploi au Cameroun nous sommes exonérés de toute dette envers lui. Nous ne pouvons pas soutenir valablement que nous ne devons rien au Cameroun. Non. Nous lui sommes redevables de par notre naissance. Il ne lui appartient pas de nous nourrir mais à nous de le nourrir. Avec quoi ? C’est une bonne question. Remuez vos méninges comme je vous l’y invite pour trouver avec quoi vous allez le nourrir. Vous découvrirez en même temps votre mission, qui ne consiste pas, j’en suis persuadé, à vous exiler à l’étranger, à y chercher du  travailler pour manger et mourir. Comme les animaux dont la vie se résume à manger, s’accoupler, dormir, en attendant de mourir. C’est la vie de beaucoup d’entre nous, je me trompe ?

Certains  tirent une inexplicable fierté dans le fait d’avoir réussi à partir et à travailler à l’étranger. Ils aiment à le faire savoir et le présente comme un trophée. Comme s’ils avaient réussi l’exploit de s’évader d’une prison aux murs infranchissables. Et malheureusement beaucoup d’entre nous sont en admiration devant eux.  Certains aiment à afficher qu’Untel, membre de leur famille est mort aux USA  ou à Paris! Comme si c’était le signe d’une grande distinction honorifique. C’est malsain. C’est le signe d’une véritable décadence morale et d’un complexe d’infériorité inconcevable et inconvenant. C’est devenu une mode et les gens donnent la fête pour arroser le départ de tel enfant dans tel pays étranger.


Cela doit cesser !  Le Cameroun doit cesser d’être considéré comme une prison infranchissable. Et si c’en est une, c’est votre devoir et votre responsabilité de briser les chaines de votre captivité  au lieu de vous en évader. L’évasion ne résout pas le problème que vous retrouverez intact à votre retour d’exil. Sauf si nous, fidèles et intrépides combattants de l’intérieur, réussissons à résoudre notre problème commun en votre absence et sans votre concours, pendant que vous vous la couler douce là-bas.Ceux qui sont partis doivent cesser de nous apparaitre faussement comme des héros. Ils ne le sont pas. En tout cas pas tous. C’est ici au pays que les choses se passent. C’est ici que nous sommes nés, pour découvrir dans une relative opacité notre mission, l’accomplir ou la trahir comme la majorité de ceux qui partent.


L’oppression existe pour être combattue. Et  c’est précisément dans ce combat contre l’oppresseur que nous trouvons les ressorts du progrès et que nous gagnons l’éternité. Le refus de combattre l’oppression sous toutes ses formes est l’acceptation de la situation qui prévaut. La liberté se conquiert et les manifestations citoyennes ont un rôle positif en ce qu’elles forcent les pouvoirs publics à s’attacher à la solution des problèmes posés par le peuple.

Les manifestations publiques sont en effet le mode par excellence de l’expression de la démocratie par le peuple souverain. C’est par les manifestations que la société civile force les gouvernants à améliorer les conditions de vie des citoyens, à rendre compte au peuple, à exercer leur mandat conformément à leurs promesses électorales. C’est par les manifestations que la population exerce sa souveraineté. Et le fait que l’oppresseur tire sur la foule des manifestants ne change rien à cette vérité intangible.

Il n’y a  rien d’illégal dans les manifestations publiques pacifiques et leur répression par les forces de l’ordre est illégale et doit être combattue. Ce ne sont pas les manifestants qui sont hors-la-loi mais les gouvernants qui envoient les forces de l’ordre pour disperser une manifestation pacifique des citoyens qui font un exercice normal de leur droit. Sauf si les pouvoirs publics considèrent que le droit du vote des citoyens est un leurre, une tromperie. Lorsque le citoyen a le droit de voter, le droit de manifester pour demander des comptes apparait dès lors comme le corolaire normal.

Est-il nécessaire de rappeler que les pouvoirs publics, le gouvernement, jusqu’à preuves du contraire, ne sont pas nos ennemis ? Ils ne sont que momentanément des adversaires idéologiques susceptibles d’accepter le dialogue sur le sujet litigieux. Et même si l’ignorance des règles démocratiques conduit certains zélés à user de la violence contre leur peuple, le principe fondateur de la démocratie interdit les répressions sanglantes auxquelles nous assistons fréquemment mais qui ne doivent pas faire reculer le peuple face à ses revendications légitimes.
Nous ne pouvons pas continuer de prendre prétexte de l’existence de l’oppression pour nous exiler. Nous enfuir en courant au premier tir de l’oppresseur est non seulement lâche mais ne nous avance pas. Nous devons rester pour combattre l’oppression afin de bâtir un pays où il fait bon vivre.

Ne pouvons-nous pas nous aussi bâtir un pays qui attire les occidentaux et les autres chez nous ? Pourquoi sommes nous si complexés alors que nous avons un si beau pays ? Y a-t-il meilleure plage sur la terre que celle de Kribi ? Allons-nous continuer de changer notre vote contre un pot de vin ? Quand est-ce que nos ingénieurs envisagent-ils de nous arrimer à la lune ou de nous mettre  sur orbite ? De construire nos voitures comme en Inde, en Iran et en Chine? Et nos médecins et pharmaciens, nos chercheurs, quand est-ce qu’ils vont fabriquer des médicaments made in Cameroun comme en Inde? Allons-nous continuer longtemps avec Tienshi ou Rhône-Poulenc ? Que faisons-nous des élèves sortis de nos collèges et lycées techniques ? Sommes nous vraiment incapables de construire aussi beau chez nous qu’ailleurs ? Je ne le pense pas.

Personnellement je suis allé dans les plus grandes capitales du monde et je n’ai pas vu ce qu’ils ont que nous ne pouvons avoir. Au contraire je suis persuadé que si nous sommes conscients de notre mission vis-à-vis du Cameroun, si nous sommes conscients de notre mission sur la terre camerounaise, nous pouvons construire dans un délai assez court un très beau pays. Délai de livraison, trois jours !

C’est une question de volonté politique et d’éducation bien sûr. Mais c’est aussi et surtout une question nationale qui interpelle une mobilisation de toute la population, de toute la société civile, de toute la jeunesse patriotique et militante. C’est nous le peuple qui avons en mains la réalité du pouvoir, n’en doutons pas. Si nous nous levons tous pour forcer les pouvoirs publics à aller dans tel sens juste du développement, ils y iront nécessairement. C’est une question de détermination de tous et de chacun. Si tout le monde est imprégné de la philosophie de la vie et de l’immortalité qu’induit notre naissance, il ne fait l’ombre d’aucun doute que nous serons agréablement surpris du chemin parcouru dans dix ans. 

C’est une philosophie qui tient en horreur les détournements des deniers publics, la corruption et qui promeut le travail dans l’enthousiasme général. C’est une philosophie qui encourage et récompense les plus méritants de nous tous. C’est une philosophie qui place la jeunesse, les femmes et les hommes au centre des préoccupations de l’état. C’est une philosophie qui promet le bien être à tous et à chacun et qui prône la justice sociale comme outil de développement.

Combien sommes nous, pétris de patriotisme  au point de partir mourir à la guerre comme l’a fait l’héroïque pilote Joe Kennedy, le frère ainé de John F. Kennedy ? Combien sommes-nous capables d’être des kamikazes défendant leur pays comme ces patriotes japonais pendant la deuxième guerre mondiale ? Combien sommes-nous à braver l’espace inconnu pour prendre la fusée Apollo 11 et aller sur la lointaine lune pour le triomphe de la science et pour la gloire de notre pays ? Arrêtons de croire  que c’est le Cameroun qui doit tout nous donner et  croyons que c’est nous qui devons apporter tout au Cameroun. C’est là le sens de l’interpellation de Kennedy lorsqu’il proclamait  « Ne vous demandez pas ce que votre pays  fait pour vous, mais demandez vous ce que vous faites pour  votre pays ».


Jean de Dieu Momo
Avocat



18 juillet 2009

FABIEN EBOUSSI BOULAGA ou la liberté de penser

Eboussi_BoulagaUn philosophe camerounais célébré de son vivant

La communauté intellectuelle va célébrer les 24 et 25 juillet prochains, l’un des penseurs africains contemporains les plus pénétrants. Ce sera à l’Université de Yaoundé I.

On croit rêver. Parce que jusque-là, on n’avait pas encore vu un tel évènement au Cameroun. Un intellectuel, un vrai, dissident du régime en place, célébré au vu et au su de tout le monde dans une université d’Etat ? De mémoire de journaliste qui a vécu les plus grands moments de l’histoire récente de la démocratisation du Cameroun (1990-2009), les journées d’études consacrées au professeur Fabien Eboussi Boulaga, feront certainement partie de l’inédit. « Un évènement exceptionnel », comme l’annonce le professeur Ambroise Kom, bien connu des universités camerounaises, françaises, allemandes, et américaines. Déjà au début des années 90, le professeur Ambroise Kom avait eu « la témérité » d’inviter et de faire venir en conférence au Cameroun, Alexandre Biyidi Awala, dit Eza Boto, dit Mongo Beti, le plus grand écrivain camerounais, de regretté mémoire et « le pape des opposants camerounais », comme l’appelaient alors la presse hexagonale. La conférence publique qui devait avoir lieu à l’hôtel Hilton de Yaoundé, avait malheureusement été interdite par les tenants du pouvoir du président Paul Biya. Mongo Beti qui remettait les pieds au Cameroun après plus de 40 ans d’exil s’est ainsi retrouvé à s’adresser (dans la clandestinité) aux jeunes étudiants et autres hommes politiques et de culture venus à sa rencontre dans une petite bibliothèque de l’Avenue Kennedy. Avant lui, pratiquement aucun intellectuel sérieux, qui a eu le courage de prendre du recul avec le système politique dominant au Cameroun n’avait pu s’exprimer publiquement au Cameroun. Après lui, l’ouverture du système, sous la forme de ce qu’un politologue camerounais a appelé « démocrature » a permis quelques gorges chaudes des « intellectuels ». Mais la plupart, se sont illustrés comme étant en fait ce que le professeur Eboussi appelle à juste titre « ventriloques ». C’est-à-dire quelques diplômés, qui pensent que pour avoir été à l’université, dans les grandes écoles, ou par le fait qu’ils y enseignent, ils ont droit à quelques strapontins au sein de l’appareil politique dominant. Jamais, mais alors jamais, cette conception de l’intellectuel n’aura été celle du professeur Eboussi Boulaga. Reconnu comme philosophe, théologien, politologue, littéraire de formation et de profession, mais davantage comme « éclaireur de l’intelligence », pour reprendre une expression d’un de ses étudiants de nationalité ivoirienne, le professeur Eboussi est de ces hommes d’esprit que le Cameroun n’a pas conscience d’avoir la chance d’avoir. Mais que, hélas, beaucoup de pays africains envient au Cameroun de l’avoir comme fils. Les journées d’études à lui consacrées, et dont le professeur Kom en est le principal initiateur, laissent planer quelques doutes dans les esprits. Notamment sur leurs tenues effectives. Parce que en fait, un homme comme Eboussi Boulaga, pour ceux qui nous gouvernent actuellement, apparaît comme un dissident qu’il faudrait absolument garder dans l’isolement. A défaut de pouvoir l’apprivoiser comme la plupart des universitaires qui ont rejoint le système ambiant. On connaît tous les ouvrages flamboyants du professeur Eboussi. De « La crise du Muntu » à « Lignes de résistances », en passant par « Christianisme sans fétiches », « A contretemps », « Démocratie de transit », et bien d’autres, l’ancien professeur de l’histoire de la philosophie à l’ex -Université de Yaoundé, a toujours pris le contre-pied de ce que l’on croire être « Le vrai », et que l’on veut établir comme principe de vie pour tous. Dans une société où l’accès au pouvoir semble se nicher dans les multiples célébrations des mœurs lucifériennes, on en est à se demander si le système en place au Cameroun pourrait, au-delà de toutes vraisemblances, autoriser la célébration de son vivant, d’un homme aussi libre d’esprit que Eboussi Boulaga. Si par contre, l’autorisation est donnée, ne va-t-on pas marginaliser ce processus, en créant tout autour une espèce de mystification politique et psychologique qui effrayerait la jeune génération qui a besoin de comprendre les enjeux de la pensée de Eboussi Boulaga ? Au final, la préoccupation la plus profitable devrait à notre sens résider dans le bienfait de l’idée lumineuse qu’a eu le professeur Ambroise Kom de mettre en études, pendant deux journées, le professeur Eboussi Boulaga. Le thème général de ces deux journées, « Fabien Eboussi Boulaga ou la liberté de penser » devraient en fait permettre aux participants, non seulement de relire avec un maximum de lucidité à travers les différents axes l’ensemble des œuvres de cette mine précieuse qu’est Eboussi Boulaga, mais aussi d’apprendre à penser juste l’avenir et le Cameroun de demain.

Ambroise Kom : Entretien « Eboussi Boulaga est un modèle endogène »

L’organisateur de l’hommage s’explique.

Qu’est-ce qui fonde sur le plan scientifique l’hommage rendu au professeur Eboussi que vous organisez?
Ce n’est pas un élément précis mais plusieurs raisons qui fondent l’hommage que nous rendrons à Fabien Eboussi Boulaga ces 24 et 25 juillet 2009 à l’amphi 700 de l’Université de Yaoundé ou Eboussi fut enseignant pendant de nombreuses années. Comme enseignant de philosophie, il a formé de nombreux étudiants qui lui sont reconnaissants pour son immense savoir, pour sa pédagogie, sa manière d’être et pour le type de direction dont ils ont bénéficié auprès de lui lorsqu’ils ont choisi de se lancer dans des recherches plus approfondies. Fabien Eboussi est aussi un théologien dont les travaux dans ce domaine, Christianisme sans fétiche (1981), A contretemps, L’enjeu de Dieu en Afrique (1991) sont reconnus tant ils ont marqué et même passablement secoué de nombreux esprits de par le monde. Eboussi est donc un penseur dont les publications font autorité dans son/ses domaine(s) de spécialité. Près de trente ans après sa publication, La crise du Muntu (1977) vient d’être traduit en italien. Cet ouvrage marque un tournant dans la pensée philosophique africaine. Bien plus, ses travaux en sciences sociales sont fondamentaux pour la compréhension des diverses mutations que nous connaissons au Cameroun et en Afrique. Il n’y a qu’à lire Les Conférences nationales en Afrique, une affaire à suivre (1993), La démocratie de transit (1997) sans compter les lumineuses études qu’il publie dans les journaux (Lignes de résistance, 1999) et dans la revue Terroirs qu’il dirige depuis près de vingt ans. Pour moi, Fabien Eboussi Boulaga est un travailleur intellectuel et un modèle du genre. Il nous apprend à nous remettre constamment en question tant il est vrai que sa pensée ne prend point des modalités évangéliques mais se déploie plutôt comme une série d’interrogations, d’invitation à la réflexion. Je crois que nous devons apprendre à apprécier ce genre de démarche et à célébrer pareille icône.

