RENE SADI MET LE RDPC EN ORDRE DE BATAILLE

A la lumière de l'actualité nationale marquée par la reprise imminente de " l'opération Epervier ", les interrogations sur un hypothétique réaménagement du Gouvernement, les incertitudes qui planent sur les dernières privatisations de sociétés publiques , le débat sur les points à considérer en vue de la révision de la Constitution, l'occasion nous est donnée de nous appesantir sur la touche singulière qu'apporte le plus ancien collaborateur du Chef de l'Etat depuis sa prise de fonction au Palais d'Etoudi en Novembre 1982, en l'occurrence, René Emmanuel SADI. Pour suggérer que la classe politique camerounaise s'inspire de son mode de fonctionnement fait de sobriété, d'humilité, de discrétion et de d'efficacité.

Dans son mémorable discours d'ouverture du séminaire, René SADI a surpris plus d'un. On le croyait amorphe et incolore. Personne ne pariait un sou sur sa capacité à rebondir, à dénoncer, à vilipender, à critiquer, il faut le reconnaître, le Secrétaire -général du Comité Central du RDPC est apparu vif, offensif et tranchant. Non seulement il a réaffirmé son dévouement au Président national du RDPC, à travers un vibrant et respectueux hommage qui s'est traduit par une émotive " standing ovation", le gentlement de Yoko, comme le désignent affectueusement certains prochesa clairement indiqué que pour que la société camerounaise guérisse des divers maux qui l'accablent, seule la volonté du Chef de l'Etat est insuffisante.

Les relais qui sont à sa disposition doivent pleinement jouer leur rôle. La tâche de refondation du RDPC est urgente. Elle doit mobiliser toutes les énergies. Sans exclusive . Il ne saurait donc pas avoir de militants et militantes à part. Chacun a son rôle à jouer. Il est révolu le temps où l'on se réclamait de BIYA alors qu'on est responsable des pratiques et manoeuvres de bas -étage. Trafic d'influence de tous genres, 30% avant paiement des factures au Trésor public, dénonciations calomnieuses, délations, ponce-pilatisme… De plus, entre les deux conservateurs et les progressistes du Parti qui se disputent le contrôle exclusif du pouvoir interne, René SADI s'est posé comme un réconciliateur des tendances.

Certes, les conservateurs ne veulent pas quitter les affaires. Les progressistes sont trop pressés pour arriver. Depuis que le Gentlemen de Yoko est le chef d’orchestre du Parti de Paul BIYA, jeunes loups aux dents longues et vieux briscards se livrent une guerre feutrée. Alors qu'il a jusqu'ici observé les deux camps sans jamais se prononcer pour l'un ou l'autre, à la faveur du séminairedu 7 février, on a clairement senti qu' il convie les uns et les autres à une sorte de " cohabitation " pacifique.

De quoi accuse - t-on l'aile progressiste du RDPC aujourd'hui? Ses adeptes passent pour être des prétentieux qui veulent occuper trop tôt de hauts postes et gagner dès le départ ce que leurs aînés ont mis plusieurs années à se procurer. Les progressistes sont inexpérimentés et décevants parceque certains, à qui l'on a dû confier d'importantes responsabilités ont failli. Ils se sont plus occupés d'eux-mêmes au detriment de l' intérêt collectif . Bien plus, ils renient leurs engagements idéologiques avec une aisance déconcertante. Qu'on en juge : Plusieurs progressistes, frais émoulus des universités et grandes écoles , après avoir animé des mouvements révolutionnaires estudiantins, renoncent et rejettent tout idéal. Ils se mettent à imiter servilement ceux qu'ils condamnaient énergiquement hier.

Châteaux de rêves, limousines , vacances aux plages BCBG en Europe et Amérique du Sud . Plusieurs cas peuvent être cités où l'on voit des jeunes se comporter comme de véritables loups. Se torpillant, se dénonçant. Utilisant tous les procédés y compris les plus immoraux pour accéder aux postes de responsabilités lesplus en vue.

Ne sont-ils pas nombreux ces progressistes qui reviennent de l'étranger sans la formation requise, avec des faux diplômes mais qui comptent sur lesrelations personnelles, les intrigues, lesconsidérations tribales pour se faire une place au soleil ?

