VIH/SIDA : Etat des lieux

Bien que l’on n’en parle plus avec la même ardeur, la pandémie du VIH/SIDA reste une triste réalité de notre monde. Face aux bilans désastreux des politiques de santé publique, irresponsables, immorales, inadéquates et inefficaces de nombreux pays pauvres, la maladie réputée honteuse, culpabilisante et stigmatisante continue de faire ses ravages dévastateurs. Jusqu’à tout récemment, pour des raisons essentiellement d’ordre éthique, le conseil et le dépistage du VIH se faisaient avant tout à l’initiative du patient, ce qu’on appelle aussi le conseil et dépistage volontaire (CDV). Il revient alors à l’individu de chercher activement à se faire dépister dans un établissement de santé. Avec un peu de recul, on peut constater aujourd’hui que cette méthode s’est heurtée

• d’une part à la faible disponibilité des services,

• d’autre part, et paradoxalement, à la peur de la stigmatisation et de la discrimination,

• mais surtout et enfin, à l’idée qu’ont de nombreuses personnes de ne pas être exposées au risque, même en zone de forte prévalence.

A la recherche de solutions adéquates aux problèmes de stigmatisation et de discrimination qu’engendre cette maladie, de nombreux auteurs ont alimenté les débats autour des questions complexes mais essentielles telles que la “problématique de l’universalité de l’éthique” et “le mythe (voir même l’aberration) du consentement éclairé”.

En effet, dans les pays pauvres, le caractère volontaire du dépistage représente un sérieux obstacle à la lutte contre la pandémie.

Quelle est la réelle capacité des patients démunis et peu instruits à donner un consentement éclairé ? Comment une personne qui n’a jamais entendu parler de bactéries ou de virus pourrait-elle donner un consentement éclairé ? Enfin, quel est l’intérêt pour un individu de se faire dépister, sachant qu’il vit dans un pays dans lequel il n’existe pas de sécurité sociale ?

Selon des enquêtes récentes, en Afrique subsaharienne uniquement 12 % des hommes et 10 % des femmes en moyenne ont eu un test de dépistage et reçu leur résultat. Aujourd’hui, environ 80 % des personnes vivant avec le VIH dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires ignorent qu’elles sont séropositives (Onusida 2006).

Vers un dépistage systématique ?

Devant une telle situation, bien que le développement du Cdv reste toujours nécessaire, il devient impératif d’adopter d’autres approches en vue de l’élargissement du phénomène d’information et d’investigation.

Le nouveau guide Oms/Onusida préconise “le conseil et le dépistage à l’initiative du soignant” (Pct : provider initiated counseling and testing). Cette nouvelle recommandation distingue deux cas de figures en fonction de la situation locale :

• En cas d’épidémie généralisée, le conseil et le dépistage du VIH doivent être recommandés à tous les patients fréquentant les établissements de santé, qu’ils aient ou non des symptômes de l’infection et quelle que soit la raison pour laquelle ils sont venus.

• En cas d’épidémie concentrée ou peu étendue, en fonction du contexte épidémiologique et social, les pays envisageront de recommander le conseil et le dépistage du VIH à tous les patients dans certains établissements ou services (soins prénatals, tuberculose, santé sexuelle et de la reproduction, services de santé pour les populations les plus exposées par exemple).

Le contexte camerounais

Quelque 510.000 malades du Sida ont été recensés au Cameroun cette année, alors qu’ils étaient 43.000 en 2004.

Le plan stratégique 2006-2010 de lutte contre le Vih/Sida du gouvernement camerounais vise à réduire d’au moins 50% le nombre de jeunes âgés de 15 à 24 ans infectés par le Vih/Sida.

Cet objectif ne pourra être atteint qu’en adoptant des stratégies innovatrices telles qu’entre autres :• l’introduction de modules de formation et d’enseignement sur le Vih/Sida dans les établissements scolaires du primaire et du secondaire

• la réduction des coûts indirects Vih/Sida (suivi biologique, etc…)

• l’adoption de méthodes appropriées d’information et éducation (storytelling, visual arts, …)

• la promotion d’une activité basée sur le travail participatif et l’intégration communautaire

• la création de réseaux de collaboration (interdisciplinaires, intersectoriels, …)

• l’instauration d’une politique concertative de santé publique

Le passage du dépistage passif au dépistage actif traduit une réelle volonté d’introduire de nouvelles approches et d’améliorer les normes du conseil et du dépistage dans les établissements du secteur public comme du secteur privé. Ces nouvelles méthodologies répondent au besoin croissant des pays souhaitant des lignes directrices plus détaillées et surtout plus déterminées, afin de réaliser leur vœu de parvenir à l’accès universel à la prévention et au traitement du Vih/Sida. Cependant, le chemin reste long et semé d’embûches…

Comportement à risques au Cameroun :

Voici quelques chiffres qui font “froid dans le dos”. Ils sont issus des derniers rapports de l’Onusida et de l’Oms (2006) et devraient nous donner matière à réfléchir !

Pourcentage de jeunes (15-24 ans) ayant eu des rapports sexuels avant l’âge de 15 ans : 28,8%

Pourcentage de jeunes (15-24 ans) ayant des connaissances globales sur le Vih/Sida :30,8%

Pourcentage de jeunes (15-24 ans) ayant eu des rapports sexuels avec un partenaire extraconjugal non cohabitant au cours des 12 derniers mois par rapport à l’ensemble des répondants déclarant avoir eu une activité sexuelle sur la même période (2005)

Hommes 91%

Femmes 44%

Pourcentage de jeunes (15-24 ans) déclarant avoir utilisé un préservatif lors du dernier rapport sexuel avec un partenaire extraconjugal non cohabitant (2005)

Hommes 54,4%

Femmes 42,5%

Pourcentage d’hommes et de femmes (15-49 ans) séropositifs connaissant leur statut sérologique (2004)

Hommes 25,1%

Femmes 23,6% 

Par Dr Philippe R. NGANDEU Le Messager 07-12-2007