Dites-nous un peu comment vous percevez le personnage Eboussi Boulaga…
Quand on lit Eboussi ou quand on le regarde vivre, on se demande nécessairement de quelle planète il descend. Est-il véritablement Camerounais ? Il nous ressemble si peu, nous autres qui aimons tant faire étalage de notre improbable savoir, nos prétendues réalisations, nous qui aimons user et abuser de nos relations pour nous positionner et ne manquons jamais la moindre occasion pour nous mettre en scelle, nous positionner. Dans un environnement où l’éthique est rangée dans les musées, découvrir quelqu’un qui mène une vie d’ascèse relève totalement de l’inattendu, voire de l’irréel ! Mais c’est tellement rassurant.

Connaissant la trop grande modestie intellectuelle du professeur Eboussi, et les frustrations qu’il peut avoir vécu au Cameroun, pensez vous qu’il apprécierait cet hommage qui lui est rendu dans une université camerounaise ?
Je vous laisse libre de votre jugement mais je doute qu’Eboussi vive en citoyen frustré. Ce que vous lisez correspond à votre perception des choses. Sans doute avez-vous raison dans une certaine mesure. Lorsqu’on compare ses réalisations à celles de certains autres et lorsqu’on compare le train de vie de ces autres au sien, on pourrait lui prêter nos yeux pour pleurer. Mais rassurez-vous, Eboussi tel que je le perçois n’est point une pauvre hère en quête d’apitoiement. Il doit certainement souffrir de toutes sortes de privations comme tout un chacun mais il n’en fait pas un souci de chaque instant. S’agissant du choix de l’université camerounaise, sachez avant tout qu’il s’agit d’une université d’Etat et que l’Etat c’est un peu nous tous même si certains ont tendance à se l’approprier. Nous avions le choix d’aller dans d’autres institutions et même dans des sites privés. Ce colloque aurait aussi pu s’organiser à l’étranger. Mais nous avons choisi l’Université de Yaoundé 1 et l’amphi 700 pour son caractère symbolique justement. A mon avis, la production intellectuelle de Fabien Eboussi Boulaga se dresse comme un monument dont notre pays devrait s’enorgueillir. Et notre Etat devrait prendre soin de se l’approprier pour en assurer le rayonnement, aujourd’hui et demain. On entend souvent dire que dans cet environnement de violence morale, de jonglerie et de tricheries généralisées, de paresse intellectuelle érigée en norme et de détournement institué, nous avons besoin de modèles. En voilà un, endogène, qui nous interpelle. A nous de le méditer.


Par Entretien avec Jean François CHANNON
Le 13-07-2009

01 mai 2009

LE PRESIDENT BIYA A-T-IL OUBLIE SA JEUNESSE?

emeute4Lettre ouverte : A Monsieur le président de la République

Le président Biya a-t-il oublié sa jeunesse ? L’auteur exhorte le chef de l’Etat à tenir ses promesses à l’endroit de cette catégorie de citoyens.

Monsieur le président de la République,

J'ai l'insigne honneur de venir auprès de votre haute personnalité plaider en faveur de la jeunesse camerounaise. C'est au nom d'une jeunesse en détresse que je vous écris. Une jeunesse qui n'a pas le sentiment d'être comprise ou même entendue. Une jeunesse à qui il a été fait un certain nombre de promesses dont la réalisation reste encore attendue, pendant que cette même jeunesse devient vieillissante. Alors qu'on nous rassure au fil des ans au sujet des dispositions prises en notre faveur, les années passent, les chances de nous réaliser s'amenuisent et l'incrédulité nous gagne chaque jour un peu plus. C'est au nom d'une jeunesse livrée à elle-même que je vous écris, une jeunesse sacrifiée sur l'autel de l'égoïsme et de la gabegie de ses aînés et parents. Nous nous retrouvons alors réduits au statut de simples spectateurs passifs de la vie de notre pays, voyant ainsi notre potentiel galvaudé. Monsieur le président, de grâce, écoutez le cri de nos cœurs meurtris et inquiets.

Par cette démarche, nous voulons par nous-mêmes vous faire part de la réalité de notre condition, réalité qui n'a certainement aucun rapprochement avec celle qui vous est rapportée par vos collaborateurs. D'ailleurs, comment pourraient-ils vous en faire part quand eux-mêmes ne la connaissent pas parce que ne s'y intéressant pas ? Comment pourraient-ils s'y intéresser quand leurs propres enfants ne vivent rien de cette réalité ? Monsieur le Président, vous êtes le seul et dernier espoir pour cette jeunesse désorientée. Nous n'avons malheureusement pas d'autres interlocuteurs que nous-mêmes, et moyens d'expression que la presse. Vos collaborateurs sont bien trop loin pour nous. Ce sont des comètes. Leurs "excellences" n'ont ni le temps ni l'humilité nécessaires pour descendre de leur piédestal et s'intéresser à nous. Toujours enfermées dans leurs tours parce que trop occupées à "travailler", nous n'avons que de très rares occasions de les apercevoir de façon furtive dans leurs limousines, quand la transparence des vitres le permet. Ce sont pourtant les premiers à nous rappeler à volonté que la solution à tout problème se trouve dans le dialogue.

Monsieur le Président, vous nous avez demandé de retrousser les manches, ce que nous n'avons pas arrêter de faire. Seulement, même nos manches déjà raccourcies au maximum nous sont retirées.

Nous ne savons plus quoi faire, à moins de se résoudre à faire la manche, ce que vous ne souhaitez naturellement pas pour votre jeunesse, fer de lance de la nation. Depuis quelques semaines, des milliers d'entre nous se sont retrouvés brutalement désoeuvrés parce que déguerpis des trottoirs de la ville de Yaoundé. Permettez moi de rappeler que ces milliers de jeunes vendeurs à la sauvette sont pratiquement tous diplômés de nos universités et grandes écoles. Ils avaient donc d'autres rêves au départ, d'autres ambitions. Ils auraient aimé, eux aussi, être assis dans de beaux bureaux climatisés, comme certains privilégiés qui n'ont pas forcément fournis plus d'efforts qu'eux pour y arriver. La force des choses les a amenés à être vendeurs à la sauvette, qui de disques, qui de téléphones ou de vêtements. Ils n'ont pas voulu se livrer à la facilité qui inspire souvent les malfaiteurs en tous genres. C'est ainsi qu'ils ont pu, grâce à leur imagination et à leur persévérance, fonder et entretenir leurs familles par les fruits de leurs efforts louables.Ces attitudes ont pour tristes conséquences l'assimilation des hautes fonctions de notre pays à une manne dont il faut profiter au plus vite. Cela est d'autant plus regrettable que la majorité des honnêtes camerounais triment à longueur de journée pour essayer de survivre jusqu'au lendemain et voir ensuite comment renouveler cet exploit quotidien. Monsieur le Président, nous vous prions de mettre fin à ce type d'orgie d'un autre temps.Aujourd'hui, au Cameroun, il relève du miracle d'obtenir un emploi sur la seule base du mérite ou de la compétence. Non, cela n'existe plus. Il y a désormais d'autres pré requis, qui n'ont rien à voir avec le profil académique et professionnel du postulant. C'est la consonance du nom, selon que le Chef d'entreprise est originaire de telle ou telle région. C'est l'exigence d'une soumission à des chantages de toutes sortes. C'est l'intervention d'un haut fonctionnaire influent en faveur du postulant. C'est tout sauf des critères objectifs. Il en va de même pour l'attribution des marchés dans nos administrations et autres entreprises, publiques notamment. Dans un tel contexte, il semble effectivement difficile pour la majorité des jeunes de garder espoir. Aussi, les abus de toutes sortes sont fréquents, et le camerounais anonyme en est victime tous les jours. Que ce soit dans la rue, dans les lieux de services ou ailleurs, au nom d'un titre, d'une référence à une haute personnalité ou d'un uniforme, certains camerounais abusent d'autres, souvent dans des proportions inacceptables. Tout cela ne contribue pas à la sérénité de la jeunesse camerounaise qui, souvent dépitée ne pense qu'à s'expatrier. Il ne s'agit plus d'un choix, mais d'une contrainte.

Seulement, ces braves jeunes gens ne pourront plus subvenir aux besoins de leurs familles dont ils constituaient pour la plupart la seule source de revenus. Et pour cause, dans la brutalité la plus absurde, ils ont non seulement été chassés des abords des rues, mais aussi, et c'est le moins compréhensible, dépossédés de leurs marchandises, seul patrimoine pour beaucoup. Nous sommes pour des villes plus propres et plus belles, mais à quoi et à qui serviraient-elles si la majorité de ses habitants que représente la jeunesse ont faim ? Aujourd'hui, comme toujours, il nous est promis que "quelque chose" sera fait, car des études, disent-ils, sont en cours. Cela ressemble à un vieux refrain qui a toujours connu la même fin, c'est-à-dire jamais de suite. Aussi, nous sommes en droit de nous demander pourquoi des mesures n'ont pas été prises avant pour les recaser ailleurs. Nous pensions pourtant qu'il était du devoir de nos dirigeants d'assurer le bien-être des populations et de garantir l'avenir de la jeunesse. Nous vous prions d'ordonner des mesures afin qu'au plus vite ces jeunes retrouvent des lieux de ventes pour exercer leurs petits commerces, à défaut de leur trouver du travail à l'abri des intempéries. De la diligence à trouver des solutions efficaces et effectives dépendra la sérénité de ces jeunes et partant, la sécurité de nos villes, tant le désoeuvrement peut conduire à toutes sortes de dérives.

Mais là encore, très étrangement, vos collaborateurs ne semblent pas y avoir pensé. Le chômage, l'injustice, la corruption, le favoritisme, le clientélisme, le sectarisme et les abus de toutes sortes viennent sérieusement compromettre notre avenir, si tant est que nous en avons encore. Il nous est de nos jours impossible de planifier, de faire des projets, tant la nébuleuse du futur est épaisse. La jeunesse camerounaise n'a pas le sentiment que ses problèmes quotidiens font l'objet d'une attention quelconque de la part de ses dirigeants. Elle est à bout, en panne d'espérance, privée de perspectives. La jeunesse est en proie au doute, du fait des vicissitudes permanentes qui constituent son quotidien. Les jeunes ne mangeant pas à leur faim, ne pouvant pas se vêtir convenablement, sans ressources suffisantes pour se soigner et sans toit décent constituent l'écrasante majorité. Le niveau de précarité dans laquelle nous vivons est tel que plusieurs parmi nous ont perdu la vie faute d'avoir pu régler une facture d'hôpital de 10.000 Francs CFA. Ce n'est pas de la fiction. C'est cette réalité qui nous inquiète et nous déstabilise. Nous voulons que vous connaissiez la vérité, Monsieur le Président. Et c'est cela la pleine et entière vérité. C'est cela l'état actuel de la jeunesse camerounaise.

Dans un contexte aussi difficile, nous ne pouvons rester indifférents face à la paradoxale débauche financière de certains de nos compatriotes. La démonstration ostentatoire d'une minorité frise la provocation et le mépris.

A titre indicatif, nous ne saurions assimiler qu'après des nominations à de hautes fonctions, les bénéficiaires organisent des fêtes gigantesques dans leurs domiciles ou dans leurs villages en guise de remerciements. Ces fêtes qui s'étendent souvent sur plusieurs jours avec des invités qui se comptent par centaines indiquent des factures astronomiques. Nous nous interrogeons sur l'origine de ces pratiques, surtout quand nous avons la parfaite connaissance de votre sens poussé de la discrétion. Monsieur le Président, les conditions sociales particulièrement pénibles dans lesquelles vivent les camerounais et la jeunesse en premier, ne devraient pas inspirer des pratiques aussi indécentes et indigestes.

Monsieur le Président, ce n'est pas par pur plaisir ou par fantaisie, encore moins par manque de patriotisme que les jeunes qui tentent d'émigrer vers l'occident sont chaque jour un peu plus nombreux. Ce n'est pas une simple tendance ou un phénomène de mode. Ce sont les réalités de leur environnement qui les y obligent.

Monsieur le Président, un certain nombre de jeunes, soit directement, soit par leurs parents, sont concernés par le paiement des droits sociaux des ex employés des sociétés d'Etat dont ils attendent l'effectivité depuis plusieurs années aujourd'hui. Certains ont tellement attendu qu'ils n'en profiteront malheureusement jamais, parce que n'étant plus de ce monde. Nous vous assurons, Monsieur le Président, que la majorité de ces ex employés, et leurs familles vivent aujourd'hui dans une extrême misère, à telle enseigne que le paiement de ces droits tant attendus et espérés constituera pour eux une véritable manne du ciel. Nous plaidons pour eux. Monsieur, le Président, nous vous prions de trouver des solutions concrètes pour les jeunes. Nous voulons une politique plus objective dans les recrutements. Nous voulons que la durée des directeurs généraux à la tête des entreprises soit réduite car leur éternisation à ces postes favorise des comportements subjectifs.