Ainsi présentée, la charge est grave. Elle se vérifie dans plusieurs cas. Mais certainement pas à tous. La prétention et l'ambition ne sont pas des caractéristiques exclusives des progressistes. Elles sont des tendances de l'homme tout court. Les conservateurs qui accusent les progressistes d'inexpérience et d'incapacité peuventils eux-mêmes affirmer que leurs coups d' essai dans la vie active ont toujours été des coups de maître ? Où et chez qui les jeunes ont appris à se laisser aller à la paresse, à pratiquer les pots de vin, les croque -en-jambes ? Chez qui ont-ils appris à être jaloux du poste et du succès d'autrui ? Chez qui, ont-ils pu constater que la droiture, l'honnêteté, la conscience professionnelle ne payent pas en retour, du moins à court terme ?

Il faut le dire pour le regretter amèrement : certains conservateurs ne sont pas des exemples à suivre. A l' évidence , les accusations ne manquent pas pour porter l'estocade aussi bien aux conservateurs qu'aux progressistes. Conscient que le RDPC ne peut survivre dans une sorte de guerre de courants, René SADI semble opter pour une solidarité agissante entre conservateurs et progressistes. Ce d'autant plus que la bataille à livrer contre les adversaires pour le triomphe des idéaux prônés par Paul BIYA est d'une envergure telle que sans une union sâcrée interne, le RDPC risque de se présenter déchiré en morceaux.

Diplomate émérite, René SADI aura besoin davantage de son entregent et de ses qualités humaines éprouvées pour transformer le RDPC en veritable laboratoire politique qui fournirait au Gouvernement des idées et strategies novatrices pour anticiper et venir à bout des questions telles que le chômage des diplômés de l' enseignement supérieur , la difficile reconversion des deflates issus des entreprises liquidées ou privatisées, la laborieuse reconversion des retraités du secteur public, les désordres du transport urbain et interurbain, l'inflation sans cesse galopant du prix des produits de première nécessité, la baisse drastique du prix à l'achat des produits de base (cacao, café, coton , etc.), l'indemnisation à géométrie variable des expropriés pour cause d'utilité publique, la recrudescence du grand banditisme et la criminalité, la montée en puissance des revendications identitaires, l' exploitation sauvage des ressources forestières et halieutiques, la désacralisation des valeurs traditionnelles, civiques et républicaines, les carences du système judiciaire. La nation entière a pris acte de ses bonnes intentions. Mieux que quiconque, il sait que le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions…

Arsène DIKUNDE

Ils sont venus de partout, au Cameroun, pour recevoir les enseignements du Comité Central du Rdpc, histoire de placer dans la bouche des séminaristes, les mots à prononcer face à l'hostilité attendue de la population à laquelle ils auront à faire face. Ce fut l' objet de la réunion du Palais des Congrès l'autre jour…

"Si tu couves, c'est parce que ça pourrit " : telle est, àn'en pas douter, la maxime à énoncer aux dirigeants du Rdpc en cette veille de déploiement sur le terrain d'un grand nombre d'émissaires, avec pour mission de faire avaler la pilule de la modification constitutionnelle à la population. Il faut dire que les choses , côté pouvoir, ne se déroulent pas du tout telles que prévues par les théoriciens du régime.

Pour ces excellences tapies au Palais, cette ultime manipulation de notre constitution, devait se dérouler dans l'allégresse générale, le Rdpc venant de remporter une " majorité " confortable de députés à l'Assemblée Nationale. Après un premier flop en milieu d'année 2007 ayant entraîné le limogeage du Secrétaire Général du Comité Central du parti et la nomination de nouvelles figures dans ce Comité Central, le président de la République est revenu , lui-même, au front , dans son discours de fin d'année. On se souvientqu'il avait clairement fait allusion à cette opération d' aménagement,à son bénéfice, de la loi fondamentale du Cameroun. Puis, il s'en est suivi un tollé général, de la partde la population.

PAUL BIYA EMBARRASSE TOUT LE MONDE

Par cette sortie médiatique, le président de la République, le moins que l'on puisse dire, a embarrassé tout le monde, à commencer par ses derniers lieutenants, véritables "Derniers des Mohicans ", qui s'égosillaient, depuis son retour de France, à convaincre les Camerounais qu'il avait d'autres préoccupations en tête.