Nous voulons une poursuite de l'assainissement dans les entreprises et la fonction publique afin que soient libérés pour les jeunes les postes encore occupés de façon inappropriée ou par les retraités hostiles à la retraite. Nous voulons que soit réhabilité le FOGAPE (Fonds d'Aide et de Garantie des Crédits aux Petites et Moyennes Entreprises) ou que soit créée une nouvelle entreprise de financement des PME/PMI pour relancer l'auto emploi des jeunes, ce qui réduira le chômage et redynamisera notre économie. Nous souhaitons que soit créé un système de bourse spéciale pour les jeunes camerounais les plus démunis contraints parfois d'arrêter leurs études, faute de ressources nécessaires. Nous voulons que la situation des prisonniers soit prise en compte, que ce soit pour ceux en détention préventive au-delà du temps légal ou pour les effectifs qui ont largement dépassés les capacités d'accueil. Nous voulons retourner travailler dans les champs grâce à l'encouragement et l'accompagnement des jeunes dans des projets agricoles. Nous voulons que soient davantage exigé des comptes aux hauts fonctionnaires et directeurs généraux afin de limiter les abus de gestion. Nous voulons qu'il soit mis fin au cumul des postes de façon effective, de sorte qu'une personne occupe un seul poste afin qu'il y ait davantage de postes pour les jeunes. Monsieur le Président nous voulons qu'il soit mis fin à cette logique de mise qui veut tous les bénéfices pour une poignée et tous les sacrifices pour la majorité.

Monsieur le Président, nous plaidons pour une meilleure prise en compte de la jeunesse camerounaise qui constitue la grande majorité de la population. Nous vous prions d'interpeller vos collaborateurs pour plus de considération à notre égard. Nous souhaitons être davantage consultés pour ce qui nous concerne en particulier et sur ce qui concerne notre pays en général. Nous voulons être impliqués à tous les niveaux de la vie politique, économique, sociale et culturelle afin de remédier à la trop grande rupture entre la jeunesse actuelle et la jeunesse vieillissante. Nous suggérons l'organisation d'une première rencontre entre vos principaux collaborateurs et un groupe représentatif de la jeunesse camerounaise dans sa diversité. Cette rencontre permettra enfin et pour la première fois de parler de la jeunesse avec la jeunesse, de sa condition actuelle et des mesures à prendre pour l'améliorer. Cela permettra de nous sentir écoutés et considérés, ce qui est indispensable dans cette crise de confiance que nous vivons actuellement. Monsieur le Président, la jeunesse camerounaise est responsable et mature. Donnez-lui simplement les moyens de le démontrer.

Il y a urgence, car la jeunesse camerounaise n'a plus de repère et perd progressivement son sens des valeurs. Des élèves aux étudiants, en passant par les chercheurs d'emplois et même les travailleurs, le moral est sérieusement entamé, et l'horizon peu radieux. Certains, poussés dans leurs derniers retranchements, se sont livrés à toutes sortes de compromissions pour subsister. Cette situation a permis à d'autres, sans scrupules, de profiter de ces moments de faiblesses pour faire usage du chantage et satisfaire ainsi leurs basses besognes. L'urgence à trouver des solutions vient du fait qu'une jeunesse sacrifiée compromet sérieusement l'avenir de tout un pays. De grâce, intervenez, Monsieur le Président et rendez à cette jeunesse sa dignité.

Monsieur le Président, nous avons essayé, avec nos mots, de vous faire part de notre réalité quotidienne. Puissiez vous ajouter à votre parcours impressionnant d'homme d'Etat, le retentissement, que nous souhaitons historique, de votre intérêt porté à la jeunesse camerounaise à travers une réaction conséquente à la hauteur de ses attentes. Monsieur le Président, nous vous avons écrit par la voie de ce journal car nous avions la forte intuition que cette lettre ne vous serait jamais parvenue par quelque autre moyen. Nous fondons une grande partie de nos espoirs sur votre réaction, et attendons impatiemment. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mon plus grand respect.

Paul Ella*

Association Jeunesse et Développement

E-mail : paulella2007@yahoo.fr

23 février 2009

UN AN DEJA: LA TUERIE DU REGIME BIYA

emeute3Il y a une année, des jeunes descendirent dans la rue au Cameroun pour manifester leur désapprobations à la politique du régime. La réaction de l'Etat fut violente et meurtrière. Les organisations non gouvernementales dénombrèrent une centaine de mort dans l'ensemble du pays et spécifiquement dans la ville de Douala. Des assassinats ciblés, des exécutions sommaires, des jugements expéditifs...Nous avons voulu revenir sur ces événements. Une manière de poser une pierre blanche, pour que ces actes de barbaries ne restent jamais sans lendemain. Ces jeunes sont morts pour un futur meilleur.  La communauté internationale est restée muette. Un mort ici n'a aucune valeur. Ils parlent d'égalité, de droits de l'homme, de juger des chefs d'Etats quand leurs intérêts sont menacés. Qui pleurent sur les victimes du Régime de Paul Biya?

Emeutes1

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27 janvier 2009

Lavage de Cerveau et Rhétorique du Mensonge

James Mouangué Kobila n’a aucune raison d’avoir peur. Je sais qu’il croît en l’éducation et l’excellence qui, pour moi également, constituent la seule arme dont disposent les minorités pour s’imposer dans un cadre social. J’ai l’impression que pour en arriver à solliciter la protection des minorités par le Prince, les populations Sawa, celles de Douala en particulier, ont cessé de prôner l’éducation et l’excellence comme leviers d’émancipation et de promotion sociale. Paul Biya est devenu leur dernier recours. 56 ans de lavage du cerveau et la rhétorique du mensonge. Ces mouvements sociaux qui étaient pourtant l’expression légitime des masses affamées et privées de perspectives ont finalement été enrôlés dans le registre de la déstabilisation du Renouveau par les Anglo-bamis. Sont-ils en fin de compte les seuls à constater que le Kamerun va à la dérive ?

Lavage de Cerveau et Rhétorique du Mensonge

-A Ernest Ouandié, mon maître à penser, dont je viens de célébrer en famille le trente-huitième anniversaire de l’assassinat

-A mon Frère de toujours, Léon Mbia Méka dont le courage et l’honnêteté ont su forcer l’admiration de ses pires ennemis

-A Denis Bouallo à qui je dois ma cure psychopathologique après ma libération du Camp de Concentration de Tcholliré.

A quoi peut bien ressembler le concept de la Protection des Minorités ? Il y a des choses que les kamerunais devront un jour cesser de dissimuler. Le débat sur la cohabitation harmonieuse interethnique au Kamerun est en train d’être faussé à dessein, car depuis près de 6o ans l’entreprise de lavage de cerveau à l’échelle de l’ ensemble de la Nation n’arrête pas de prospérer et connaît   un triomphe de plus en plus exubérant au fil du temps, en raison du fait que le régime Ahidjo et son appendice l’administration Biya sont, en fin de compte, parvenus à oblitérer les pages les plus exaltantes de notre histoire commune et à démolir tous les repères d’orientation et de solidarité du peuple kamerunais. On n’en serait pas là si la guerre de libération du Kamerun avait connu une issue heureuse. Elle a été une débâcle du fait de la violence extrême associée aux méthodes de pacification de l’armée coloniale et de la complicité active de la classe politique officielle entièrement acquise aux autorités françaises. Elle fut, au final, qualifiée de révolte des bamilékés et des bassas, un phénomène isolé qui ne concernait en rien les autres populations du pays.Triste constat.

Dans cette entreprise décidément criminelle datant des années 56 menée par les troupes coloniales dont l’objectif était de livrer le Kamerun , pieds et poings liés à l’impérialisme français, la diabolisation de certaines tribus déterminées à obtenir l’indépendance du Kamerun au prix de leur sang, (les populations bamiléké et bassa en l’occurrence), a été le cheval de Troie derrière lequel le pouvoir colonial et ses héritiers se sont camouflés. La facture a été extrêmement lourde, - 500.000 morts dans la Région Bamiléké et 80.000 dans l’ex Sanaga Maritime entre 1956 et 1960 -, chiffres comparables à ceux du génocide rwandais régulièrement revus à la hausse, passant de 400.000 victimes en 1994 à 800.000 en 2008.

Le sentiment de culpabilité des autres composantes ethniques de la Nation implantées dans les localités en marge des sites de carnage durant les années de plomb, si jamais il existe, ne s’est guère traduit par la résipiscence ou par la revendication collective de l’ouverture, sans délai, des archives coloniales et de celles de l’administration publique des premières années de la ‘République du Cameroun’, en vue de   la reconstitution de la vérité et de l’écriture de notre véritable histoire. La contribution des ressortissants des autres tribus, tout au contraire, consiste de tout temps, jusqu’au moment où je parle, à pointer un doigt accusateur sur toute personne qui prétend interpeler le régime sur ses errements quotidiens, sur le manquement grave à ses promesses vis à vis des kamerunais et sur son allégresse irrésistible à mitrailler ses propres citoyens. Cette volonté manifeste d’ignorer les étapes douloureuses par lesquelles notre histoire est passée est la meilleure des armes du régime pour ralentir notre marche vers la construction d’une Nation paisible, unie et prospère, et vers la modernité.    Shanda Tomne qui ne devrait aucunément avoir honte de ses prises de position aggressives vis à vis du Système Biya a au moins le mérite de se dédouaner devant l’histoire. Même s’il lui arrive de tirer sa révérence aujourd’hui, il tient en main le flambeau qu’il est prêt à passer à la prochaine génération. Son souci, j’en suis certain, n’est pas de jouer au héros, mais de rappeler aux bonnes consciences endormies que nous sommeillons sur un volcan dont l’éruption est imminente.

La veulerie des kamerunais face aux appétits repressifs du pouvoir néocolonial est, en vérité, légendaire. A–t-on besoin de preuves plus bavardes ? Le reste du pays a les yeux cyniquement fermés face à l’acharnement avec lequel le régime Ahidjo-Biya a juré d’anéantir économiquement le pays bakoko/bassa qui n’est qu’un long corridor de transit entre le Port de Douala et la capitale Yaoundé. Aucun projet concret de développement économique intégré ! Le pouvoir central   qui a enfin réussi à flanquer la mauvaise conscience aux populations de ces contrées qu’il qualifie d’éternels rebelles, de maquisards les a, ‘de facto’, tétanisées et acculées à la défensive. Elles ont épuisé leur besace de compromissions pourtant bien fournie au départ, dans la quête incessante des faveurs du régime. Elles se bousculent au portillon, au jour le jour, pour réclamer bruyamment, à travers leurs élites intérieures, extérieures, latérales et centrales, leur Certificat Collectif de Bonne Conduite et de Servilisme vis à vis du système Ahidjo-Biya. A Douala, Edéa, Pouma, Eseka et Makak, le larbinisme a bon dos ; c’est la branche la plus productive du secteur des services au Pays des Hommes les Plus Corrompus du Monde ( en ouagalais, il paraît que le terme correspondant le plus approprié est, selon les experts en langues africaines, le Burkina Mvondo ). C’est malheureusement un investissement foireux car les retombées de cette pratique méprisable, en matière de développement, sont pratiquement nulles. Le Pays Bassa-Bakoko, malgré la lutte héroïque et le sacrifice de ses enfants pour faire du Kamerun une Nation indépendante, est en effet demeuré une sous-exploitation de la Françafrique au Kamerun dans laquelle les ressources énergétiques locales dont regorge la contrée sont littéralement bradées sans effet d’entraînement socio-économique bénéfique pour les populations. C’est une honte pour les élites de ces coins dont les motions de soutien en faveur du pouvoir figurent pourtant parmi les meilleurs morceaux choisis de la flagornerie nationale. C’est si triste qu’au lieu d’en rire, on devrait en pleurer. Passons !

Les populations du pays Bamiléké, par contre, ont courageusement assumé leur automédication psychologique et socioéconomique. Brutalement déguerpies à coup de bombes de leurs villages rasés au napalm par les généraux français Max Brillant, Maurice Robert et le Colonel Lamberton, d’anciens compagnons d’armes de Jean Bedel Bokassa en Indochine et appuyés dans leur tâche exterminatrice  par l’Administrateur des Colonies, Maurice Delaunay,  les populations bamilékés ont dû leur salut à l’exil. Elles ont atterri par charters entiers, parfois à pieds, dans toutes les localités du pays, fuyant leur Région que la soldatesque coloniale avait convertie en gigantesque cimetière à ciel ouvert, en immense restaurant pour les porcs, les  chiens et les vautours devenus pour la circonstance la seule Agence de Pompes Funèbres gratuitement opérationnelle dans ces localités. Ceci, il convient de le rappeler en passant, participait de l’éradication de l’UPC de la vie publique kamerunaise.

Les crimes commis en douce en brousse, dans la discrétion absolue, seront repris à très modeste échelle à Douala, lors de l’incinération du Quartier Congo, à la seule différence que les 15.000 victimes de cette agglomération ont été braisées vivantes, le dimanche 5 avril 1960. Voilà Néron qui brûle Rome par pure délectation artistique ! C’était le premier dimanche d’Avril 1960, durant la semaine de Pâques, tout juste avant la rentrée scolaire prévue le lendemain, lundi 6 avril. Des chrétiens brûlés vifs le jour du Seigneur, jour de paix et de tolérance. Ce jour là l’impérialisme français avait tout simplement aboli toutes les frontières permises du crime et oublié qu’il est une émanation du patrimoine judéo-chrétien de l’Occident. Pourquoi s’en émouvoir ? Ces valeurs culturelles n’ont aucune importance pour ces quelques kamerunais (pour une fois je ne les appelle pas bamilékés pour éviter de me tromper en cas d’ inventaire détaillé) en train de rôtir dans la fournaise, car après tout le christianisme n’est pas leur religion traditionnelle. Je serai hanté par ce spectacle jusqu’au jour où je fermerai mes yeux à tout jamais. Ce sont des choses ignorées par plus de 15 millions de nos concitoyens actuels. Certaines familles n’en parlent même plus. Au nom de quoi avons-nous le droit d’oublier cet holocauste ? Quel collectif d’avocats nationaux pourrait dénoncer ce crime, même s’il n’y a plus de coupables à juger ? Au moins Mme Germaine Ahidjo, notre Première Dame Nationale viendrait, au nom de son défunt époux, solliciter le pardon des familles des suppliciés et  réconcilier la mémoire de son époux avec les descendants de tous ceux qu’il a impitoyablement rayés du monde des vivants.

Quarante neuf ans après, je me demande encore comment la sauvagerie exterminatrice de l’Homme Blanc pourtant investi de la Mission civilisatrice de l’Humanité, selon ses propres dires, a pu en arriver là. C’est le complexe freudien de Néron. L’autodafé du Quartier Congo, voilà l’un des chefs d’œuvre du régime Ahidjo, le Père de la Nation ‘Camerounaise’ qui, ce jour là, à cette heure de l’après-midi, ivre d’extase, jouait sans doute de la lyre ou de la kora à partir du balcon de son Palais du Plateau Atemengue à Yaoundé, en voyant de loin, monter vers le ciel les volutes noires de fumée en provenance de Douala. Cette signature criminelle à elle seule aurait pu imposer la remise en cause de la canonisation d’El Hadj Ahmadou Ahidjo en héros national. Peut-être que cette décision politique très contestable pour les personnes soucieuses de la protection des vies humaines (celles des minorités tout autant que celles des majorités ethniques) trouve son inspiration dans la définition voltairienne du criminel qui précise que ‘lorsqu’on assaissine un homme, on est qualifié d’assassin, lorsqu’on tue plusieurs hommes, on est un héros et lorsque l’on tue tous les hommes, on devient un dieu’. La déification de l’Illustre Prédecesseur de Paul Biya y trouve certainement toute sa raison-d’être. J’aimerais tout simplement savoir, avec un peu de recul, ce qu’en pense Mbouah Massock le pourfendeur des consciences et grand sélectionneur des héros nationaux de son pays devant l’Eternel. Malheureusement, comme beaucoup de mes compatriotes, je respecte ce fait accompli, car en Afrique, il est interdit de juger les morts.

Les kamerunais ne devraient pas avoir la mémoire sélective en raison des pressions alimentaires qui font dorénavant partie de leur quotidien. Aujourd’hui, plus que jamais, la plaquette publicitaire du régime inscrit en gros plan la présentation des bamilékés comme des hordes barbares d’Attila et de Gengis Khan à l’assaut du monde civilisé. Si l’histoire de notre pays était enseignée à nos enfants, on éviterait la promotion de telles aberrations extrêmement dangereuses qui risquent d’aboutir un jour au scénario rwandais. Lorsque Emma’a Basile en 1991, et Mama Fouda Ondobo André, en 2008, recrutent des milices, des voyous du village, leurs cousins et neveux qu’ils ont été incapables de scolariser convenablement, bref, de vulgaires blousons noirs sans le moindre avenir, pour casser du bamiléké à Yaoundé, lorsque Tsimi Evouna donne à ces mêmes Allogènes (pour ceux qui l’ignorent, c’est le nouveau prénom collectif des Bamilékés officiellement reconnu par les autorités administratives du Burkina Mvondo) pourtant détenteurs de titres fonciers des terrains qu’ils occupent, rien que 48 heures pour déguerpir des lieux que l’Administration Municipale de Yaoundé n’a pas pris la peine de viabiliser les décennies précédentes, il y a de quoi pressentir la provocation annoncée et bien consciente d’un embrasement qui pourra bien déboucher un jour sur l’Apocalypse.

Dans le cas d’espèce du Kamerun, la production intellectuelle tendant à justifier la protection des minorités autochtones contre les agresseurs allogènes participe du même programme d’action criminel. Theodor Herzl, journaliste de profession comme James Mouangue Kobila à un moment de sa vie, ne s’imaginait pas, en publiant en  1896, à la fin du XIXème siècle, son manifeste intitulé ‘Der Judenstaat / l’Etat des Juifs’, qu’il embouchait la trompette pour le massacre des populations palestiennes au XXème et  XXIème siècles. C’est ça, l’effet de la répercussion à long terme de certaines idées apparemment innocentes et humanitaires. James Mouangué Kobila n’a aucune raison d’avoir peur. Je sais qu’il croît en l’éducation et l’excellence qui, pour moi également, constituent la seule arme dont disposent les minorités pour s’imposer dans un cadre social. J’ai l’impression que pour en arriver à solliciter la protection des minorités par le Prince, les populations Sawa, celles de Douala en particulier, ont cessé de prôner l’éducation et l’excellence comme leviers d’émancipation et de promotion sociale. Paul Biya est devenu leur dernier recours. La Protection des Minorités  est un paradigme faisant penser à l’oppression et à la domination, à une approche dichotomique qui reconnaît d’un côté la race supérieure, et de l’autre, une sous-race. Le concept de la protection ne s’accompagne pas seulement de l’adoption des mesures administratives relevant de la discrétion du Prince et des dispositions juridiques souvent votées par un Parlement. Il sous-tend, de tout temps, le recours aux armes, à toutes les armes, pour défendre ce qui est prescrit par la Loi, ce qui est censé être un droit.

La brigade d’applaudisseurs siégeant au Palais de l’Assemblée Nationale à Ngoa Ekélé ne manquera guère de voter des lois allant dans le sens de cette absurdité abondamment irresponsable dès lors que chaque mandataire local y verra l’opportunité inespérée de bouter les Allogènes (tout le monde les connaît, ce sont toujours les mêmes comme on dit dans les cercles proches de Biya) hors de son territoire et récupérer ainsi, sans bourse délier et pour son compte, les terres vendues aux Bamilékés avec titre foncier à l’appui. J’espère que le pouvoir en place à Yaoundé n’utilisera pas un jour les baïonnettes pour ‘la sauvegarde des intérêts des minorités autochtones menacées’ par les Allogènes venus des Hauts Plateaux de l’Ouest. Je constate avec appréhension que le décor pour une telle hécatombe est déjà en place. Mais avant de siffler le coup d’envoi d’une telle boucherie, il faudra prévenir les organisateurs de ces festins de vautours et de charognards que 65% des titres fonciers de Yaoundé et Douala sont entre les mains des Bamilékés. Ce sera la pire des fautes. Ce jour verra la résolution de toutes les frustrations endurées par les kamerunais depuis plus d’un demi-siècle. A bon entendeur, salut !

Mais enfin, pourquoi s’obstine-t-on à l’oublier ? Ces allogènes qui ne mendient aucune protection des autorités kamerunaises sont des rescapés,- oui des survivants-, d’un programme d’extermination impitoyable. Leur caractère a été formé à l’expérience de deux épreuves insupportables pour l’être humain, la décimation systématique, et l’ostracisme généralisé bien orchestré par le pouvoir colonial et l’Etat néocolonial à leur encontre.

Fort heureusement, cet instinct de survie cultivé par une ethnie acculée à la méfiance, ainsi que cette détermination à ne compter que sur soi-même ont fini par accoucher d’un concept, le Dynamisme Bamiléké  qui, aujourd’hui, vaut aux Kamerunais de la Province de l’Ouest une campagne  de suspiscion de conquête sournoise du pouvoir confisqué par un régime sans ambition et sans imagination. Ils en sont pourtant les principaux contributeurs sur le plan fiscal,-ayons le courage de l’affirmer-, ils sont la véritable planche à billets, la mamelle nourricière de ce système qui astucieusement tire les ficelles du gigantesque pantin de la machine de propagande nationale qui ne cesse pas de les présenter, la nuit, avec la complicité des ténèbres, comme le danger suprême que court le Kamerun. Comment une toute petite épithète de huit lettres « bamiléké » associée à un terme d’origine grecque « dynamisme » (dunamis) qui signifie tout simplement mouvement peut-elle entraîner une telle levée de boucliers et miroiter aux gens bien pensants l’éventualité d’une guerre civile ?  De quel danger s’agit-il donc ?

Que ceux qui le brandissent nous le décrivent un peu. Le jour où les kamerunais se rappelleront qu’ils sont parvenus à démystifier des présomptions bien ancrées à l’échelle mondiale telles que le football brésilien ou bien le football argentin, en fait le football sud-américain, le meilleur de la Planète, ils feront front commun pour proposer au monde entier la recette du dynamisme bamiléké qui est tout simplement le modèle kamerunais de reconstruction d’un pays au sortir d’une guerre civile,  sans solliciter les leviers de la mendicité internationale, sans recourir aux mécanismes d’ajustements structurels du Fonds Monétaire International. C’est notre marque déposée. C’est la manifestation du génie de notre peuple. Au moment du constat de faillite de certaines théories économiques, qui avec le temps se sont avéré de fantasmes purs et simples, des techniques de gangstérisme financier prônés par les savants occidentaux comme les meilleures recettes  de tous les temps, tels que l’ultralibéralisme, le moment pour l’Afrique de proposer des alternatives solidaires et  crédibles est arrivé.   

Le dynamisme bamiléké est pourtant notre patrimoine collectif. Il est l’incarnation de l’opiniâtreté de notre peuple face aux épreuves insurmontables. Il est l’expression de la résurrection arrogante de cette tranche du peuple kamerunais sortie victorieuse de la répression coloniale, d’une guerre civile dont l’ethnie a, en victime expiatoire, assumé les péripéties les plus cruelles voisines de l’anéantissement programmé, et ce, sans le recours au Plan Marshall ni aux ajustements structurels de la Banque Mondiale. C’est le miroir devant lequel tout kamerunais doit se regarder le matin. J’en suis fier, car dans cette volonté de survivre, je reconnais effectivement le slogan de l’immortalité du Mouvement Nationaliste Kamerunais (l’UPC), contre lequel était dirigé ce génocide vicieusement ethnocentré.  C’est la seule lecture objective que tout kamerunais bien averti de l’histoire de notre pays, peut faire de ce concept contre lequel semblent enrager certains de nos intellectuels.

Le souvenir de l’extermination de 500.000 ressortissants d’un pays qui ne comptait que 3.500.000 âmes durant ces années de tueries aveugles, soit près de 15% de sa population totale a de quoi guérir de l’amnésie tous ceux qui veulent, par lâcheté ou par cynisme passer en perte et profit la tragédie historique du peuple bamiléké. Comment nos intellectuels prétendent-ils reconnaître en Ernest Ouandié l’un de nos plus grands héros nationaux sans s’interroger sur la contradiction bouleversante de l’autodénonciation hâtive et bâclée, par l’Etat, du honteux assassinat de l’intéressé organisé par le Prince lui-même, entre juillet 1970 et janvier 1971, avec tout l’éclat et tout le faste dignes du Colisée sous la Rome Impériale ? De pareils revirements nécessitent la mise en place d’une procédure de révision de ce procès en sorcellerie  infâme et médiéval suivi de l’indemnisation de l’ensemble des victimes, de Njassep Mathieu, encore vivant, à Tabeu Gabriel, alias Wambo le Courant et Fossing Raphael.   Ernest Ouandié n’est pas un ‘Deus ex Machina’  dont le parcours est intraçable.

Sa mise à mort a été le couronnement d’un holocauste, d’une chorégraphie sanguinaire dont le maître des cérémonies avait été  le Chef de l’Etat en personne, le Premier Magistrat de la République. Ouandié appartenait à une organisation politique, à une famille charnelle, à tout un peuple. Beaucoup de personnes, à ces trois niveaux de rapprochement par rapport à lui ont payé de leur vie. Sadou Daoudou avait proféré en 1973, lors d’une conférence de presse que la mise à mort de Ouandié marquait la fin de la rebellion et l’enterrement définitif de l’Union des Populations du Cameroun. Décidément les repères historiques, au Kamerun, se limitent aux assassinats politiques !

J’ai de plus en plus l’impression que les coursiers de commerce du régime, ses agents de propagande en tout cas, génés par la persévérance du phénix bamiléké qui renaît de ses cendres chaque fois qu’on le brûle en perdent le sommeil. Leur stratégie de fond consiste désormais à arracher aux Bamilékés eux-mêmes la promesse tacite de s’interdire, au nom de la stabilité des institutions nationales, de l’Unité Nationale, du CRATRE, du PRESBY et tutti quanti, toute ambition politique orientée vers la conquête du pouvoir. Bravo !!! Qui nous a dit que l’intimidation manque d’imagination ?  Après les massacres au soleil, c’est le temps de faire des Bamilékés des citoyens de deuxième classe, littéralement privés de tous leurs droits civiques, et partant, de certains droits humains, parmi lesquels celui d’éligibilité pour certaines fonctions précises dans leur propre pays. Il est vrai que toutes les autres tribus y ont renoncé pour se réfugier dans l’abri antiatomique de l’Homme-Lion, le Petit Père des Peuples.

Après le complot de l’extermination qui a complètement échoué, le relais est repris par celui de l’exclusion politique à laquelle le peuple bamiléké est convié, par patriotisme, à apporter sa propre contribution (ce sera sans doute le prochain thème de campagne de Françoise Foning pour conserver son poste de Maire de Bonamoussadi/Makèpè). Personne n’avait levé le petit doigt pour protéger les kamerunais originaires des Hauts-Plateaux de l’Ouest contre le délire sanglant du génocide colonial.

Il était même hors de question, durant ces années terribles, de protéger les bamilékés, peuple de maquisards dont il fallait réduire les effectifs. On leur fait aujourd’hui le procès des ambitions politiques, seules ambitions démesurées au Burkina Mvondo, le Pays des Motions de Soutien et des Grandes Ambitions. Les ‘Allogènes’ n’étaient pas une minorité ethnique à l’époque, et le concept de la protection des majorités ethniques, de toute manière, n’a jamais été à l’ordre du jour, surtout pas au Kamerun. C’est tout simplement incroyable !!! Cela s’appelle du chantage grossier  et de la discrimination, deux crimes contre l’humanité. Aux Etats Unis d’Amérique et en Afrique Australe, des millions de Noirs ont payé l’abolition de la discrimination de leurs vies. Au Pays des Hommes Corrompus, le concept est en pleine gestation.