Ils emboîtaient le pas à sa prise de position, plutôt hardie, lors de son interview à la chaîne de télévision française France 24. Et ces fidèles de l'ultime heure, véritables disciples irréductibles du biyaïsme, s'étaient déployés, à corps perdus, sur les ondes des radios privées de la capitale, sans oublier les journaux de la place, pour prêcher leur catéchisme : " non Paul Biya a d'autres chats à fouetter ". Eh bien, depuis le 31 décembre 2007 au soir, il en existe, parmi ces thuriféraires, qui ont, carrément, avalé leur langue, tellement ils s'étaient distingués dans cette exégèse de la pensée présidentielle, et se sont retrouvés en porte-à-faux, aux yeux de l'opinion publique.

MECONNAISSANCE DU CAMEROUN PROFOND 

Surprises, les plus hautes personnalités du régime l'auront véritablement été. Elles n'en croyaient pas leurs yeux, encore moins leurs oreilles, en apprenant le rejet du projet présidentiel par la population.

Naturellement, elles avaient prévu que John Fru Ndi, histoire de continuer à jouer les opposants farouches au régime, allait se lancer dans quelque agitation. En revanche, il n'avait nullement été envisagé, par elles, que les gens plus " ordinaires ", émettent les plus grandes réserves devant ce projet. Pour tout dire, les excellences d'Etoudi sont tombées de haut. Pour l'heure, elles redoutent, à présent, une mobilisation semblable à celle qui s'était produite, en 1991, lors du débat sur la tenue, ou non, d'une "Conférence Nationale Souveraine ", et qui s'était traduite par les fameuses opérations mémorables des " villes mortes ".

Les évènements de ces derniers jours sont un sanglant avertissement. Ceci dénote une chose, les pontes au sommet du pouvoir, au Cameroun, ont décroché, depuis bien longtemps, de la réalité du pays qu'ils dirigent. Ils ne sont plus en phase, du tout, avec le pays réel. Ils ont bâti leur Cameroun à eux, un Cameroun totalement imaginaire, à travers leur bien-être qu'ils désirent perpétuer, et n'imaginent pas que le population pense différemment. Non, les Camerounais ne veulent pas de la modification de la constitution, car pour eux, le président de la République ne cherche qu'une seule et unique chose, s'éterniser au pouvoir.

MELEZ-VOUS DE VOS AFFAIRES

Manque de chance pour le régime, même l'étranger ne partage pas son avis. On se souvient de la sortie médiatique de l'ambassadeur des Etats Unis d'Amérique : "La position des États-Unis est claire. Comme je l'ai dit, nous reconnaissons le droit de chaque pays de réviser sa Constitution, mais selon notre expérience, la limitation du nombre de mandats et le changement périodique de dirigeant - au moins chaque décade - sont salutaires pour la démocratie.

Nous condamnons régulièrement la modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels dans d'autres pays, tel le cas du Nigeria, et déconseillons tout effort visant à réviser la Constitution lorsqu'une telle démarche pourrait être perçue comme étant destinée à servir les intérêts d'un individu ou d'un groupe". Réaction du régime : "ingérence dans les affaires intérieures du Cameroun ". Quoi qu'il en soit, cette prise de position, suivie de la réaction énergique du gouvernement camerounais, n'est pas du tout de nature à rasséréner ce dernier. Face à cette situation, que faire, désormais?

Lancer la campagne d'explication, ou l'annuler ? Maintenir la décision de procéder à une modification de la constitution, ou y renoncer ? Pas simple du tout, d'autant plus que les Américains ont, au fil des ans, développé la fâcheuse manie de lier leurs sous à leurs prises de position. En d'autres termes, dès lors qu'ils s'opposent à la réforme constitutionnelle en préparation, il y a tout lieu de redouter qu'ils n'annulent quelques financements en cours. Déjà, ils annoncent l’annulation d’une vingtaine de milliards dans le cadre du Millénium Chalenge Account.

Les thuriféraires du régime se faisaient les gorges chaudes, tout récemment, en annonçant, triomphalement, que le président américain, dans sa tournée africaine, ne pouvait pas manquer de faire escale au Cameroun. Niet ! Bénin, Tanzanie, Rwanda, Ghana, Libéria, zéro Cameroun. Et pourtant, aucun des dirigeants de ces pays, à l'instar du Cameroun, n'avait eu son chef de l'Etat aux côtés de Georges Bush la veille du déclenchement de la guerre de l'Irak. Quelle ingratitude. Affaire à suivre…

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