Les générations futures ont le devoir d’empêcher son émergence. Nous devons arrêter les errements tribalistes de nos populations et du pouvoir dès maintenant. Si nous attendons demain, il sera trop tard. Je termine mon analyse par la même réflexion faite par Pierre Abanda Kpama, Jean Jacques Ekindi et James Onobiono lors de trois conversations totalement différentes que j’ai séparément eues avec les intéressés, il y a plus de 17 ans de celà. ‘Le véritable problème de notre pays, m’a rappelé chacun d’eux, comme s’ils s’étaient concertés, est que nous avons à faire à une fonction publique prédatrice, prébendière et prête à tout pour protéger ses intérêts. Le problème bamiléké est un faux problème ; leur principale force est le courage d’oser, la volonté de réussir et l’endurance indéracinable face à l’échec. En y ajoutant la perfection et l’excellence qui ne sont pas leur propriété exclusive, il est possible de rattraper la plupart de leurs milliardaires en moins d’une génération.’

On discutait également du dynamisme bamiléké. Aucun d’entre eux n’avait évoqué la moindre théorie exterminatrice des allogènes  ou protectrice des minorités. Bien au contraire l’assainissement des mœurs managériales et des pratiques administratives de l’Etat semblait être leur principale préoccupation. J’avais constaté avec satisfaction que tout en partageant tous les 3 les mêmes convictions, ils étaient pourtant de confessions politiques différentes. Je crois en toute sincérité qu’ils ne sont pas les seuls à être de cet avis.

Nous avons le devoir de préparer le futur de nos enfants. En ces temps de retour en force du tribalisme, les dernières émeutes contre la vie chère et la répression sélective qui s’en est suivie ont confirmé que le régime conserve son discours débile et discriminatoire, bien connu de tout le monde depuis 56 ans, et continue à appliquer les recettes du bréviaire de ses réactions ataviques fondées sur le lavage du cerveau et la rhétorique du mensonge. Ces mouvements sociaux qui étaient pourtant l’expression légitime des masses affamées et privées de perspectives ont finalement été enrôlés dans le registre de la déstabilisation du Renouveau par les Anglo-bamis. Sont-ils en fin de compte les seuls à constater que le Kamerun va à la dérive ?

Martin Ebele-Tobbo

Nations Unies

Nairobi (Kenya)      

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09 janvier 2009

LE MESSAGE DU PRESIDENT PAUL BIYA AU CAMEROUNAIS

Happy_New_year

Camerounaises, Camerounais,

Mes chers compatriotes,

Au début de l’année qui s’achève, nous étions en droit de penser que les conditions étaient réunies pour que nous puissions consacrer nos efforts à l’atteinte des objectifs que nous nous étions fixés, c’est-à-dire à la consolidation de nos institutions démocratiques et à la relance de notre croissance économique. Les élections législatives et municipales avaient en effet dégagé des majorités fortes et homogènes et par ailleurs des signaux encourageants annonçaient la reprise de notre économie. Sans attendre, nous avons donc engagé le processus de la révision constitutionnelle afin de lever une hypothèque qui pesait sur notre avenir politique à moyen terme. Je crois que la majorité du peuple camerounais a compris le sens de cette réforme qui, en tout état de cause, laisse toutes les options ouvertes. Dans le même esprit, nous avons poursuivi la mise au point d’ELECAM qui renforcera la crédibilité de notre système électoral, tandis que se déroulait méthodiquement le processus de décentralisation dont le Sénat sera bientôt le couronnement.

Programme économique

Nous n’avons pas pour autant ménagé nos efforts dans l’exécution de notre programme économique et financier triennal. Les institutions financières internationales nous en ont donné acte comme pour la gestion de nos finances publiques. L’élaboration de notre prochain programme tiendra compte de ce qui reste à faire en ce qui concerne les réformes structurelles. Cette bonne tenue de notre économie nous a permis d’enregistrer quelques progrès : notre taux de croissance s’est redressé et l’inflation a été freinée. Autre signe prometteur, notre production industrielle s’est relevée. Même s’ils peuvent paraître insuffisants, ces progrès sont révélateurs d’une tendance au redressement et d’un retour à la confiance. J’en veux pour preuve les multiples propositions qui nous sont faites par de grands groupes nationaux et étrangers désireux de s’associer à nous pour exploiter nos ressources naturelles et développer nos capacités énergétiques. Ainsi se poursuivait notre action en faveur du développement démocratique, économique et social de notre pays lorsque se sont produits divers événements imprévus qui sont venus singulièrement compliquer notre tâche.

Fin février d’abord, dans plusieurs de nos centres urbains, des désordres ont éclaté en protestation contre la hausse du coût de la vie, les pénuries d’eau et d’électricité, le chômage, etc. Même si ce mécontentement a été instrumentalisé politiquement, il faut reconnaître que les revendications qui se sont exprimées à cette occasion n’étaient pas sans fondement.

Je l’ai compris et, tout en désapprouvant les excès qui avaient été commis au détriment de notre patrimoine national, j’ai demandé au gouvernement de prendre rapidement des mesures pour donner satisfaction aux revendications les plus légitimes.

C’est ainsi que les prix des produits de première nécessité ont pu être contenus par des baisses de droits et taxes et par des importations ; que le coût des carburants a été stabilisé ; que la spéculation a été combattue ; et que, dès que cela a été possible, les salaires des agents de l’Etat ont été relevés et que le recrutement a repris dans la fonction publique. Avec le recul, et tout en admettant une certaine imprévoyance de la part des pouvoirs publics, je crois pouvoir dire que nous aurions pu nous dispenser de ces désordres qui ont coûté cher à notre économie. Il existe en effet dans notre pays des partis politiques, des syndicats, des associations dont le rôle est précisément, en tant que corps intermédiaires, de transmettre au gouvernement les doléances de leurs mandants. Je peux vous assurer que ceux-ci trouveront toujours auprès de moi une oreille attentive, si leurs revendications sont fondées et s’ils sont animés d’un véritable esprit de négociation.

Crise financière internationale

Au cours de l’été, les turbulences qui avaient affecté divers pays sous la forme d’une crise alimentaire, particulièrement en Afrique, ont gagné le système financier international. Des Etats-Unis d’Amérique, elles se sont propagées en Europe, puis en Extrême-Orient, et finalement ont ébranlé toute la planète. Bien évidemment, nous sommes tous concernés. Toute la question est de savoir comment et dans quelle mesure. A première vue, à court terme, l’impact de la crise financière sur notre économie pourrait être limité. Notre secteur bancaire qui est sain et un peu en marge du système financier international, ne devrait pas être sérieusement menacé. En revanche, à moyen terme, on ne peut exclure que nous subissions le contrecoup de la crise de l’économie réelle qui se profile à l’horizon. Nos exportations pourraient souffrir de la chute des cours du pétrole et de la baisse des prix des matières premières, ce qui entraînerait une diminution de nos recettes fiscales et douanières. En raison de l’incertitude qui caractérise les évolutions en cours, il est très difficile d’émettre un pronostic précis sur les effets de la crise pour l’économie de notre pays. Dans l’immédiat, il est clair qu’elle ne peut que nous compliquer la tâche dans les efforts que nous avons entrepris pour relancer notre taux de croissance. Si, par contre, elle donne lieu à une réorganisation du système financier international et à une régulation de la mondialisation, on peut espérer que ses effets seront limités dans leur étendue et dans la durée. L’hypothèse la plus souvent retenue est qu’elle pourrait être relativement brève et se résorber début 2010. Si tel était le cas, nous devrions maintenir notre cap afin d’anticiper la sortie de crise. En clair, cela signifie que nous devrions accélérer l’allure en développant, comme prévu, notre secteur agricole et en lançant sans plus attendre nos grands projets énergétiques, industriels et miniers. En même temps, nous devrions poursuivre l’extension de nos infrastructures routières, portuaires et de télécommunications. S’agissant de l’emploi, l’Etat a déjà donné l’exemple en autorisant d’importants recrutements dans l’Armée et la Police. La pire des choses serait de se contenter de subir, en attendant un secours hypothétique venu d’ailleurs. Même s’il est permis d’espérer que les concertations au niveau mondial apportent à terme, des solutions à la crise, nous devons, me semble-t-il, dans les circonstances présentes, compter surtout sur nos propres forces et faire nôtre la devise : “ aide-toi, le ciel t’aidera ”. J’aurai l’occasion de revenir très prochainement sur ce point. Pour traverser cette mauvaise passe, nous ne sommes pas sans moyens. Nous devons à tout prix utiliser au mieux les ressources de notre budget d’investissement public et les fonds provenant de l’annulation de la dette, dont le taux de consommation reste trop bas. Nous devons aussi convaincre les banques de pratiquer une politique de crédit moins timide, en leur donnant éventuellement des garanties. Nous devons enfin canaliser l’épargne populaire qui est loin d’être négligeable, vers des projets rentables à court terme. Par ailleurs, l’Etat pourra être amené, si nécessaire, à prendre des mesures de soutien à l’économie. Il nous faudra aussi rester attentifs à la situation de la partie de la population la plus exposée à un éventuel ralentissement de l’activité économique et donc au chômage. Notre politique de l’emploi devra se montrer plus vigoureuse. L’évolution des prix de première nécessité restera sous haute surveillance. La lutte contre la spéculation sera poursuivie et renforcée. Bref, tout ce qui peut concourir à soutenir la consommation devra être envisagé. Il va de soi que parallèlement nous continuerons à doter notre pays des équipements auxquels il a droit, en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures diverses pour améliorer les conditions d’existence de nos populations. Pour me résumer, j’ai la conviction que, si nous utilisons à plein les moyens qui sont les nôtres, si nous faisons face à la crise avec détermination, nous traverserons cette nouvelle épreuve sans trop de dommages et je ne doute pas que la crise passée nous reprendrons notre marche en avant, avec encore plus d’allant.

Rétrocession complète de Bakassi

Au moment même où il devenait évident que la crise était de dimension mondiale, nous célébrions la rétrocession complète de la péninsule de Bakassi au Cameroun. J’avais souligné à l’époque que le mode de règlement qui avait été adopté me paraissait avoir une valeur d’exemple et que la cérémonie de Calabar ouvrirait une nouvelle ère de nos relations avec le Nigeria. Je persiste à le croire. A cet égard, les incidents qui se sont produits récemment dans la région de Bakassi et dans lesquels la responsabilité des autorités nigérianes n’était aucunement engagée, me renforcent dans la conviction qu’une étroite coopération avec Abuja est indispensable pour mettre fin à l’insécurité qui règne dans cette zone. Sans doute faudra-t-il aller au-delà et associer tous les pays intéressés à mettre en place un dispositif de nature à sécuriser le Golfe de Guinée et le Littoral camerounais en particulier. Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas des incidents comme ceux que nous avons connus au cours des derniers mois et tout récemment encore, qui nous feront renoncer, comme nous nous y sommes engagés, à apporter aux populations de Bakassi les moyens de développement indispensables dans les domaines de l’administration, de la sécurité, de l’éducation et de la santé.

Mes chers compatriotes,

La vie des Etats est devenue si complexe, aussi bien au plan interne que dans leurs relations entre eux, qu’il existe toujours une part d’imprévisible dans les événements auxquels ils sont confrontés. C’est la tâche des gouvernants de réduire cette part d’imprévisible autant que possible afin de mener à bien les politiques conformes aux engagements qu’ils ont pris devant leurs peuples. Je puis vous assurer qu’en ce qui me concerne les désordres, les difficultés dues à la crise, les incidents provoqués par des groupes armés ne me feront pas dévier de ma route. Les priorités que nous nous sommes fixées – relance de la croissance, amélioration du niveau de vie, lutte contre la corruption – constituent ma “ feuille de route ”. Les circonstances peuvent nous rendre la tâche plus ardue mais, soyez en sûr, nous ne reculerons pas devant les obstacles.

Comme toujours, j’aurais besoin de votre confiance et de votre soutien pour les surmonter. Mais je ne doute pas qu’ensemble nous y parvenions. Mes chers compatriotes, Le moment est maintenant venu pour moi de vous présenter à toutes et à tous mes vœux les plus sincères de santé et de bonheur pour la Nouvelle Année.

Bonne et Heureuse Année 2009.

Vive le Cameroun.

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04 décembre 2008

CAMEROUN: PAUL BIYA, 26 ANS DE MAGISTERE.

Cameroun : Paul Biya, 26 ans de magistère, 32 remaniements, 264 ministres utilisés JeanCalvin Ovono)

Lorsque le président de la République , son excellence Paul Biya prête serment le samedi 06 novembre 1982, il trouve en place une équipe gouvernementale laissée par son prédécesseur. Celle-ci est composée en majorité d’amis et inconditionnels de feu Ahmadou Babatoura Ahidjo.

On y trouve également d’anciens camarades de Paul Biya, des admirateurs et des courtisans. Fidèle à sa conception de la politique et à sa pratique du pouvoir, le chef de l’Etat va être obliger d’effectuer des réajustements ministériels au gré de ses besoins et des exigences. Par sa prudence légendaire, son souci d’équilibre, son goût de la nuance et sa volonté à se positionner à mi-chemin de tous les extrêmes, il a procédé à 32 remaniements ministériels en  26 ans de magistère. Ainsi, des analystes estiment la durée de vie d’un gouvernement sous Biya entre 09 et 10 mois. Le nombre de ministres et assimilés est passé de 35 membres lors du remaniement du 18 avril 1983 à 60 dans le gouvernement du 07 septembre 2007. Le poste de Premier ministre a été supprimé du 04 février 1984 au 26 avril 1991, alors que les secrétaires d’Etat ont remplacé les vice-ministres. Plusieurs ministères ont été disséqués en 2, 3, voir 4 départements.

C’est le cas de l’Education nationale qui se retrouve aujourd’hui répartie en cinq (5) portefeuilles : Education de base, Enseignements secondaires, Enseignement supérieur, Recherche scientifique et Innovation, Formation professionnelle et Emploi. Tous les ministères ont changé de dénomination au moins une (01) fois. Le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat ayant enfanté le ministère des Domaines et Affaires foncières, est devenu tour à tour ministère de la Ville et ministère du développement urbain et de l’Habitat.

Pour asseoir son option de ‘’rigueur et moralisation’’, réaliser son programme de ‘’grandes ambitions’’, l’homme lion a utilisé près de 265 personnalités à différents postes de son appareil gouvernemental. Il ne faut surtout pas croire que le renouvellement des effectifs a été de règle. Des compagnons de premières heures accompagnent depuis toujours le chef de l’Etat, et donnent une nette  impression que l’on fait du neuf avec du vieux (Philemon Yang, René Emmanuel Sadi, Amadou Ali, Dorothy Njeuma, Paul Tessa, Jean Kuete, Hele Pierre, Joseph Fofé, Jean Foumane Akame, Bello Bouba, Hamadou Moustapha …).

Entre autres faits de ces 32 remaniements, 08 ont été effectués au mois d’avril, 05 en septembre, 04 en août, novembre et décembre, 02 en juillet, 01 en janvier, février, mars, mai, mais aucun au mois d’octobre. Paul Biya a remanié 14 fois le vendredi, 07 fois le samedi, 04 fois le jeudi, 03 fois le lundi et le mercredi, 02 fois le dimanche et jamais le mardi. Le record de longévité à un poste ministériel est détenu par Hamadjoda Adjoudji, ministre de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales du 07 juillet 1984 au 04 décembre 2004. Presque 21 ans dans le même bureau pour ce docteur vétérinaire.

Le plus bref des passages est celui de Théodore Lando, ministre de la Jeunesse et Sports pendant 07 mois (du 09 avril 92  au 27 novembre 1992). Joseph Owona, considéré à tort ou à raison comme ministre sapeur pompier du Renouveau, est la personnalité ayant occupé le plus grand nombre de postes ministériels : Secrétaire général adjoint PRC (24 août 1985 –  16 mai 1988), ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative (16 mai 1988 – 07 décembre 1990), ministre de l’Enseignement supérieur, Informatique et recherche scientifique (07 décembre 1990 – 09 avril 1992), Secrétaire général PRC (09 avril 1992 – 21 juillet 1994), ministre de la Santé (21 juillet 1994 – 19 septembre 1996), ministre délégué au Contrôle supérieur de l’Etat (19 septembre 1996 – 07 décembre 1997), ministre de la Jeunesse et Sports (07 décembre 1997 – 18 mars 2000), ministre de l’Education nationale (18 mars 2000 – 04 décembre 2004). Soit un cumul de 21 ans à la fonction de ministre pour le Pr Joseph Owona, en omettant bien sûr son passage au poste de Chancelier de l’université du Cameroun.

L’on se rend également compte que certaines personnes ont occupé des postes dits stratégiques. Dans ce répertoire, on cite Laurent Esso (directeur du cabinet civil, secrétaire général à la présidence, ministre de la Défense , ministre de la Justice , ministre des Relations extérieures), Edouard Akame Mfoumou (secrétaire général à la présidence, ministre des Finances, ministre de la Défense ), Amadou Ali (secrétaire d’Etat à la gendarmerie, secrétaire général à la présidence, ministre de la Justice et ministre de la Défense ). Deux fidèles collaborateurs du président Biya sont morts en exercice : les ministres Réné Owona et Justin Ndioro. Par contre, sept ministres se retrouvent derrière les barreaux : Titus Edzoa, Pierre Désiré Engo, Mounchipou Seidou, Siyam Siwé, Botoo à Ngon, Olanguena Awono et Polycarpe Abah Abah.

Loin d’avoir la prétention de proposer à nos nombreux lecteurs la clé de toutes les énigmes relatives aux choix des dates et des personnes, le présent document fournit tout simplement des données. Et, nous vous présentons ici la liste, non moins complète, des personnalités utilisées par l’homme du Renouveau  dans son appareil gouvernemental.

Les ministres du Renouveau entre

novembre 1982 et novembre 2008

1°) Abdoulaye Souaibou

2°) Aboubakary Abdoulaye

3°) Aboubakary Sarki

4°) Adolphe Moudiki

5°) Adrien Kouambo

6°) Adama Modi Bakari

7°) Adoum Gargoum

8°) Adoum Garoua

9°) Albert Ngome Kome

10°) Alphonse Siyam Siewe

11°) Alim Hayatou

12°) André Manga Ewolo

13°) André Bo’oto A Ngon

14°) André Ngongang Ouandji

15°) André Bello Mbelle

16°) Amadou Ali

17°) Ama Tutu Muna

18°) Aminou Oumarou

19°) Antoine Ntsimi

20°) Antoine Zanga

21°) Augustin Thierry Edjoa

22°) Antar Gassagaye

23°) Augustin Frederic Kodock

24°) Augustin Kontchou Kouomegni 

25°) Athanase Eteme Oloa

26°) Arrey Nkongho

27°) Ayang Luc

28°) Ayuk Takem

 

 

29°) Bava Djingoer

30°) Baba Amadou

31°) Baba Hamadou

32°) Babale Abdoulaye

33°) Badel Ndanga Ndinga

34°) Bernard Messengue Avom

35°) Benjamin Amama Amama

36°) Benjamin Itoe

37°) Bello Bouba Maigari

38°) Bernard Messengue Avom

39°) Bernard Massoua II

40°) Bidoung Mkpatt

41°) Bipoun Woum

42°) Bol Alima

43°) Boubakary Yerima Halilou

 

 

44°) Catherine Bakang Mbock

45°) Catherine Abena

46°) Christian Songwe Bongwa

47°) Chongwain Awunti

48°) Christopher Nsahlai

49°) Chungong Ayafor

50°) Charles Salé

51°) Charles Etoundi

52°) Clobert Tchatat

53°) Claude Joseph Mbafou

54°) Claude Tchepanou

55°) Cécile Bomba Nkolo

 

 

 

56°) Dawairou

57°) David Abouem A Tchoyi

58°) Daniel Kamgueu

59°) Daniel Njankouo Lamere

60°) Dakole Daïssala

61°) Denis Oumarou

62°) Denis Ekani

63°) Delphine Tsanga

64°) Dieudonne Ambassa  Zang

65°) Dieudonne Monthe

66°) Douala Moutome

67°) Dorothy Njeuma

 

 

 

68°) Emmanuel Ngafeeson

69°) Emmanuel Edou

70°) Emmanuel Bonde

71°) Emmanuel Egbe Tabi

72°) Emmanuel Zoa Oloa

73°) Edouard Akame Mfoumou

74°) Edouard Koulla

75°) Edouard Nomo Ongolo

76°) Egbe Achuo Hillman

77°) Edgar Alain Mebe Ngo’o

78°) Edmong Moampea

79°) Ephraïm Ngwafor Ndeh

80°) Ephraïm Inoni

81°) Esaïe Charles Toko Mangan

82°) Elvis Ngole Ngole

83°) Elisabeth Tankeu

84°) Eloundou Mani

85°) Essimi Menye

86°) Eteki Mboumoua

87°) Eko Ngomba

88°) Ebenezer Njoh Mouelle

 

 

 

89°) Felix Tonye Mbog

90°) François Sengat Kuo

91°) Ferdinand Leopold Oyono

92°) Francis Nkwain

93°) Ferdinand Koungou Edema

94°) Francois-Xavier Ngoubeyou

95°) Fuh Calistus Gentry

 

96°) Gilbert Andze Tsoungui

97°) Gilbering Bol Alima

98°) Gervais Mendo Ze

99°) Georges Ngango

100°) Garga Haman Adji

101°) Grégoire Owona

102°) Godlieb Monekosso

103°) Gounokou Haounaye

104°) Guillaume Bwele

 

 

 

105°) Hans Nyetam Nyetam

106°) Hamadou moustapha

107°) Haman Adama née Halimatou Majionde

108°) Henri Engoulou   

109°) Henri Eyebe Ayissi

110°) Henri Hogbe Nlend

111°) Hamadjoda Adjoudi

112°) Hubert Nkoulou

113°) Hele Pierre

 

 

 

114°) Isabelle Bassong

115°) Ibrahim Mbombo Njoya

116°) Issa Tchiroma Bakary

117°) Isabelle Tokpanou

 

 

 

 

118°) Jacques Fame Ndongo

119°) Jacques Roger Booh Booh

120°) Joseph Aoudou

121°) Joseph zambo

122°) Joseph Fofe

123°) Joseph Dion Ngute

124°) Joseph Desire Nguenang

125°) Joseph Ndion Ngute Joseph

126°) Joseph Tsanga Abanda

127°) Joseph Zambou Zoleko

128°) Joseph Marie Bipoun Woum

129°) Joseph Mboui

130°) Joseph Mbede

131°) Joseph Yunga Teghen

132°) Joseph Charles Doumba

133°) Joseph Awunti Chongwain

134°) Joseph Owona

135°) Jean kuete

136°) Jean Fouman Akame

137°) Jean Claude Etogo

138°) Jean Marcel Mengueme

139°) Jean Bosco Cheuoua

140°) Jean Baptiste Bokam

141°) Jean Baptiste Yonke

142°) Jean Baptiste Baskouda

143°) Jean Bosco Samgba

144°) Jean Fochive

145°) Jean-Marie Antangana Mebara

146°) Jean Marie Aleokol

147°) Jean-Marie Gankou

148°) Jean Bernard Sindeu

149°) Jérôme Emilien Abondo

150°) Jerome Obi Etah

151°) John Ebong Ngole

152°) John Niba Ngu

153°) Joel Moulen

154°) Julienne Ngo Som

155°) Justin Ndioro

 

 

 

156°) Kamga Njike

157°) Kibuh Tume Henry

 

 

158°) Lekene Donfack

159°) Leonard Claude Mpouma

160°) Laurent Serge Etoundi Ngoa

161°) Laurent Esso

162°) Louis Marie Abogo Nkono

163°) Louis Bapes Bapes

164°) Louis Paul Motaze

165°) Luc Magloire Mbarga Atangana

166°) Lucy Ngwanmessia

 

 

 

 

167°) Maïdadi sadou

168°) Mahamat Paba Sale

169°) Martin Belinga Eboutou

170°) Madeleine Fouda

171°) Madeleine Tchuente

172°) Marafa Hamidou Yaya

173°) Maurice Kamto

174°) Maurice Tchuente

175°) Marcel Niat Njifendji

176°) Martin Medjo

177°) Maximin N' Koue Nkongo

178°) Martin Aristide Leopold Okouda

179°) Maikono Abdoulye

180°) Mbombo Njoya

181°) Mohamadou Labarang

182°) Michael Namaya

183°) Michel Kima Tabong

184°) Michel Meva’a M’eboutou

185°) Mbombo Njoya Ibrahim

186°) Mbila Simon

187°) Mounchipou Seidou

 

 

188°) Nfor Gwei

189°) Nana Sinkam

190°) Nana Aboubakar Djalloh

191°) Njiemoun Mama

192°) Ndeh John Begheni

193°) Ngole Ngole Elvis

 

 

194°) Oteh Emmanuel Anyie

195°) Oumarou Denis

195°) Ogork Ebot Ntui

 

 

 

196°) Philemon Yang

197°) Philemon Beb à Don

198°) Paul Atanga Nji

199°) Paul Tessa

200°) Pierre Hele

201°) Pierre Désire Engo

202°) Pierre Souman

203°) Pius Ondoua

204°) Pascal Anong Adibime

205°) Patrice Mandeng Ambassa

206°) Peter Agbor Tabi

207°) Philippe Menye me Mve

208°) Philippe Dieudonné Mbarga Mboa

209°) Philippe Mataga

210°) Peter Mafany Musonge

211°) Peter Abety

212°) Polycarpe Abah Abah

 

 

 

 

213°) Raphaël Onambele Ela

214°) Rene Owona

215°) Rene Ze Nguele

216°) Remy Ze Meka

217°) Robert Mbella Mbappe

218°) Robert Nkili

219°) Rose Zang Nguele

220°) Roger Tsoungui

221°) Roger Melingui

 

 

222°) Samuel Makon

223°) Samuel Eboua

224°) Sadou Daoudou   

225°) Sadou Hayatou

226°) Sanda Oumarou

227°) Samson Ename Ename

228°) Salomon Nfor Gwei

229°) Seyni Katchalla

230°) Shey Jones Yembe

231°) Siegfried David Etame Massoma

232°) Simon Njami Nwandi

234°) Simon Bassilekin

235°) Simon Achidi Achu

236°) Simon Mbila

237°) Stephen Njinyam

238°) Suzanne Bomback

239°) Sylvestre Naah Ondoua

 

 

 

 

240°) Tanyi Mbianyor Oben

241°) Tori Limangana

242°) Titus Edzoa

243°) Titti Pierre

244°) Tikela Kemonne

245°) Tchouta Moussa

246°) Thomas Dakayi Kamga

247°) Theodore Lando

248°) Tsala Messi

 

 

249°) Urbain Olanguena Awono

 

 

250°) Victor Mengot

251°) Victor Ayissi Mvodo

252°) Victor Anomah Ngu

 

253°) William Eteki Mboumoua

 

 

254°) Youssoufa Daoudou

255°) Youssoufa Daouda

256°) Yunga Teghen

257°) Yves Mbele

258°) Yao Aïssatou

259°) Yaouba Abdoulaye

260°) Zacharie Perevet

  261°) Bell Luc Réné

262°) Pierre Minlo Medjo

263°) Luc Loé

264°) Jean Baptiste Béléoken

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12 novembre 2008

LES UNIVERSITAIRES CAMEROUNAIS

Raymond Ebale : Les universitaires camerounais entre victimisation et culpabilité Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

L’historien de l'économie, analyse la déchéance de l’élite intellectuelle et propose de solutions pour sortir du « cercle vicieux ».

Méprisés, rejetés, manipulés, assujettis, utilisés, infantilisés, incompris et finalement réduits à rien du tout, tel est sans complaisance l’image qu’offrent les universitaires de la présente République du Cameroun. Un tableau qui donnerait sûrement à sourire, mais alors un sourire qui se voudra jaune, si l’on tient compte des conséquences de ce triste tableau sur la destinée de notre pays.

Pour cela essayons tout d’abord de voir comment se définie un universitaire. D’après le dictionnaire français, le terme universitaire renvoie d’abord à ce qui est relatif à l’université, à ce qui relève de l’enseignement supérieur. Ensuite il désigne toute personne qui est membre de l’université.

Mais s’il faille aller plus loin, nous dirons que l’universitaire n’est pas seulement celui qui a atteint ce sommet de la connaissance. Il est également celui qui a accumulé un savoir unique dans un domaine précis de la vie – c’est l’objet d’une thèse de doctorat – et dans lequel il détient une expertise unique. A ce stade, l’universitaire devient aussi un chercheur, capable de produire des résultats. Des exemples (hélas en voie de disparition) abondent dans notre pays d’universitaires de renom qui ont fait des preuves. Je m’arrête à quelques noms : Chuijang Pouemi et Georges Ngango en économie, Joseph Marie Essomba et Engelbert Mveng en histoire et archéologie, François Mbomé en droit, Jean Marc Ela en sociologie, Hogbe Nlend en mathématiques, Eno Belinga en géologie etc.

Les universitaires sont de la sorte considérés comme l’élite intellectuelle d’un pays, à côté, selon la classification sociologique, des élites technocratiques, de propriété, traditionnelles, charismatiques, idéologiques ou symboliques. Guy Rocher définit l’élite comme « les personnes ou les groupes qui, par suite du pouvoir qu’ils détiennent ou de l’influence qu’ils exercent, contribuent à l’action historique d’une collectivité, soit par les décisions qu’ils prennent, soit par les idées, les sentiments ou les émotions qu’ils expriment ou qu’ils symbolisent » . Aussi pouvons nous dire que tout comme le sont les généraux dans les forces armées, les universitaires forment la primeur de la connaissance et de la pensée intellectuelle d’une société. Toute la symbolique de leur mission n’est-elle pas bien exprimée dans la définition précédente ?

Voilà pourquoi de tout temps, cette catégorie d’hommes et de femmes a toujours fait l’objet d’une attention particulière de la part des Etats et des gouvernements qui se respectent et d’une reconnaissance singulière de la part de la société qui les accueille. Car de tout temps, l’université (ou l’enseignement supérieur) est toujours apparue comme le poumon de tout pays véritablement jouer un rôle sur l’échiquier international. En effet c’est ici que partent toutes les innovations, scientifiques, technologiques, philosophiques, cognitives…dont se sert la société pour muter, se développer et s’épanouir. Voilà pourquoi on a coutume de dire que si vous voulez réellement connaître le niveau socio-mental d’un pays, allez d’abord visiter son université. Voilà aussi pourquoi les mercenaires internationaux que sont les institutions financières internationales travaillent à étouffer le développement des universités africaines au profit du soit disant enseignement de base qui absorbent actuellement l’essentiel des financements affectés à l’éducation dans nos pays. Car ils savent qu’un enseignement supérieur fort est synonyme d’universitaires forts et donc moins d’assistants techniques et de coopérants. Si nos gouvernements pouvaient le comprendre.

A l’exemple du Président Abdoulaye Wade du Sénégal qui, quelque temps après sa prise de pouvoir décida de revisiter le statut des universitaires de son pays (à la suite de celui des ministres), en améliorant leurs émoluments. Le salaire minimal d’un universitaire sénégalais est ainsi de 600 000 Fcfa pour un débutant et au delà de 1 000 000 Fcfa pour les plus anciens. Ces montants varient entre 800 000 Fcfa et 1 200 000 Fcfa dans les pays comme le Rwanda, le Gabon ou le Malawi. A l’exemple également du Cameroun d’avant la réforme universitaire de 1993, période au cours de laquelle les universitaires de notre pays étaient fort épanouis et ont magnifiquement contribué à la formation de milliers de cadres qui font aujourd’hui la force de plus de plusieurs administrations. L’auteur de cette réflexion est un pur produit de cette école là. D’autres exemples abondent cependant ailleurs. Qui pourraient s’évaluer sur le strict plan infrastructurel, c’est-à-dire des moyens mis à la disposition des universitaires pour exercer pleinement leur profession et apporter à leur société des réponses concrètes à son épanouissement. C’est le rôle que joue par exemple en France le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS), véritable laboratoire où se façonne toute la pensée théorique et pratique de la société française et où beaucoup d’entre nous sont également allés s’abreuver.

Comme semble le perpétuer une certaine mentalité camerounaise dans ce débat, les avantages consentis aux universitaires ne sont nullement offerts pour pérenniser le pouvoir en place ou entretenir les réunions politiques du parti dominant au village, mais uniquement compte du rôle qu’ils jouent dans le rayonnement national et international de leur nation. En effet c’est eux qui forment les cadres supérieurs dans les universités et les grandes écoles, apportent leur expertise dans les grands dossiers de la nation et honorent leur pays à l’extérieur. Vous êtes simplement sans ignorer que les intellectuels sénégalais sont actuellement les plus côtés de l’Afrique noire sur la scène internationale. Et que sur le récent classement des 100 premières universités africaines, aucune université camerounaise n’a été citée ! Même pas l’université de Buea dont on nous vente si souvent les mérites.

Comment en sommes nous arrivés là, serait tenté de s’interroger le profane ? Je répondrais tout simplement que c’est par une conjonction de plusieurs facteurs que je vais essayer de décrypter dans les lignes qui suivent. Ces facteurs, à mon humble observation, sont essentiellement de quatre ordres :

   - conjoncturel

   - éthique

   - politique

   - comportemental

Le facteur conjoncturel fait appel à la situation économique que connaît le Cameroun depuis la fin des années quatre vingt et caractérisée par une profonde crise de croissance. Et comme toutes les catégories socio professionnelles du pays, les universitaires n’ont pas échappé aux conséquences de cette crise. Ils ont également vu leur pouvoir d’achat diminué de manière dramatique. Entre la double baisse des salaires du début des années 90 et leur reversement à la fonction publique au même titre que le fonctionnaire lamda, ce corps d’élite a dangereusement été amoindri. Atteint matériellement et physiquement dans sa chair, l’universitaire ne pouvait qu’être ébranlé psychologiquement, et ce fut là le véritable début de sa déchéance, y compris la déchéance morale qui va se renforcer par les considérations d’ordre éthique.

L’ordre éthique se rapporte aux valeurs et plus précisément aux valeurs qui dictent la société camerounaise depuis que le culte de l’argent s’est érigé en norme. Ce culte est né à la faveur de la crise économique qui a fait apparaître une nouvelle race : les nouveaux riches. Il y eut d’abord eu les ‘‘feymen’’, et ensuite les détourneurs de fonds publics. Cette race, qui se recrute à tous les niveaux de la classe sociale, a si bien occupé le terrain camerounais qu’elle est finalement devenue le modèle à suivre. Influençant les décisions aussi bien à l’échelon élevé du pouvoir que celui du simple petit village de leur origine, ces ‘‘élites’’ ont réussi par cristalliser l’attention sur eux au point d’éclipser complètement les intellectuels parmi lesquels les universitaires. Ces derniers, en situation d’infériorité matérielle et financière devant des populations le plus souvent affamées, se sont alors retrouvés dans une situation où les idées seules ne pouvaient se vendre. Conséquence : ce sont ces médiocres qui sont de plus en plus au centre des décisions importantes de notre pays et de nos régions. D’où cette inertie et cette incompétence tant décriées qui maintiennent toujours le Cameroun dans les abîmes des ténèbres.

La solution aurait pu être d’asseoir une véritable volonté politique de redorer le blason des intellectuels. Mais hélas, cette volonté tarde toujours à se manifester au Cameroun. Et c’est là que je situe le troisième facteur qui rame à contre courant de la reconsidération de la condition des universitaires. Tout le monde sait que dans notre pays, la volonté politique relève exclusivement du pouvoir exécutif et plus précisément du président de la République. Mais malgré les quelques luttes entreprises pars les syndicats de l’enseignement supérieur notamment le Synes et depuis que les promesses ont été faites, les universitaires camerounais attendent toujours un signe d’Etoudi. Ce silence pour lequel chacun peut donner sa propre interprétation dispose pourtant d’une petite lueur qui, si elle vient à briller franchement, sonnera peut-être la réconciliation et l’espoir en attendant les ‘‘vraies choses’’ Il s’agit de l’annoncé mais jamais tenu Conseil de l’enseignement supérieur, dont un Secrétaire permanent occupe pourtant le poste depuis l’année 2004 en la personne du philosophe Guillaume Bwele. Cette institution, l’équivalente chez les universitaires du Haut conseil de la magistrature chez les magistrats, a jadis constitué le cadre où l’ensemble des problèmes relatifs aux universités et aux universitaires étaient débattus et solutionnés. Ce conseil ne s’est plus réuni depuis 1982 ! Oublie politique ou volonté politique ? That is the question.

Mais dans la mesure où dans les centres de l’exécutif trônent de nombreux universitaires, comment comprendre que ceux-ci n’arrivent pas à infléchir une situation qui concerne leur propre devenir, victimes qu’ils le sont souvent à la fin de leurs mandats ?

Cette interrogation nous amène à évoquer le quatrième et dernier facteur qui concoure à la déchéance des universitaires au Cameroun : le facteur comportemental.

On a coutume de dire que nul ne peut se targuer de sa propre turpitude. Car il s’agit en fait d’accepter l’évidence que ce qui arrive aux universitaires camerounais aujourd’hui est en quelque sorte le produit de leur propre volonté auto entretenue. Et il en sera ainsi tant que ceux-ci n’opérerons pas une véritable révolution mentale pour revenir aux sentiments nobles de l’universitaire avec tout ce qu’il a de dignité, de respect, d’éthique, de moralité et de responsabilité.

C’est ici que nous voulons évoquer la victimisation et la culpabilité chez ce corps d’élite du Cameroun. Car c’est à ces deux sentiments que les trois facteurs précédemment décrits ont fini par les conduire sur le plan comportemental. Les universitaires camerounais se sentent en effet victimes et coupables à la fois.

Victimes, car convaincus qu’ils sont l’objet d’un complot de la part d’un système qui les méprise et les rejette. Alors question : à qui la faute ?

Coupables car, à notre avis, étant bien conscient de leur indispensabilité pour le pays, ils sont en doute vis-à-vis d’eux-mêmes par rapport à leur incapacité à gérer le petit espace vital qui leur a été concédé par le pouvoir camerounais à savoir le ministère de l’Enseignement supérieur et ses annexes que sont les universités et les grandes écoles.

En effet, à la faveur de la réforme universitaire de 1993, il a bien plu au chef de l’Etat de confier la gestion de ce stratégique département ministériel aux universitaires eux-mêmes. Mais depuis cette date, alors qu’on attendait un certain rehaussement de l’université et de son corps d’élite, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit jusqu’à ce jour. Non seulement les universités sont au plus mal, mais les universitaires continuent de voir leurs conditions de vie et de travail se détériorer dangereusement alors que les budgets consentis à cet effet augmentent d’année en année. Comment donc expliquer cette douloureuse contradiction ? Gestion académique, financière, matérielle et humaine calamiteuses, vision complètement obscurcie, véritables roitelets à la tête de petits ‘‘empires’’, les universitaires responsables des structures universitaires sont devenus plus que des bourreaux pour leur propre espace d’épanouissement au nom d’hypothétiques ambitions qui, lorsqu’elles ne sont pas bassement politiques, se réduisent le plus souvent au ventre ! Ce constat peut faire l’objet ici d’un vaste développement que nous préférons épargner au lecteur. Peut-être à d’autres occasions y reviendrons nous.

De même pour ceux qui sont à des postes dans les structures décisionnelles importantes tels que la Présidence de la République, le Premier ministère ou même le ministère de l’Enseignement Supérieur, l’ambition personnelle a fini par occulter les intérêts collectifs du corps, oubliant que ces positions ne durent qu’un temps. Car un véritable universitaire reste malgré tout attaché à son université. Plusieurs parmi ceux qui ont jadis occupé ces positions s’en rendent souvent compte après leur déchéance, lorsqu’on les rencontre en train de raser les murs des Facultés, tout honteux de vouloir s’offrir encore quelques heures de cours.

Comme conséquences de ces attitudes malsaines, les universitaires camerounais sont aujourd’hui regardés avec dédain par l’opinion et le doute quant à leurs capacités opérationnelles s’est définitivement installé. D’où le mépris et l’enfermement dans un cercle vicieux qu’il est plus qu’urgent de rompre. Comment ? Nous offrons ici cinq pistes qui pourraient nourrir la réflexion.

1. Que les universitaires prennent conscience de l’importance de leur stature sur la scène décisionnelle nationale et internationale (exit le Pr. Maurice Kamto dans le dossier de Bakassi). Car il est de renommé que pour un pays, lorsque l’université et les universitaires vont mal, tout le pays va mal. C’est le cas actuel du Cameroun. Aussi est-il temps pour ceux qui décident de comprendre qu’il va être de plus en plus difficile de continuer à chercher les solutions aux problèmes du Cameroun sans s’attacher de l’expertise des universitaires. De ces derniers et leur devenir dépend la réussite des défis à venir, n’en déplaise à ceux qui stigmatisent et qui pensent le contraire. Car de plus en plus dans notre pays, nous assistons à l’échec des projets de développement importants tout simplement parce que les responsables en charge, les ministres, feignent d’ignorer l’expertise des universitaires soit par orgueil, soit du fait de leur médiocre entourage hostile à toute ouverture aux universitaires par instinct de conservation. En agissant de la sorte, messieurs les décideurs, vous creusez vous-même la fosse de vos futurs échecs. Car c’est à cela en fait qu’a été créée l’université ;

2. Que les universitaires, les vrais, cherchent autant que se peut à garder et à préserver cette indépendance d’esprit qui est leur véritablement fondement. Une méfiance particulière doit être portée à toute tentative de récupération politique ou intellectuelle visant à rehausser les centres décisionnels hors de leur champ de contrôle ;

3. Que les universitaires bannissent en leur sein tout complexe d’infériorité, quelque soit les conditions dans lesquelles ils évoluent aujourd’hui. Car un jour, le soleil finira par se lever. La différence finira par se faire au moyen de leur acharnement au travail à travers leurs découvertes et publications scientifiques ;

4. Enfin, il serait urgent de repenser la représentativité des universitaires et leurs moyens de lutte dissous dans des considérations tribalistes et régionalistes stériles.

Ce dont nous sommes certains est que le Cameroun se fera avec les universitaires ou ne se fera pas.

Historien de l’économie.

Le jour 11.11.08

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10 septembre 2008

LE GENOCIDE DE LA FRANCE AU CAMEROUN

  1. Interview: Révélations sur le génocide de la France au Cameroun

Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf : Messmer a voulu acheter Um Nyobe

Les réalisateurs du documentaire “Cameroun, Autopsie d’une indépendance” se sont confiés à icicemac.com

Ils évoquent les silences du général Semengue, les archives tenues au secret en France et la tentative de corruption rejetée par Ruben Um Nyobe.

Qu’est-ce qui vous a motivé à faire ce documentaire? Pourquoi le Cameroun en particulier plutôt qu’un des nombreux autres cas en Afrique? J’ai vécu au Cameroun adolescente dans les années 80. On sentait tous qu’il s’était passé quelque chose de terrible dont personne ne voulait parler. Etudiante en histoire et en géopolitique à la Sorbonne au début des années 90, après avoir obtenu mon bac à Dakar, j’ai découvert les premiers détails de cette histoire tue grâce aux ouvrages de Mongo Beti et François Xavier Verschave. En 2005, quand l’assemblée française a voté une loi sur les aspects positifs de la colonisation, il m’a semblé que face à une histoire officielle imposée, il était temps d’exhumer cette page d’histoire entre la France et le Cameroun. D’autant plus que certains témoins ou acteurs devenaient très âgés.

Quand avez-vous commencé votre enquête, sur le terrain? Et comment avez-vous procédé pour mener l’enquête en général, en particulier au niveau des témoins que l’on peut entendre au cours du documentaire? Les terrains d’enquête sont variés : des archives de l’armée française, aux témoignages oraux de camerounais et de français en France, des récits écrits, des entretiens avec Achille Mbembé, puis au Cameroun (2 mois de tournage en juin-juillet 2007), au téléphone également… c’est 2 ans et demi de travail, de recherches. Et avant cela, pendant des années, je conservais précieusement toute bribes de récit ou contacts dans un coin de mon ordinateur, pour le jour où… Ce travail de recherches indispensable, était enfin la meilleure façon de gagner la confiance de nos interlocuteurs.

Pouvez-vous nous dire quelles sont les sources de vos images et autre contenu d’archive?

Il n’y a pas ou peu d’images concernant ce conflit. Celles que j’ai montées dans ce documentaire sont tout ce que nous avons trouvé en 2 ans d’enquête, en cherchant sur plusieurs continents (de l’ancien bloc de l’est, aux Nations Unies, en passant par Conakry, Dakar, Le Caire…). Quelques rares images sont issues de fonds d’archives privées. Les autres proviennent de fonds classiques Pathé Gaumont, Reuters…

Avez-vous rencontré des difficultés, tant aux niveaux administratif que logistique durant la poursuite de votre enquête? Cette pénurie d’images fut une des difficultés majeures. La deuxième étant le tabou qui subsiste autour de ce conflit. Beaucoup, beaucoup de témoins ou acteurs sur le terrain, des deux côtés, français et camerounais, ont refusé de parler devant une caméra. Voire de parler en off. Ce film aurait pu s’appeler ” Il ne s’est rien passé au Cameroun ” comme nous l’avons entendu à maintes reprises durant l’enquête… Le contenu est assez dur pour les yeux et les oreilles car il décrit une réalité autant triste que révoltante.

A quel moment avez-vous été le plus choquées lors du montage de votre dossier?
On est choqué sur toute la période de ce dossier, par la violence démesurée, le décalage du rapport de force, la volonté perpétuelle d’éradication absolue, et le silence qui l’entoure.

De toutes les entrevues passées au cours du documentaire, laquelle vous a le plus marqué? Pourquoi? La femme et le fils d’Um Nyobé, Tella Oumar, Bernard Kamto, Mathieu Njassep…, tous anciens militants ou combattants de l’UPC sont des rencontres très fortes. Moukoko Priso ou Abel Eyinga également. Pierre Messmer et le général Semengue aussi, pour d’autres raisons évidentes.

Avez-vous conscience que l’information que vous rapportez dans ce documentaire n’est pas connue de la majorité des jeunes camerounais, pour la simple raison qu’elle n’est pas enseignée en détail à l’école camerounaise, sachant que plus de 56% de la population a moins de 20 ans? C’est une histoire taboue et méconnue des deux côtés encore une fois, en France comme au Cameroun. Les jeunes collégiens et lycéens français apprennent eux aussi toujours qu’à l’exception de l’Indochine et de l’Algérie, la France, dans sa grandeur, a décolonisé pacifiquement en Afrique subsaharienne. Or le seul cas du Cameroun infirme cette thèse. Seules les révoltes de Madagascar à la fin des années 40 sont présentes dans certains manuels scolaires. Comme les guerres des ex colonies… mais portugaises ou belges…

Concernant le gouvernement français, avez-vous rencontré des difficultés particulières dans la recherche et l’obtention d’informations? Pour quel élément en particulier?
Beaucoup d’éléments restent classés secret, voire très secret. Les archives n’ont pas encore livrés toutes les informations. Des demandes de dérogation qui prennent plusieurs mois, aboutissent à une ouverture partielle des archives, aussi bien à l’armée, qu’aux renseignements généraux, qu’aux archives nationales concernant les fonds Foccart. Quant aux archives iconographiques, la récolte reste donc très très mince. Alors même que sur certains documents, il est signifié que des photos ou des films sont faits. Mais personne ne sait où les trouver… Les dossiers de la gendarmerie sont peut être les moins accessibles.

À votre avis, l’opinion publique Française sera-t-elle émue, scandalisée ou indifférente à votre œuvre?

Les trois, selon l’orientation des uns ou des autres depuis la diffusion.

Le Cameroun est communément reconnu, tant sur place que partout ailleurs comme ayant été une “Colonie Française”. Pourtant, comme on le voit clairement dans votre documentaire, les textes stipulent que le Cameroun est plutôt sous tutelle Française, sur mandat de la SDN à l’époque. Que pensez-vous de cette manipulation de langage? Qui selon vous en est responsable? Le mandat de la France au Cameroun, comme au Togo d’ailleurs, est justement spécifique. C’est même le fondement du combat d’Um Nyobé, qui s’appuie sur des arguments juridiques pour contester l’administration française telle qu’elle s’applique sur son territoire. La France n’a légalement pas le droit d’administrer le Cameroun comme une colonie, puisqu’elle n’en est pas une. Sa confiance en la communauté internationale est telle qu’il est convaincu qu’il finira par avoir gain de cause en s’appuyant sur le droit. Mais en pleine guerre froide, la France instrumentalise le risque de basculement dans le camp communiste de ses ex-colonies et obtient ainsi un blanc-seing de cette communauté internationale pour intervenir comme elle le souhaite. Quant à l’époque coloniale, le documentaire l’évoque en parlant des réalités subies par les populations à travers les travaux forcés, les déplacements de main d’œuvre, le code de l’indigénat et non pas, à travers les grands travaux de routes, ponts et ports ou autres campagnes de vaccination…

Selon un article paru dans Le Monde, en ligne, le 26 juin dernier, il y a un ras-le-bol de la France très palpable en Afrique, et ce même au niveau des nouvelles générations. Que pensez-vous de ce constat? Je n’ai pas lu cet article mais oui, un ras-le-bol certain d’une domination économique, à travers certains monopoles qui perdurent. Une indifférence aussi d’une jeunesse qui n’est plus fascinée par l’ancienne puissance tutélaire, où il est devenu impossible ou presque d’aller étudier par exemple et qui se tourne ainsi vers les USA, le Canada etc. Un titre de Tiken Jah Fakoly, ” Y en a marre ” sur son album Françafrique, avait connu un grand succès il y a quelques années déjà.

Concernant les leaders de l’UPC, en particulier Um Nyobe, parleriez vous d’héroïsme ou de manque de réalisme, autrement dit, pensez vous que donner sa vie pour la liberté soit utile en fin de compte? Le combat politique, légaliste, nationaliste (unioniste même) et pédagogique d’Um Nyobé est héroïque. L’administration française a tout tenté pour le dévoyer sans y parvenir. Messmer lui-même en parlait avec un certain respect une fois la caméra coupée. Il lui a envoyé des émissaires, avec beaucoup d’argent à la clé, sans résultats. L’histoire retient que sa foi en la communauté internationale était un peu naïve. Pour certaines élites camerounaises, qui admettent toutes avoir été upéciste même 5 minutes, quand elles ont entendu cette revendication d’indépendance pour la première fois, il était irréaliste de s’opposer à la France. Um Nyobé a choisi de donner sa vie à son combat. Si la jeunesse le redécouvre, le relit et réapprend son histoire, alors son combat n’aura pas été totalement vain. Sur les risques liés à toute forme de ” tribalisme ” puisque c’est la terminologie de l’époque qu’il utilise, ses écrits restent très contemporains.

Que pensez vous du silence général sur le génocide Bamiléké avec usage d’armes de destructions massives, dont du napalm, l’empoisonnement de Felix Moumié, la profanation de sa tombe 20 ans plus tard, l’acquittement de l’agent William Bechtel qui a revendiqué ce meurtre, la mort de plus de 300 000 personnes après la dite indépendance, la conspiration en toute impunité pour l’assassinat de Um Nyobé, Ernest Ouandié, et bien d’autres, que ce soit au niveau des autorités Françaises, Camerounaises, ou internationales (Union Africaine, ONU, etc.)?
L’état actuel de la recherche historique ne permet pas pour le moment de parler de ” génocide ” bamiléké. L’Upc était constituée de militants et sympathisants de toutes les régions du Cameroun, d’abord pourchassés en tant que tels, quels que soient les origines. La population bamiléké est en effet stigmatisée, dans les archives de l’armée, le fameux ” caillou dans la chaussure de la France ” comme l’écrit un officier, Lamberton. Le bilan des victimes reste aujourd’hui impossible. Beaucoup de travail, de recherches restent à faire. Il n’en demeure pas moins que cette région ait été, dans le deuxième temps du conflit, la plus durement et la plus violemment décimée par les armées françaises, puis camerounaises. Dans cette région de l’Ouest, la lutte de l’UPC elle-même a été débordée par des règlements de compte et des violences inhérentes à tout conflit de ce type.

Comme le dit l’adage, “rendez à César ce qui est à César”. L’UPC, Union des populations du Cameroun, était un exemple d’unité nationale, car ses dirigeants étaient issu d’ethnies à travers le territoire (Bamoun, Bassa’a, Bamiléké, etc.). C’est une belle image dans le contexte actuel de guerres interethniques dans plusieurs régions d’Afrique. Selon vous, leur œuvre a-t-elle été suffisamment reconnue, et honorée tant au plan national qu’international? Il faut vraiment lire et relire les écrits d’Um Nyobé, à la disposition de tous, grâce au formidable travail d’Achille Mbembé. La France puissance coloniale a toujours joué du ” diviser pour mieux régner ” tel que le Maréchal Lyautey l’avait théorisé : ” S’il y a des mœurs et des coutumes a respecter, il y a aussi des haines et des rivalités qu’il faut démêler et utiliser à notre profit, en opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les autres. ” Dès qu’un conflit africain est évoqué, il est souvent réduit à une expression dite ethnique. Nous avons tous intérêt à nous plonger dans l’histoire passée et présente pour éviter ces simplifications.

C’est connu, réaliser un tel documentaire comporte assurément des risques épineux. Avez-vous eu des problèmes (intimidations, menaces, etc.) après la sortie de votre documentaire?

Non.

L’Assassinat de Félix Moumié, réalisé par Frank Garbely, est un documentaire qui relate les faits de cette conspiration. L’avez-vous regardé? Qu’en pensez-vous?
Toute tentative sérieuse pour lever une partie du voile qui concerne cette guerre est la bienvenue. C’est le cas du film de Garbely. Au vu de la teneur du film, il apparaît que vous avez encore de nombreux faits à nous dévoiler, on peut donc pressentir une suite. Prévoyez-vous de nous en dire plus? Pourriez-vous nous donner le goût du contenu et des points principaux que vous couvrirez? La suite de ce travail appartient à tous, étudiants, chercheurs, journalistes etc. J’ai rencontré de jeunes étudiants camerounais qui dés leur Deug en histoire, mettent leurs études à profit pour enquêter sur le terrain. Il faut recueillir les témoignages, villages par villages, hameaux, après hameaux, en s’appuyant sur les sciences historiques, dans le cadre du témoignage oral, continuer à explorer les archives, recouper les informations… En ce sens, ce documentaire, comme des recherches déjà menées (Achille Mbembé encore une fois, Richard Joseph, Noumbissie Tchouaké et beaucoup d’autres) est une introduction, de nombreuses questions subsistent de parts et d’autres. Des groupes de chercheurs essaient de se constituer entre la France et le Cameroun pour faire avancer l’étude de cette page d’histoire.

Jusqu’à quel point l’action de la France au Cameroun pousse-t-elle à effectivement s’interroger sur le sens de ces valeurs? Je crois que la réponse est contenue dans la question suivante de Moukoko : “On ne peut pas en faire une tornade dans un verre d’eau, parce que quelques nègres ont été massacrés…C’est quand même quelque chose qui pousse à réfléchir sur le sens de ce qu’on appelle la mission civilisatrice, l’amour de la démocratie, la liberté, les droits de l’homme etc. C’est les droits de quels hommes en fait?” Elle en fait toute sa force. Tous les morts ne comptent pas pareil. Une des formes de racisme parmi les plus violentes… Depuis la première mouture du montage, je l’ai toujours placée comme mot de la fin. Au-delà de l’exploration des faits, c’est la question fondamentale qui sous-tend ce travail et la volonté d’exhumer cette tragédie, comme avant elle, la domination et l’occupation coloniales.

Entrevue réalisée par Stella Dang et Steve Abouem. Source : www.icicemac.com

Posté par Noumbissie à 03:48 - LE TEMPS CAMEROUNAIS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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